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L’article suivant est la retranscription d’une confé-

rence donnée par Louis Even à la télévision en 1962,

dont on peut retrouver la vidéo sur notre site internet,

et qui a été reprise par des dizaines d’autres sites:

par

Louis Even

Quand les corps publics – que ce soit les commis-

sion

s scolaires, les municipalités, les gouvernements

provinciaux, le gouvernement fédéral – établissent

leur budget annuel, il y a un article de ce budget qui

s’appelle «service de la dette publique». Cet article-là

n’est jamais discuté: le seul fait de présenter les chif-

fres de la dette, les chiffres du service de la dette – ce

qui veut dire les intérêts à payer, et les rembourse-

ments annuels quand ils peuvent sur le capital – ces

chiffres-là sont approuvés sans discussion. Curieux,

puisque le Canada est un pays qui s’enrichit conti-

nuellement. Je parle ici des vraies richesses du pays.

Comparez le Canada d’aujourd’hui avec ce qu’il

était il y a cinquante ans, cent ans, ou bien du temps

des pionniers il y a plus de 300 ans. Au commence-

ment, qu’y avait-il au Canada? Des forêts, des bêtes

dans les forêts, des «Indiens» (autochtones) qui se

cachaient, des Blancs (Européens) qui venaient pour

essayer de faire quelque chose, qui étaient obligés de

travailler dur et de se défendre. On ne pouvait pas

produire beaucoup de richesses dans ce temps-là

comme aujourd’hui ! Depuis, le Canada s’est déve-

loppé, avec des champs, des fermes, des routes, des

églises, des écoles, des hôpitaux. Le Canada actuel

est immensément plus riche qu’il y a 50 ans, 100 ans,

300 ans.

Pourtant, comparez la dette publique du Canada

d’aujourd’hui avec le Canada de ce temps-là, d’il y a

50 ans, 100 ans, 300 ans. La dette publique – la somme

des dettes municipales, provinciales, fédérale, sans

compter les dettes scolaires, les dettes de fabriques

et d’autres. Vous remarquerez qu’on est beaucoup

plus riche, beaucoup plus développé et beaucoup

plus endetté. Comment expliquer cela?

Qui a développé la richesse du pays? À qui sont

dues ces routes, ces écoles, ces hôpitaux, ces che-

mins de fer, ces églises, ces fermes, ces usines, tout

ce développement; qui est-ce qui a monté tout ça?

C’est la population du pays, évidemment, ça ne s’est

pas monté tout seul.

C’est la population du pays qui fait tous ces dé-

veloppements, toutes ces richesses, et c’est elle qui

est endettée pour toutes ces choses-là? Elle est en-

dettée et est obligée de payer pour les choses qu’elle

a faites elle-même? Et obligée de payer à qui ? Pas

à ceux qui ont fait ces richesses; ceux qui ont fabri-

qué les choses, qui ont travaillé, ont été payés par un

salaire, et avec ce salaire, ils ont acheté les produits

qui ont été faits par d’autres.

Par exemple, si on a pu construire une école, les

constructeurs de l’école ont dû se nourrir, s’habiller.

S’ils ont pu le faire, c’est parce qu’il y avait d’autres

personnes dans le pays qui produisaient de la nourri-

ture ou des habits. Ça veut dire que c’est la population

dans son ensemble qui a produit ces choses durables

qui ont été faites, et qui existent encore aujourd’hui.

C’est donc le fruit du travail de la population, ajouté

aux ressources naturelles qui appartiennent aussi à la

population.

Comment expliquer que la population est endet-

tée pour les choses qu’elle a produite elle-même? Et

non seulement on fait payer la population pour ce

qu’elle a produit elle-même, on la fait payer plus que

le prix que ça a coûté.

Par exemple, vous empruntez pour bâtir une éco-

le: c’est la population du pays qui fait tout ce qu’il faut

pour bâtir l’école, pour nourrir les ouvriers, etc. L’école

a peut-être coûté 300 000 dollars, vous allez prendre

vingt ans pour rembourser ça, vous allez rembourser

une fois et demie, deux fois, et même davantage si on

prend plus de temps. Pourtant, on ne devrait payer

que ce que l’on consomme: vous achetez un pain,

vous le mangez seulement qu’une fois. Si on vous

le fait payer trois fois, vous direz avec raison: «C’est

absurde ! Je ne peux pas consommer mon pain trois

fois, je vais le payer seulement qu’une fois.»

Très bien. Mais pour ce qui est des écoles, on ne

les consomme (use) même pas toutes, et on les a déjà

payé deux fois, et quelquefois trois fois. Le maire de la

ville de Kénogami (dans la région du Saguenay) nous

disait un jour: «Notre aqueduc municipal, on l’a déjà

Les dettes publiques, fruits d’un système absurde

La plus grande escroquerie de tous les temps

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VERS DEMAIN août-septembre 2016

www.versdemain.org

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