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Maurice Allais (né à Paris

le 31 mai 1911 et mort le 9

octobre 2010 à Saint-Cloud

(presque centenaire), est un

économiste français qui reçut

le prix Nobel en économie en

1988 (pour ses travaux datant

des années 40), et surtout re-

marquable pour sa dénoncia-

tion de la mondialisation ac-

tuelle, et surtout de la création

d’argent ex nihilo (à partir de

rien) par les banques commer-

ciales, précisant que ce droit

de créer l’argent ne pouvait

qu’appartenir à la nation. C’est

pour cela que malgré son titre

de prix Nobel en économie,

aucun média ne l’invitait à

exprimer son opinion sur les

problèmes actuels.

Dans les dernières années

de sa vie, il avait contacté nos

amis suisses créditistes, se

disant lui-même très favora-

ble au crédit social de Douglas

et à son dividende mensuel

à chaque citoyen. Tout comme Douglas, Allais disait

qu’il fallait se méfier des théories, qui ne correspon-

dent pas toujours à la réalité, mais se fonder sur les

faits. Et tout comme Douglas, les média ont cherché à

le boycotter. Voici donc quelques pages en hommage

à ce grand Français, apôtre d’un système d’argent

honnête, qui tient des propos rafraichissants:

Maurice Allais est un physicien venu à l’économie

à la vue des effets inouïs de la crise de 1929. Dès sa

sortie de Polytechnique, en 1933, il part aux États-

Unis. «C’était la misère sociale, mais aussi intellec-

tuelle: personne ne comprenait ce qui était arrivé.»

Misère à laquelle est sensible le jeune Allais, qui avait

réussi à en sortir grâce à une institutrice qui le poussa

aux études: fils d’une vendeuse veuve de guerre, il a,

toute sa jeunesse, installé chaque soir un lit pliant pour

dormir dans un couloir. Ce voyage américain le décide

à se consacrer à l’économie, sans jamais abandon-

ner une carrière parallèle de physicien reconnu pour

ses travaux sur la gravitation.

Il devient le chef de file de la

recherche française en écono-

métrie, spécialiste de l’analyse

des marchés, de la dynami-

que monétaire et du risque

financier. Il rédige, pendant la

guerre, une théorie de l’écono-

mie pure qu’il ne publiera que

quarante ans plus tard et qui

lui vaudra le prix Nobel d’éco-

nomie en 1988.

Le 5 décembre 2009, le

journal français

Marianne

a

publié le testament politique

de Maurice Allais, qu’il a sou-

haité rédiger sous forme d’une

Lettre aux Français. En voici

des extraits :

Tout libéraliser, on vient

de le vérifier, amène les pires

désordres. Inversement, parmi

les multiples vérités qui ne

sont pas abordées se trouve

le fondement réel de l’actuelle

crise:

l’organisation du com�

merce mondial, qu’il faut

réformer profondément, et prioritairement à l’autre

grande réforme également indispensable que sera

celle du système bancaire.

Les grands dirigeants de la planète montrent une

nouvelle fois leur ignorance de l’économie qui les

conduit à confondre deux sortes de protectionnisme:

il en existe certains de néfastes, tandis que d’autres

sont entièrement justifiés. Dans la première catégo-

rie se trouve le protectionnisme entre pays à salaires

comparables, qui n’est pas souhaitable en général.

Par contre, le protectionnisme entre pays de niveaux

de vie très différents est non seulement justifié, mais

absolument nécessaire. C’est en particulier le cas à

propos de la Chine, avec laquelle il est fou d’avoir sup-

primé les protections douanières aux frontières. Mais

c’est aussi vrai avec des pays plus proches, y com-

pris au sein même de l’Europe. Il suffit au lecteur de

s’interroger sur la manière éventuelle de lutter contre

des coûts de fabrication cinq ou dix fois moindres –

si ce n’est des écarts plus importants encore – pour

constater que la concurrence n’est pas viable dans la

grande majorité des cas. Particulièrement face à des

concurrents indiens ou surtout chinois qui, outre leur

très faible prix de main-d’œuvre, sont extrêmement

compétents et entreprenants.

Il est indispensable de rétablir une légitime pro-

tection. Depuis plus de dix ans, j’ai proposé de recréer

des ensembles régionaux plus homogènes, unissant

plusieurs pays lorsque ceux-ci présentent de mêmes

conditions de revenus, et de mêmes conditions socia-

les. Chacune de ces « organisations régionales » serait

autorisée à se protéger de manière raisonnable contre

les écarts de coûts de production assurant des avanta-

ges indus à certains pays concurrents, tout en mainte-

nant simultanément en interne, au sein de sa zone, les

conditions d’une saine et réelle concurrence entre ses

membres associés.

Un protectionnisme raisonné et raisonnable

Ma position et le système que je préconise ne

constitueraient pas une atteinte aux pays en déve-

loppement. Actuellement, les grandes entreprises les

utilisent pour leurs bas coûts, mais elles partiraient si

les salaires y augmentaient trop. Ces pays ont intérêt

à adopter mon principe et à s’unir à leurs voisins do-

tés de niveaux de vie semblables, pour développer à

leur tour ensemble un marché interne suffisamment

vaste pour soutenir leur production, mais suffisam-

ment équilibré aussi pour que la concurrence interne

ne repose pas uniquement sur le maintien de salaires

bas. Cela pourrait concerner par exemple plusieurs

pays de l’est de l’Union européenne, qui ont été inté-

grés sans réflexion ni délais préalables suffisants, mais

aussi ceux d’Afrique ou d’Amérique latine.

L’absence d’une telle protection apportera la des-

truction de toute l’activité de chaque pays ayant des

revenus plus élevés, c’est-à-dire de toutes les indus-

tries de l’Europe de l’Ouest et celles des pays déve-

loppés. Car il est évident qu’avec le point de vue doc-

trinaire du G20, toute l’industrie française finira par

partir à l’extérieur. Il m’apparaît scandaleux que des

entreprises ferment des sites rentables en France ou

licencient, tandis qu’elles en ouvrent dans les zones

à moindres coûts, comme cela a été le cas dans le

secteur des pneumatiques pour automobiles, avec les

annonces faites depuis le printemps par Continental

et par Michelin. Si aucune limite n’est posée, ce qui va

arriver peut d’ores et déjà être annoncé aux Français:

une augmentation de la destruction d’emplois, une

croissance dramatique du chômage non seulement

dans l’industrie, mais tout autant dans l’agriculture et

les services.

Nos médias sont-ils libres?

Les commentateurs économiques que je vois s’ex-

primer régulièrement à la télévision pour analyser les

causes de l’actuelle crise sont fréquemment les mê-

mes qui y venaient auparavant pour analyser la bonne

conjoncture avec une parfaite sérénité. Ils n’avaient

pas annoncé l’arrivée de la crise, et ils ne proposent

pour la plupart d’entre eux rien de sérieux pour en sor-

tir. Mais on les invite encore. Pour ma part, je n’étais

pas convié sur les plateaux de télévision quand j’an-

nonçais et j’écrivais, il y a plus de dix ans, qu’une crise

majeure accompagnée d’un chômage incontrôlé allait

Maurice Allais, prix Nobel en économie

«La création monétaire ex nihilo actuelle

par le système bancaire est identique à la

création de monnaie par des faux-monnayeurs »

Maurice Allais (1911-2010)

Comment voulez-vous qu’un

pays d’Europe ou d’Amérique

du nord fasse compétition avec

des pays comme la Chine, le

Bangladesh ou d’autres pays

asiatiques où les salaires pour

l’industrie du textile ne sont

pas de 38 dollars de l’heure,

mais 38 dollars... par mois ! Et

avec des conditions de travail

qui en font des esclaves.

Photos de droite: une usine en Chine,

et des ouvrières en Birmanie.

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VERS DEMAIN mai-juin-juillet 2016

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