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des Sept Douleurs. L'après-midi de ce samedi, les prê-

tres allaient donc dire et les moines chanter aux pre-

mières vêpres de cette fête: «Comment imaginer une

détresse semblable à la vôtre? Où trouver des conso-

lations à la hauteur de votre infortune, ô Vierge, fille

de Sion? Votre douleur est immense comme la mer».

Les deux enfants qui montent vers le Planeau ne

savent rien de tout cela. Mais avant le soir, ils auront

vu cette Vierge en pleurs; et quand ils descendront de

la montagne, ils seront enfants encore, mais enfants

porteurs d'un message céleste avec la mission de le

faire savoir à toute la chrétienté.

La matinée de ce jour-là passe comme celle de

la veille. Même recueillement à la cloche de l'Angé-

lus. Après avoir pris leur dîner, les deux bergers déci-

dent de construire ce qu'ils appellent un «paradis». Ils

amassent des pierres, en font quatre murs, posent une

large pierre en étage, reprennent les murs en hauteur

et terminent par une deuxième pierre large comme

couverture. Le bas, disent-ils, c'est notre habitation: la

partie du haut, c'est le paradis. Ils ornent le tout de

fleurs. Puis fatigués, mais contents de leur oeuvre, ils

s'étendent sur l'herbe et s'endorment.

Mélanie s'éveille la première, jette un regard cir-

culaire et ne voit plus de vaches. Elle se lève comme

un ressort, appelle: «Mémin, Mémin, où sont nos

bêtes?» et prenant son bâton, elle gagne rapidement

le sommet d'un monticule. Les vaches sont couchées

tranquillement de l'autre côté du monticule. Mélanie

les compte: «Elles sont toutes là», dit-elle à Mémin qui

la suivait quelques pas en arrière.

Les deux redescendent vers leur «paradis». Ils en

sont encore à une vingtaine de pas quand, soudain,

Mélanie est figée de stupeur, écarquille les yeux; lais-

se tomber son bâton et, le coeur battant, dit: «Mémin,

vois-tu là-bas? Ah! moun Diou ! »

Et Maximin voit lui aussi. Un globe de clarté surna-

turelle, qui semble s’ouvrir, laisse paraître une lumière

encore plus brillante, puis, en son milieu, une dame

assise sur leur «paradis», accoudée sur ses genoux, le

visage dans les mains, comme accablée sous le poids

d'un grand chagrin.

Maximin dit à Mélanie: «Ramasse ton bâton», et

brandissant sa propre trique, en tenue de bataille: «Si

elle nous fait quelque chose, je lui donnerai un bon

coup.»

La Dame alors se lève. Les bras à demi croisés sur

sa poitrine, elle regarde les deux bergers avec dou-

ceur. Mais elle est en larmes. Des larmes qui tombent

comme des gouttes de lumière, car elle est toute en

lumière. Elle porte des vêtements qui sont de lumière,

même si leurs formes ressemblent à celles des vête-

ments connus; que les enfants appelleront bonnet, fi-

chu, robe, tablier, chaussures – mots bien creux, diront-

ils plus tard, pour exprimer des formes qui, dans leurs

plis les plus prononcés, ne présentaient aucune ombre.

Un visage très blanc, tout de beauté. La Dame pleure,

sans sangloter. Elle rassure tout, de suite les deux ber-

gers:

«Avancez, mes enfants. N'ayez pas peur. Je suis

ici pour vous annoncer une grande nouvelle.»

Et Marie – car c'est bien Elle – va dire aux enfants,

et par eux à tout le Monde, ce qui cause sa tristesse,

ce qui menace l'humanité si les hommes ne s'amélio-

rent pas. Elle commence, en français:

«Si mon peuple ne veut pas se soumettre, je suis

forcée de laisser aller la main de mon Fils. Elle est si

lourde et si pesante que je ne puis plus la retenir.

«Depuis le temps que je souffre à cause de vous !

Si je veux que mon Fils ne vous abandonne pas, je

suis obligée de le prier sans cesse. Et vous autres,

vous n'en faites pas cas. Vous aurez beau prier, beau

faire, jamais vous ne pourrez reconnaître la peine que

j'ai prise pour vous.

«Je vous ai donné six jours pour travailler, je me

suis réservé le Septième et on ne veut pas me l'accor-

der. Voilà ce qui appesantit tant le bras de mon Fils.

«Ceux qui conduisent les charrettes ne peuvent

«Je vous ai donné six jours

pour travailler, je me suis

réservé le Septième et on

ne veut pas me l'accorder.

Voilà ce qui appesantit tant

le bras de mon Fils.»

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VERS DEMAIN janvier-février 2016

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