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re et la soif du gain se tiennent en armes contre le

Royaume du Christ.

«Les temps sont mauvais.» Nous, catholiques, vi-

vons aujourd'hui dans un siècle de paganisme. Notre

gouvernement et notre société sont à peu près aussi

païens que l'étaient les gouverne-

ments et la société aux jours de la

Rome païenne. Bien des hommes

n'adorent plus du tout le vrai Dieu –

ils adorent plutôt, comme faisaient

les Romains, à l'autel de Vénus, ou

de Moloch, ou de quelque autre

fausse déité, des passions humai-

nes.

Ce que le philosophe Denis

disait du paganisme de Rome est

encore vrai aujourd'hui: «Le paga-

nisme était dû en grande partie à

la faiblesse de son contrôle de la

conduite morale, du caractère et des

passions – à la sanction accordée à

toute concession faite à la bête qui,

hélas ! dort dans le coeur de chacun

de nous.»

Vers l'an 304, une foule nom-

breuse et curieuse entourait le tribu-

nal du tout-puissant préfet de Rome.

Devant lui, pâle mais calme, se tenait Agnès, à peine

âgée de treize ans. Fille d'une éminente famille patri-

cienne de Rome, elle était accusée d'être chrétienne.

Il paraît que les parents d'Agnès étaient encore

païens. Mais c'était alors la coutume, chez les parents

riches, de confier à une esclave-nourrice les soins et

l'éducation de leurs filles jusqu'à ce qu'elles fussent

d'âge à se marier. Quelques-unes de ces esclaves

avaient une instruction remarquable, surtout celles

qui provenaient de la Grèce. Souvent, elles étaient

chrétiennes: ce fut évidemment le cas de celle à la-

quelle fut confiée Agnès.

La vindicte d'un amoureux

Quelques jours avant cette séance du tribunal,

Phocus, fils du préfet de Rome, allait à la maison

d'Agnès – soit sur une invitation du père d'Agnès

dans l'espoir d'arranger un mariage avantageux; soit

que Phocus s'y soit rendu de sa propre initiative, par-

ce que s'étant infatué de la beauté modeste d'Agnès,

il voulait lui déclarer son amour, accompagné des

promesses d'une brillante alliance.

En cette circonstance, Phocus a déployé devant

Agnès une richesse d'ornements et de bijoux. Mais

Agnès a repoussé froidement ses avances, lui disant:

«Je suis déjà l'épouse d'un autre Amoureux beau-

coup plus noble et plus puissant que vous.»

Cette réponse a stupéfié Phocus. Il demande

alors avec une rage de jalousie: «Qui donc peut être

cet amoureux plus noble et plus puissant que moi,

le fils du préfet de Rome, moi que toutes les filles de

l'empire se trouveraient heureuses d'épouser ?»

«C'est un Prince», répond Agnès. «Un Prince dont

l'épouse garde, comme la plus glorieuse des couron-

nes, une virginité sans tache. À cet Amoureux j'ai juré

ma fidélité.» Et sur ce, elle s'enfuit.

Phocus part, abattu, mais la

vengeance au coeur. Il apprend

alors qu'Agnès est une chrétienne,

et il en fait rapport à son père. Le

père ordonne l'arrestation d'Agnès,

se vantant qu'il saura bien la faire

se soumettre devant la menace de

châtiments.

De son siège de juge, le préfet

s'adresse donc à Agnès:

« Ma fille, tu as été accusée du

grave crime d'être chrétienne. Per-

sistes-tu dans cet état ?»

— «Oui», répond Agnès, «je

suis chrétienne. J'ai voué ma fidélité

et ma virginité au Christ.»

Le juge, encore calme, dit:

«Je vois que tu es obstinée. Je

pourrais employer la force. Mais je

respecte ton âge tendre. Va donc,

librement, au temple de Vesta, lui offrir un sacrifice,

et tu peux dédier ta virginité à cette déesse.»

«Oh ! Juge», plaide alors Agnès, «ne considérez

pas, ma jeunesse; je ne cherche aucune clémence

à cause de mon âge. J'ai refusé votre fils, qui est un

être vivant; croyez-vous que je puisse maintenant in-

cliner ma tête devant des idoles, de simples pierres,

muettes et sans vie?»

Un choix terrible

Le préfet, avec rage:

«Ton blasphème contre les dieux mérite la mort.

Mais je te donne une autre chance. Tu choisis. Ou

bien tu sacrifies à la déesse avec les vierges vestales,

ou bien tu seras traînée sur la place d'infamie, pour

être le jouet de ceux qui ont de la virginité une tout

autre idée que la tienne. Songe, aussi, à l'honneur de

ta famille.»

Agnès reçoit, visiblement un choc de cette me-

nace d'être livrée sans défense à la bestialité d'impu-

diques. Mais elle compte sur le secours de Dieu, et

c'est avec calme qu'elle répond:

«Monsieur le Préfet, si vous connaissiez seule-

ment qui est mon Dieu, vous ne parleriez pas ainsi. Il

enverra un ange pour me protéger.»

Le préfet-juge se lève alors:

«Que cette jeune fille, Agnès, convaincue de blas-

phème et de sacrilège, soit dépouillée de ses vête-

ments et exposée dans la maison de honte!»

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VERS DEMAIN janvier-février 2016

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