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Maximin, 11 ans, n’a point été, lui non plus, gâté

par la vie. Il n'avait qu'un an quand il a perdu sa mère.

Le père, charron, habite une masure à l'orée du bourg

de Corps, sur une ruelle sale et tortueuse. Quand il

n'est pas à sa forge, tout-à-côté, le bonhomme est au

cabaret, le dimanche comme les autres jours. Il n'est

pas tendre pour son garçon. Il s'est remarié, et la ma-

râtre fait la vie dure à Maximin, «Mémin» comme on

l'appelle.

De visage aimable, au regard candide, Mémin est

espiègle sans malice, remuant et aimant le jeu. Lui non

plus n'a jamais été à l'école. Ne sait ni A ni B; de prière,

point; de catéchisme, de messe, point. Mais lui aussi,

malgré le milieu peu exemplaire où il vit, est resté pur.

Voilà les deux petits ignorants et miséreux que la

Reine du Ciel va choisir comme ambassadeurs pour

presser tout le peuple de se convertir, de prier et de

faire pénitence.

Maximin Giraud et Mélanie Calvat

Ensemble sur le Planeau

Quoique tous les deux de Corps, Mélanie et Maxi-

min ne se sont encore jamais rencontrés. Ils ne se

connaissaient aucunement l'un l'autre. Pourtant, c'est

aux deux ensemble que, dans Ie plan de Dieu, Marie

doit se manifester. Or, Maximin est à Corps, tandis que

Mélanie est bergère à La Salette, même tout au delà

du village, aux Ablandins. Mais Dieu est le maître des

circonstances et les dispose à son gré, même si les

hommes n'y voient que du fortuit.

Le 13 septembre, Pierre Selme, un autre fermier

des Ablandins, est descendu à Corps. Son berger est

malade. Selme vient demander au charron Giraud, de

lui prêter «Mémin», pour quelques jours seulement, en

attendant que son berger puisse reprendre son travail.

Maximin ne connaît rien au métier de berger ou au

soin des vaches, mais il ne demande pas mieux que

cette diversion. Le voici donc, lui aussi, aux Ablandins.

Le 18 septembre, Mélanie décide de conduire les

quatre vaches de son maître au pâturage sur un pla-

teau de la montagne, appelé Le Planeau. De son côté,

Pierre Selme dit à Maximin: mène les vaches au Pla-

neau; je vais aller faucher dans le champ voisin; si tu

t'ennuies, tu pourras venir me voir, mais tu peux bien

aussi aller tenir compagnie à la bergère des Pla qui est

comme toi de Corps; elle aussi garde ses vaches au

Planeau.

Mélanie, l'amie du silence et de la solitude, et

Maximin, d'un naturel tout opposé, mais tous les deux

également bons et sans vice, vont donc se rencontrer

pour la première fois. Vers onze heures, en effet, Mé-

lanie s'entend héler: «Petite, je suis aussi de Corps».

Surprise et contrariée de voir sa solitude investie, elle

dit au garçon: « Je ne veux personne, je veux rester

seule». Et elle s'éloigne.

Mais Maximin la suit en disant: «Va, laisse-moi

avec toi; mon maître m'a dit de garder mes vaches

avec les tiennes; je suis de Corps». Elle le rebute en-

core, va plus loin et s'assied sur le gazon. Un moment

après, tournant la tête, elle voit le pétulant petit bon-

homme qui insiste: «Garde-moi. Je m'ennuie tout seul.

Je serai sage. Je ne parlerai pas». Elle a pitié et lui fait

signe de s'asseoir.

Mais «Mémin» ne garde pas longtemps le silence.

Il parle, pose des questions, rit, est tout gaieté, exécu-

te des cabrioles amusantes. La silencieuse ne résiste

plus. La conversation est engagée.

L'Angélus du midi sonne à l'église de La Salette.

Mélanie dit à Maximin qu'il faut s'arrêter quelques ins-

tants pour penser au bon Dieu. Puis elle propose le

dîner. L'insouciant Maximin n'a pas attendu si long-

temps: dès avant de venir à Mélanie, il a partagé avec

son chien le maigre lunch qu'on lui a mis en main le

matin. Mais Mélanie est heureuse de partager le sien

avec son petit compagnon. Un peu plus tard aussi, elle

indique à Maximin un endroit de la montagne où se

trouvent des baies, des airelles sans doute. Il y va, se

régale et en rapporte plein son chapeau.

Mélanie s'est bien accommodée de la compagnie

qu'elle avait d'abord voulu éloigner. Et quand les deux

bergers ramènent leurs vaches chez leurs maîtres vers

la fin de l'après-midi, ils s'entendent pour se retrouver

à la même place le lendemain.

Apparition de Marie

Le lendemain, 19 septembre, tel que convenu la

veille, les deux enfants gravissent la montagne en-

semble, en poussant leurs bêtes vers le Planeau. C'est

un samedi, jour hebdomadaire de la sainte Vierge.

C'est aussi, en cette année 1846, le samedi des Qua-

tre-Temps de septembre, donc jour de prières et de

pénitence. Dans sa liturgie du matin, l'Église disait:

«C'est le jour important des expiations ... C'est le jour

de propitiation pour vous réconcilier avec le Seigneur.

Toute âme qui ne sera pas affligée en ce jour périra».

De plus, c'est la veille du troisième dimanche de

septembre, donc la veille de la fête de Notre-Dame

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VERS DEMAIN janvier-février 2016

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