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La miséricorde de Dieu transforme le cœur de

l’homme et lui fait expérimenter un amour fidèle qui le

rend capable d’être, à son tour, miséricordieux. C’est à

chaque fois un miracle que la miséricorde divine puis-

se se répandre dans la vie de chacun de nous, en nous

incitant à l’amour du prochain et en suscitant ce que la

tradition de l’Église nomme les œuvres de miséricorde

corporelles et spirituelles. Elles nous

rappellent que notre foi se traduit

par des actes concrets et quotidiens,

destinés à aider notre prochain cor-

porellement et spirituellement, et sur

lesquels nous serons jugés: le nour-

rir, le visiter, le réconforter, l’éduquer.

C’est pourquoi j’ai souhaité

que «le peuple chrétien réfléchisse

durant le Jubilé sur les œuvres de

miséricorde corporelles et spirituel-

les. Ce sera une façon de réveiller

notre conscience souvent endormie

face au drame de la pauvreté, et de

pénétrer toujours davantage le cœur

de l’Évangile, où les pauvres sont les

destinataires privilégiés de la miséri-

corde divine». Dans la personne du

pauvre, en effet, la chair du Christ «

evient de nouveau visible en tant que

corps torturé, blessé, flagellé, affamé, égaré… pour

être reconnu par nous, touché et assisté avec soin ».

Inouï et scandaleux mystère qui prolonge dans l’His-

toire la souffrance de l’Agneau innocent, buisson ar-

dent brûlant d’un amour gratuit, et devant lequel nous

ne pouvons, à la suite de Moïse, qu’ôter nos sandales

(cf. Ex 3,5); et ceci plus encore quand ce pauvre est

notre frère ou notre sœur en Christ qui souffre à cause

de sa foi.

Face à cet amour, fort comme la mort (cf. Ct 8,6),

le pauvre le plus misérable est celui qui n’accepte pas

de se reconnaître comme tel. Il croit être riche mais,

en réalité, il est le plus pauvre des pauvres. Et s’il est

tel, c’est parce qu’il est esclave du péché qui le pousse

à user de la richesse et du pouvoir non pas pour servir

Dieu et les autres, mais pour étouffer en lui l’intime

conviction de n’être, lui aussi, rien d’autre qu’un pau-

vre mendiant.

D’autant plus grands sont le pouvoir et les riches-

ses dont il dispose, d’autant plus grand est le risque

que cet aveuglement devienne mensonger. Il en vient

à ne même plus vouloir voir le pauvre Lazare qui men-

die à la porte de sa maison (cf. Lc 16, 20-21), figure du

Christ qui, dans les pauvres, mendie notre conversion.

Lazare est cette opportunité de nous convertir que

Dieu nous offre et que peut-être nous ne voyons pas.

Cet aveuglement est accompagné d’un délire or-

gueilleux de toute-puissance, dans lequel résonne, de

manière sinistre, ce démoniaque «vous serez comme

des dieux» (Gn 3,5), qui est à la racine de tout péché.

Un tel délire peut également devenir un phénomène

social et politique, comme l’ont montré les totalitaris-

mes du XXe siècle, et comme le montrent actuelle-

ment les idéologies de la pensée uni-

que et celles de la technoscience qui

prétendent réduire Dieu à l’insigni-

fiance et les hommes à des masses

qu’on peut manipuler.

Ceci, de nos jours, peut être éga-

lement illustré par les structures de

péché liées à un modèle erroné de

développement fondé sur l’idolâtrie

de l’argent qui rend indifférentes au

destin des pauvres les personnes et

les sociétés les plus riches, qui leur

ferment les portes, refusant même

de les voir.

Pour tous, le Carême de cette

Année jubilaire est donc un temps

favorable qui permet finalement de

sortir de notre aliénation existen-

tielle grâce à l’écoute de la Parole

et aux œuvres de miséricorde. Si à

travers les œuvres corporelles nous touchons la chair

du Christ dans nos frères et nos sœurs qui ont besoin

d’être nourris, vêtus, hébergés, visités, les œuvres

spirituelles, quant à elles, – conseiller, enseigner, par-

donner, avertir, prier – touchent plus directement notre

condition de pécheurs.

C’est pourquoi les œuvres corporelles et les œu-

vres spirituelles ne doivent jamais être séparées. En

effet, c’est justement en touchant la chair de Jésus

Crucifié dans le plus nécessiteux que le pécheur peut

recevoir en don la conscience de ne se savoir lui-mê-

me rien d’autre qu’un pauvre mendiant. Grâce à cette

voie, «les hommes au cœur superbe», «les puissants»

et «les riches», dont parle le Magnificat ont la possi-

bilité de reconnaître qu’ils sont, eux aussi, aimés de

façon imméritée par le Christ Crucifié, mort et ressus-

cité également pour eux. Cet amour constitue la seule

réponse à cette soif de bonheur et d’amour infinis que

l’homme croit à tort pouvoir combler au moyen des

idoles du savoir, du pouvoir et de l’avoir.

Mais il existe toujours le danger qu’à cause d’une

fermeture toujours plus hermétique à l’égard du Christ,

qui dans la personne du pauvre continue à frapper à la

porte de leur cœur, les hommes au cœur superbe, les

riches et les puissants finissent par se condamner eux-

mêmes à sombrer dans cet abîme éternel de solitude

«C’est la miséricorde que je veux, et non les sacrifices»

(Mt 9,13)

Message du Pape François pour le Carême 2016

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VERS DEMAIN janvier-février 2016

www.versdemain.org