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mulation de promesses de payer ne s’était constatée.

Jamais sans doute il n’est devenu plus difficile d’y

faire face. Jamais sans doute une telle instabilité po�

tentielle n’était apparue avec une telle menace d’un

effondrement général.

«Au centre de toutes les difficultés rencontrées, on

trouve toujours, sous une forme ou une autre, le rôle

néfaste joué par le système actuel du crédit et la spé-

culation massive qu’il permet. Tant qu’on ne réformera

pas fondamentalement le cadre institutionnel dans le-

quel il joue, on rencontrera toujours, avec des moda-

lités différentes suivant les circonstances, les mêmes

difficultés majeures. Toutes les grandes crises du XIXe

et du XXe siècle ont résulté du développement exces-

sif des promesses de payer et de leur monétisation.

Particulièrement significative est l’absence totale

de toute remise en cause du fondement même du

système de crédit tel qu’il fonctionne actuellement, à

savoir la création de monnaie ex-nihilo par le système

bancaire et la pratique généralisée de financements

longs avec des fonds empruntés à court terme.

En fait, sans aucune exagération, le mécanisme

actuel de la création de monnaie par le crédit est cer-

tainement le “cancer” qui ronge irrémédiablement les

économies de marchés de propriété privée. [...]

Que les bourses soient devenues de véritables

casinos, où se jouent de gigantesques parties de po-

ker, ne présenterait guère d’importance après tout,

les uns gagnant ce que les autres perdent, si les fluc-

tuations générales des cours n’engendraient pas, par

leurs implications, de profondes vagues d’optimisme

ou de pessimisme qui influent considérablement sur

l’économie réelle. [...] Le système actuel est fonda-

mentalement anti-économique et défavorable à un

fonctionnement correct des économies. Il ne peut être

avantageux que pour de très petites minorités. »

Et pour terminer, voici des extraits de la dernière

interview de Maurice Allais, réalisée l’été 2010 par

Lise Bourdeau-Lepage et Leïla Kebir pour Géographie,

économie, société, 2010/2:

«L’origine de mon engagement est sans contes-

te la crise de 1929. [...] Étant sorti major de ma pro-

motion, j’ai pu faire en sorte qu’une bourse d’étude

universitaire soit attribuée à plusieurs élèves pour

que nous effectuions un voyage d’étude sur place, à

l’été 1933. Le spectacle sur place était saisissant. On

ne pourrait se l’imaginer aujourd’hui. La misère et la

mendicité étaient présentes partout dans les rues,

dans des proportions incroyables. Mais ce qui fut le

plus étonnant était l’espèce de stupeur qui avait gagné

les esprits, une sorte d’incompréhension face aux évè-

nements qui touchaient non seulement l’homme de la

rue mais aussi les universitaires, car notre programme

de voyage comprenait des rencontres dans de gran-

des universités: tous nos interlocuteurs semblaient

incapables de formuler une réponse. Ma vocation est

venue de ce besoin d’apporter une explication, pour

éviter à l’avenir la répétition de tels évènements. [...]

Pour moi, ce qui compte avant tout dans l’économie

et la société, c’est l’homme. [...]

«J’ai depuis toujours, et surtout depuis plus de

vingt ans, suggéré des modifications en profondeur

des systèmes financiers et bancaires, ainsi que des

règles du commerce international. Il faut réformer les

banques, réformer le crédit, réformer le mode de créa-

tion de la monnaie, réformer la bourse et son fonction-

nement aberrant, réformer l’OMC et le FMI, car tout se

tient. Leur organisation actuelle est directement à l’ori-

gine non seulement de la crise, mais des précédentes,

et des suivantes si l’ont n’agit pas. Mes propositions

existent et il aurait suffi de s’y référer. Mais ce qui man-

que est la volonté. Les gouvernements n’écoutent que

les conseillers qui sont trop proches des milieux finan-

ciers ou économiques en place. On ne cherche pas à

s’adresser à des experts plus indépendants.»

«Dans son essence, la création monétaire ex nihilo ac�

tuelle par le système bancaire est identique, je n’hésite

pas à le dire pour bien faire comprendre ce qui est réelle�

ment en cause, à la création de monnaie par des faux-mon�

nayeurs, si justement condamnée par la loi. Concrètement

elle aboutit aux mêmes résultats. La seule différence est

que ceux qui en profitent sont différents.» (

Tiré de: La Crise

mondiale d’aujourd’hui. Maurice Allais, éd. Clément Juglar,

1999, p. 110.)

«Ce que je préconise, c'est un système où la création

monétaire appartiendrait uniquement à une Banque centrale indépendante de

l'État et des partis politiques au pouvoir, et où les revenus correspondant à la

création monétaire reviendraient uniquement à l'État.» (Ibid, p. 185.)

par

Louis Even

Une question, une réponse

Il n’est pas rare d’entendre l’objection suivante

contre le Crédit Social: «Mais comment va se faire

le commerce international avec l’argent du Crédit

Social ? Comment cet argent-là va-t-il être accepté à

l’étranger ?»

Une réponse très simple: «La nature de l’argent du

Crédit Social serait exactement la même que la nature

de l’argent d’aujourd’hui. Même forme et même sor-

te de métal ou de papier, même manière de tenir les

comptes et de transférer les débits et les crédits».

La question tombe donc d’elle-même. Toute-

fois, quelques notions sur le commerce international

auront l’avantage de montrer que, sous un régime cré-

ditiste, le commerce international rencontrerait beau-

coup moins de frictions que sous le régime actuel,

même si le régime créditiste n’existait que d’un côté

de la frontière.

Importations et exportations

Le commerce international consiste dans les

échanges commerciaux dépassant les frontières du

pays. Acheter du café au Brésil, des oranges en Flo-

ride ou en Californie, de la soie au Japon, du coton

aux Etats-Unis, du vin en France, de la coutellerie en

Angleterre, c’est, pour les Canadiens, faire des impor-

tations. C’est du commerce international. Les importa-

tions font venir des produits de l’étranger.

Vendre du papier canadien à New-York, du blé

canadien en Europe, du nickel à l’Allemagne, de l’alu-

minium au Japon, du poisson à l’Italie, du bacon aux

Anglais, c’est pour le Canada faire des exportations.

C’est encore du commerce international. Les exporta-

tions font sortir les produits du pays et les expédient

à l’étranger.

Le commerce international est une chose saine.

C’est tout à fait dans l’ordre providentiel. Le bon Dieu

a donné toute la terre à l’homme. Il a placé sur la terre

tout ce qu’il faut pour les besoins temporels de l’hu-

manité entière. Mais il n’a pas placé toutes les choses

dans chaque petit coin du globe.

Certains pays produisent facilement et en abon-

dance certains biens; d’autres produisent mieux et

abondamment d’autres choses. Il est donc avantageux

pour les hommes de pays différents de faire entre eux

des échanges de leurs surplus.

Dans le commerce international, les produits pas-

sent d’un pays à  un autre, dans les deux sens, tout

comme, en dedans de notre pays, les produits des vil-

les passent aux campagnes et les produits des campa-

gnes passent aux villes.

Chez le marchand de votre village, vous pouvez

voir, groupés ensemble, des produits des villes et des

produits des campagnes.

Mais, chez le même marchand de votre village,

vous trouvez aussi des choses qui ne sortent ni de

nos champs ni de nos villes. Vous trouverez du riz qui

vient de Chine, du thé qui vient de Ceylan, du café du

Brésil, des bananes de l’Amérique du Sud, des livres

de France, et que d’autres choses encore, de presque

tous les pays du monde. Elles sont là, semble-t-il, aus-

si naturellement que les pommes de terre de la ferme

voisine.

Si vous alliez dans des pays étrangers, vous y

trouveriez aussi naturellement des produits canadiens.

Vous mangeriez du bacon canadien à Londres; vous

trouveriez de la farine d’Alberta dans les boulangeries

de France, du poisson de Gaspésie sur les tables de

Rome, du papier de la province de Québec dans les

grandes imprimeries de New-York.

Mais trouveriez-vous aussi facilement de l’argent

chinois, japonais, turc, français, italien, ou autre, dans

Crédit Social

et commerce

international

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VERS DEMAIN mai-juin-juillet 2016

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