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tice et de grave déséquilibre social. Ces situations, à

leur tour, peuvent conduire à des conflits, ou en tout

cas, générer un climat d’insatisfaction qui risque de

déboucher tôt ou tard sur des violences et de l’insé-

curité.

En ce sens, l’indifférence et le désengagement

qui en est la conséquence constituent un manque

grave au devoir que toute personne a de contribuer,

dans la mesure de ses capacités et de son rôle dans

la société, au bien commun, en particulier à la paix,

qui est l’un des biens les plus précieux de l’huma-

nité…

Le bon samaritain

Jésus nous enseigne à être miséricordieux com-

me le Père (cf. Lc 6, 36). Dans la parabole du bon

samaritain (cf. Lc 10, 29-37), il dénonce l’omission

d’aide devant l’urgente nécessité de ses semblables:

«Il le vit et passa outre» (cf. Lc 10, 31.32). En même

temps, à l’aide de cet exemple, il invite ses auditeurs,

et en particulier ses disciples, à apprendre à s’arrêter

devant les souffrances de ce monde pour les soula-

ger, devant les blessures des autres pour les soigner,

avec les moyens dont on dispose, à commencer

par son temps, malgré les nombreuses occupa-

tions. L’indifférence, en effet, cherche souvent des

prétextes: dans l’observance des préceptes rituels,

dans la quantité de choses qu’il faut faire, dans les

antagonismes qui nous tiennent éloignés les uns des

autres, dans les préjudices de tout genre qui nous

empêchent de nous faire proches.

La miséricorde est le cœur de Dieu. Elle doit donc

être aussi le cœur de tous ceux qui se reconnaissent

membres de l’unique grande famille de ses enfants;

un cœur qui bat fort partout où la dignité humaine –

reflet du visage de Dieu dans ses créatures – est en

jeu. Jésus nous avertit: l’amour pour les autres – les

étrangers, les malades, les prisonniers, les sans-do-

micile-fixe, même les ennemis – est l’unité de mesu-

re de Dieu pour juger nos actions. De cela dépend

notre destin éternel...

Ainsi, nous aussi, nous sommes appelés à faire

de l’amour, de la compassion, de la miséricorde et

de la solidarité un vrai programme de vie, un style

de comportement dans nos relations les uns avec

les autres... La solidarité «est la détermination ferme

et persévérante de travailler pour le bien commun,

c’est-à-dire pour le bien de tous et de chacun parce

que tous nous sommes vraiment responsables de

tous» (Jean-Paul II, Lettre encyclique

Sollicitudo rei

socialis

, n. 38), parce que la compassion jaillit de la

fraternité…

Dans l’esprit du Jubilé de la Miséricorde, chacun

est appelé à reconnaître comment l’indifférence se

manifeste dans sa propre vie, et à adopter un enga-

gement concret pour contribuer à améliorer la réalité

dans laquelle il vit, à partir de sa propre famille, de

son voisinage ou de son milieu de travail.

Les États sont aussi appelés à des gestes

concrets, à des actes de courage à l’égard des per-

sonnes les plus fragiles de leurs sociétés, comme les

prisonniers, les migrants, les chômeurs et les mala-

des…

Je désire adresser un triple appel à s’abstenir

d’entraîner les autres peuples dans des conflits ou

des guerres qui en détruisent non seulement les

richesses matérielles, culturelles et sociales, mais

aussi – et pour longtemps – l’intégrité morale et spi-

rituelle; à l’effacement ou à la gestion soutenable de

la dette internationale des pays les plus pauvres; à

l’adoption de politiques de coopération qui, au lieu

de se plier à la dictature de certaines idéologies,

soient respectueuses des valeurs des populations

locales et qui, dans chaque cas, ne portent pas at-

teinte au droit fondamental et inaliénable des enfants

à naître à la vie.

Je confie ces réflexions, ainsi que mes meilleurs

vœux pour la nouvelle année, à l’intercession de

Marie, la Très Sainte, Mère attentive aux besoins de

l’humanité, afin qu’elle obtienne de son Fils Jésus,

Prince de la Paix, d’exaucer nos supplications et de

bénir notre engagement quotidien pour un monde

fraternel et solidaire.

Du Vatican, le 8 décembre 2015.

Le Pape François

Comme le bon samaritain, arrêtons-

nous devant les souffrances de ce

monde pour les soulager, devant les

blessures des autres pour les soigner,

avec les moyens dont on dispose, à

commencer par son temps, malgré

les nombreuses occupations.