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Mélanie est à l'étable et va commencer à traire les

vaches quand elle voit sa maîtresse venir à elle en pleu-

rant: «Pourquoi, mon enfant, ne venez-vous pas me

dire ce qui vous est arrivé sur la montagne?» Mélanie

répond: «Je voulais bien vous le dire, mais je voulais

finir mon ouvrage auparavant.»

Un instant après, Mélanie est

dans la maison et raconte le tout

à la maîtresse, qui est une veuve;

la ferme est exploitée par ses

deux fils, dont l'un, Baptiste, est

marié. Les deux, hommes sont

encore, aux champs, mais Méla-

nie commence son récit pour sa

maîtresse. Elle en est rendue à la

moitié quand les deux hommes

arrivent. La maîtresse, qui pleurait

au récit des plaintes et des mena-

ces de la Dame de la montagne,

leur dit: «Ah! vous vouliez aller

ramasser le blé demain, qui est un

dimanche; gardez-vous-en bien,

venez entendre ce qui est arrivé

aujourd'hui à cette enfant et au

berger, de Selme ». Et Mélanie dut

recommencer.

Lorsqu'elle eut terminé, Bap-

tiste Pla dit: «C’était la sainte Vierge ou quelque grande

sainte, venue de la part de Dieu. Il faut faire ce qu'elle a

dit. Comment allez-vous faire pour dire cela à tout son

peuple?» Mélanie lui répondit: «Vous me direz com-

ment faire et je le ferai».

De seuil à seuil, tout le hameau des Ablandins sut

la nouvelle avant la fin de la veillée. Les uns crurent.

D'autres, non. Mais les plus sceptiques furent quand

même troublés: il était impossible que ces enfants-là,

sans instruction, aient pu fabriquer un roman de cette

sorte; puis ils répètent la vision et les paroles sans la

moindre contradiction; et comment peuvent-ils avoir

tout d'un coup tant de mémoire pour un discours si

long?

Après discussion et réflexion, Baptiste Pla dit aux

deux enfants: «Savez-vous ce que vous devez faire:

Demain, levez-vous de bon matin, allez tous les deux

à monsieur le Curé, racontez-lui tout ce que vous avez

vu et entendu; dites-lui bien comment ça s'est passé,

lui vous dira quoi faire».

Le dimanche 20 septembre, les deux enfants frap-

pant à la porte du presbytère, à la servante qui ouvre,

ils disent qu'ils veulent voir monsieur le Curé. «Impos-

sible, il n'a pas le temps de recevoir personne avant la

messe. Mais que voulez-vous lui dire? Je pourrai le lui

faire savoir». «C'est qu'on a une nouvelle à lui raconter.

C'est nos maîtres qui nous ont dit de venir».

— «Il ne peut pas vous recevoir, il est à préparer

son sermon. Mais au fait, quelle nouvelle, donc?»

Et les deux enfants commencent l'histoire, ils re-

prennent une bonne partie du discours de la Dame. La

cloche sonne le dernier coup pour la messe. Le curé,

qui a prêté l'oreille et a tout entendu, ouvre la porte

de la cuisine. Il est en larmes. Il se frappe la poitrine et

dit: «Mes enfants, nous sommes perdus, le bon Dieu

va nous punir. Ah ! c'est la Sainte

Vierge qui vous est apparue ». Et

le bon prêtre de 63 ans part pour

dire la sainte messe.

Après l'Évangile, le curé mon-

te en chaire. Il essaie de raconter

l'apparition qui a eu lieu la veille,

sur une montagne de la paroisse.

Il exhorte ses paroissiens à ne

plus travailler le dimanche. Sa

voix est entrecoupée de sanglots.

Tout le monde est ému.

Les premières personnes vi-

sitant les lieux de l'apparition, le

mardi 22 septembre, constatent

avec surprise que la fontaine or-

dinairement desséchée, sur le lit

de laquelle la sainte Vierge avait

posé les pieds lorsqu'elle était

assise sur la pierre, laisse main-

tenant sourdre de l'eau. Depuis

aussi longtemps que les gens la

connaissent, cette fontaine n'a été en action qu'après

de grandes pluies et à la fonte des neiges. Elle est tout

de suite appelée «la fontaine miraculeuse» et n'a ja-

mais tari depuis.

Les pèlerins commencèrent à gravir la sainte mon-

tagne. Des 100, des 200 par jour. Le 17 novembre, ils

sont 800. Le 27 novembre, ce sont 1 400 personnes de

Corps qui montent à la sainte montagne: ni curé, ni vi-

caire, mais le maire, son conseil et les cinq gendarmes

de la brigade en tête. Comme ils vont redescendre, ils

voient venir la femme que tout le monde sait paraly-

sée depuis plus de vingt années. C'est une explosion:

«La Laurent a bu de l'eau de la fontaine miraculeuse,

et la voilà guérie». La foule entonne le Magnificat, puis

le Te Deum. Redescendue à Corps, elle fait deux fois

le tour du village, et Marie Laurent n'en est nullement

fatiguée.

Pour le premier anniversaire, le 19 septembre

1847, avec l’autorisation de l’évêque de Grenoble,

50 000 personnes, dont plus de 100 prêtres, sont ve-

nus prier et acclamer la Reine du Ciel qui était venue

là, dicter à deux bergers ignorants ce qu'elle veut faire

connaître à tout le peuple.

L'approbation officielle

C'est le jour du cinquième anniversaire de l'Appa-

rition aux deux bergers, le 19 septembre 1851, que

l'Evêque de Grenoble, après avoir pesé tout ce qui

s'était dit ou écrit pour et contre, et sur le rapport entiè-

rement favorable de la Commission d'enquête, publia

un mandement dans lequel il déclarait:

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