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bientôt se produire, je fais partie de ceux qui n’ont pas

été admis à expliquer aux Français ce que sont les ori-

gines réelles de la crise alors qu’ils ont été dépossé-

dés de tout pouvoir réel sur leur propre monnaie, au

profit des banquiers. Par le passé, j’ai fait transmettre

à certaines émissions économiques auxquelles j’assis-

tais en téléspectateur le message que j’étais disposé à

venir parler de ce que sont progressivement devenues

les banques actuelles, le rôle véritablement dangereux

des traders, et pourquoi certaines vérités ne sont pas

dites à leur sujet. Aucune réponse, même négative,

n’est venue d’aucune chaîne de télévision et ce durant

des années.

Cette attitude répétée soulève un problème

concernant les grands médias en France: certains ex-

perts y sont autorisés et d’autres, interdits. Bien que

je sois un expert internationalement reconnu sur les

crises économiques, notamment celles de 1929 ou de

1987, ma situation présente peut donc se résumer de

la manière suivante: je suis un téléspectateur. Un prix

Nobel… téléspectateur. Je me retrouve face à ce qu’af-

firment les spécialistes régulièrement invités, quant à

eux, sur les plateaux de télévision, tels que certains

universitaires ou des analystes financiers qui garan-

tissent bien comprendre ce qui se passe et savoir ce

qu’il faut faire. Alors qu’en réalité ils ne comprennent

rien. Leur situation rejoint celle que j’avais constatée

lorsque je m’étais rendu en 1933 aux États-Unis, avec

l’objectif d’étudier la crise qui y sévissait, son chô-

mage et ses sans-abri: il y régnait une incompréhen-

sion intellectuelle totale. Aujourd’hui également, ces

experts se trompent dans leurs explications. Certains

se trompent doublement en ignorant leur ignorance,

mais d’autres, qui la connaissent et pourtant la dissi-

mulent, trompent ainsi les Français.

Cette ignorance et surtout la volonté de la cacher

grâce à certains médias dénotent un pourrissement

du débat et de l’intelligence, par le fait d’intérêts

particuliers souvent liés à l’argent. Des intérêts qui

souhaitent que l’ordre économique actuel, qui fonc�

tionne à leur avantage, perdure tel qu’il est. Parmi

eux se trouvent en particulier les multinationales qui

sont les principales bénéficiaires, avec les milieux

boursiers et bancaires, d’un mécanisme économique

qui les enrichit, tandis qu’il appauvrit la majorité de

la population française mais aussi mondiale.

(

Fin des

extraits du testament politique de Maurice Allais.

)

Voici maintenant des extraits de différents écrits

rédigés entre 1990 et 2009— le livre étant le plus à rete-

nir étant sans conteste

La Crise mondiale aujourd’hu

i,

aux éditions Clément Juglar, publié en 1999.

«Depuis deux décennies, une nouvelle doctrine

s’est peu à peu imposée, la doctrine du libre-échan-

ge mondialiste impliquant la disparition de tout obs-

tacle aux libres mouvements des marchandises, des

services et des capitaux. Suivant cette doctrine, la

disparition de tous les obstacles à ces mouvements

serait une condition à la fois nécessaire et suffisante

d’une allocation optimale des ressources à l’échelle

mondiale. Tous les pays et, dans chaque pays, tous

les groupes sociaux verraient leur situation améliorée.

Le marché, et le marché seul, était considéré comme

pouvant conduire à un équilibre stable, d’autant plus

efficace qu’il pouvait fonctionner à l’échelle mondiale.

En toutes circonstances, il convenait de se soumettre

à sa discipline. […]

«Les partisans de cette doctrine, de ce nouvel in-

tégrisme, étaient devenus aussi dogmatiques que les

partisans du communisme avant son effondrement

définitif avec la chute du Mur de Berlin en 1989. […]

«Plus concrètement, les règles à dégager sont

d’une simplicité folle: du chômage résulte des délo-

calisations, elles-mêmes dues aux trop grandes dif-

férences de salaires… À partir de ce constat, ce qu’il

faut entreprendre en devient tellement évident ! Il est

indispensable de rétablir une légitime protection. […]

«L’absence d’une telle protection apportera la des-

truction de toute l’activité de chaque pays ayant des re-

venus plus élevés, c’est-à-dire de toutes les industries

de l’Europe de l’Ouest et celles des pays développés.

Car il est évident qu’avec le point de vue doctrinaire du

G20, toute l’industrie française finira par partir à l’ex-

térieur. Il m’apparaît scandaleux que des entreprises

ferment des sites rentables en France ou licencient,

tandis qu’elles en ouvrent dans les zones à moindres

coûts […]. Si aucune limite n’est posée, ce qui va arri-

ver peut d’ores et déjà être annoncé aux Français: une

augmentation de la destruction d’emplois, une crois-

sance dramatique du chômage non seulement dans

l’industrie, mais tout autant dans l’agriculture et les

services.

«En réalité, ceux qui, à Bruxelles et ailleurs, au

nom des prétendues nécessités d’un prétendu pro-

grès, au nom d’un libéralisme mal compris, et au nom

de l’Europe, veulent ouvrir l’Union Européenne à tous

les vents d’une économie mondialiste dépourvue de

tout cadre institutionnel réellement approprié et do-

minée par la loi de la jungle, et la laisser désarmée

sans aucune protection raisonnable; ceux qui, par là

même, sont d’ores et déjà personnellement et direc-

tement responsables d’innombrables misères et de la

perte de leur emploi par des millions de chômeurs,

ne sont en réalité que les défenseurs d’une idéologie

abusivement simplificatrice et destructrice, les hérauts

d’une gigantesque mystification. […]

«La mondialisation de l’économie est certainement

très profitable pour quelques groupes de privilégiés.

Mais les intérêts de ces groupes ne sauraient s’identi-

fier avec ceux de l’humanité tout entière. Une mondia-

lisation précipitée et anarchique ne peut qu’engendrer

partout instabilité, chômage, injustices, désordres, et

misères de toutes sortes, et elle ne peut que se révéler

finalement désavantageuse pour tous les peuples.

«En réalité, l’économie mondialiste qu’on nous

présente comme une panacée ne connaît qu’un seul

critère, “l’argent”. Elle n’a qu’un seul culte, “l’argent”.

Dépourvue de toute considération éthique, elle ne

peut que se détruire elle-même.

«En engendrant des inégalités croissantes et la

suprématie partout du culte de l’argent avec toutes

ses implications, le développement d’une politique de

libéralisation mondialiste anarchique a puissamment

contribué à accélérer la désagrégation morale des so-

ciétés occidentales.»

L’analyse de Maurice Allais

sur la création monétaire

Toutes les cittations suivantes sont tirées du livre

de Maurice Allais,

La Crise mondiale d’aujourd’hui.

Pour de profondes réformes des institutions financiè�

res et monétaires

, 1999:

«En fait, sans la création de monnaie et de pouvoir

d’achat ex nihilo que permet le système du crédit, ja-

mais les hausses extraordinaires des cours de bourse

que l’on constate avant les grandes crises ne seraient

possibles, car à toute dépense consacrée à l’achat

d’actions, par exemple, correspondrait quelque part

une diminution d’un montant équivalent de certaines

dépenses, et tout aussitôt se développeraient des mé-

canismes régulateurs tendant à enrayer toute spécula-

tion injustifiée.

«Qu’il s’agisse de la spéculation sur les monnaies

ou de la spéculation sur les actions, ou de la spécu-

lation sur les produits dérivés, le monde est devenu

un vaste casino où les tables de jeu sont réparties sur

toutes les longitudes et toutes les latitudes. Le jeu et

les enchères, auxquelles participent des millions de

joueurs, ne s’arrêtent jamais. Aux cotations américai-

nes se succèdent les cotations à Tokyo et à Hongkong,

puis à Londres, Francfort et Paris.

Partout, la spéculation est favorisée par le crédit

puisqu’on peut acheter sans payer et vendre sans

détenir. On constate le plus souvent une dissociation

entre les données de l’économie réelle et les cours

nominaux déterminés par la spéculation.

«Sur toutes les places, cette spéculation, frénéti-

que et fébrile, est permise, alimentée et amplifiée par

le crédit. Jamais dans le passé elle n’avait atteint une

telle ampleur.

«L’économie mondiale tout entière repose au-

jourd’hui sur de gigantesques pyramides de dettes,

prenant appui les unes sur les autres dans un équi�

libre fragile. Jamais dans le passé une pareille accu�

E

n 2006, Walmart a commandé au

constructeur maritime Maersk du Da-

nenmark des porte-conteneurs (au coût

de 145 millions de dollars US chacun)

qui peuvent transporter plus de 15 000

conteneurs de 20 pieds, avec un équipa-

ge de seulement 13 personnes. Leur but:

acheminer les produits de Chine vers les

États-Unis, où 91% des produits vendus

chez Walmart proviennent de Chine. Ils

traversent l’océan Pacifique en moins

de 5 jours, soit 4 jours de moins que tout

autre porte-conteneur. Onze grues sur le

navire peuvent décharger tous les conte-

neurs en moins de deux heures. Autre

fait à noter: quand il repart pour la

Chine, le porte-conteneur est vide. C’est

ce qu’on appelle le libre-échange... à

sens unique.

Photo de gauche: Maurice Allais recevant son prix

Nobel des mains du roi Carl XVI Gustaf de Suède à

Stockholm, le 10 décembre 1988.

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VERS DEMAIN mai-juin-juillet 2016

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