Table of Contents Table of Contents
Previous Page  46-47 / 48 Next Page
Information
Show Menu
Previous Page 46-47 / 48 Next Page
Page Background

Victor Hugo a dit: «À la naissance d’un enfant,

tout

e la famille applaudit à grands cris». Ces mots

semblent correspondre à cette fête de Noël. Aucune

fête chrétienne, sur le plan humain, suscite autant de

joie, de préparatifs, d’attente fébrile, d’exagération,

de dépenses folles et de fatigues. Mais pour nous,

chrétiens, le plus important n’est pas tant les activités

nombreuses ou les cadeaux à offrir que «l’accueil de

Celui qui vient».

Ce «Don unique à recevoir» n’est pas quelqu’un

du passé ou un souvenir, mais le Fils de Dieu», venu

il y a 2000 ans, engendré de toute éternité par Dieu le

Père, tellement égal et semblable à Lui qu’Il en est le

Révélateur, la Parole vivante.

Pour préparer ce

«Don unique», Dieu,

dès le début, avait

choisi et préparé une

Vierge, Marie, d’une

sainteté si grande

que «seule la pensée

de Dieu pouvait la

mesurer». Par un acte

de foi parfaite, le seul

dans l’histoire, elle

accueillit, grâce à l’in-

tervention de l’Esprit-

Saint, le Fils de Dieu

qui devint Fils de

l’homme pour établir

l’alliance entre Dieu

et la grande famille

humaine. Tout cela se

fit sous le signe d’une

joie céleste indicible.

En effet, quand l’ange Gabriel annonça à Marie le

projet divin sur eIle, il le fit ainsi: «Sois dans la joie, Le

Seigneur est avec toi... Ne crains pas. Tu vas mettre

au monde un Fils du nom de Jésus». Lors de la nais-

sance, un ange salua des bergers. «Une grande joie

pour tous: un Sauveur est né, Ie Messie». Au même

moment, une nuée d’esprits célestes chantaient les

louanges de Dieu: «Gloire à Dieu dans les cieux et

paix sur la terre aux hommes qu’Il aime» (Lc 2, 10-20).

Cet Enfant-Dieu dont nous célébrons l’anniversai-

re vient nous dire son grand amour pour nous et pour

l’humanité, et aussi son désir de créer une commu-

nion avec nous et entre nous. ll vient pour nous unir,

pour faire de nous son peuple, l’Église aux multiples

visages, pour faire de nous une vraie famille, nous

montrant comment nous accueillir, nous aimer les

uns les autres, comment faire rejaillir sa vie sur nous

tous (Ephes 4, 1-60).

Mais aujourd’hui, qu’en est-il ? La sécularisation

a éloigné les gens de l’Église. Dieu n’a plus sa pla-

ce dans les diverses institutions de Ia société. C’est

l’indifférence religieuse. La référence à Dieu dans

l’amour n’est plus: on vit chacun pour soi, pour la

consommation, le confort, le plus-avoir; on sacri-

fie au désir, à l’envie, aux loisirs, etc. On n’a plus de

temps pour penser à Dieu, pour le visiter. La foi existe

encore mais la lueur est si faible. Heureusement, il

y a des sursauts de foi, tantôt lors de funérailles, de

mariages ou autres fêtes spéciales, tantôt aux fêtes

de Noël et de Pâques.

Dans un monde aussi troublé, quelle est l’invita-

tion de Dieu? Est-il possible de faire plus pour chan-

ger notre monde,

les familles, les

individus?

Que

d’occasions pour

faire rejaillir la vie

de Dieu sur celles

et ceux que nous

côtoyons ! Pour

poser des gestes

de bonté, pour

celles et ceux qui

sont plus diffici-

les à aimer, pour

secourir les dé-

munis mais aussi

les membres de

nos familles ou les

voisins aux prises

avec des difficul-

tés. Interpellation

à plus d’ouvertu-

re, d’accueil et de

générosité. Cet Enfant veut nous inspirer des façons

nouvelles pour rendre notre vie plus signifiante avec

les autres.

L’Esprit de Noël, c’est donc Dieu parmi nous et

avec nous. Demandons-lui d’augmenter notre foi, de

nous aider à pénétrer, à vivre et à témoigner le sens

de l’Évangile. N’est-il pas la Lumière qui peut envahir

notre coeur et faire de nous des semeurs de vraie

joie? Dieu est toujours avec nous par le Pain de l’Écri-

ture et le Pain eucharistique. C’est le même Dieu, le

même Sauveur. Quelle fidélité ! (Ps 112) Sachons l’en

remercier en célébrant Noël tous les dimanches, un

Noël vécu dans la foi et l’amour qui nous conduira au

bonheur éternel.

Je vous souhaite le plus beau des Noëls jamais

vécu !

Roger Bouchard, prêtre STD

Noël: L’Enfant-Dieu vient nous visiter

non, c’est étrange... Je vis seul avec mon frère qui est

actuellement en service de nuit à l’usine. Il y a cer-

tainement erreur. La messagère a voulu sans doute

écrire: «rue Desportes», et elle a mis Descartes…

Monsieur l’Abbé, entrez donc quelques minutes…

vous êtes transi, je vous prépare un grog.

Je pénétrai dans un élégant petit salon-bibliothè-

que. Il y avait des livres ouverts sur le divan. Dans un

angle, une petite table, une lampe basse, un poste de

radio, un fauteuil de cuir fauve.

– J’écoutais, dit le jeune homme, un peu de musi-

que hongroise retransmise depuis Vienne…

Il ferma brusquement le bouton.

– Monsieur l’Abbé, il y a deux ans que je désire

vous parler. Je n’osais aller vous trouver… le hasard

de cette nuit est vraiment

prodigieux.

Il sourit tristement:

– Je suis un enfant

prodigue.

Assis contre moi, sur

le divan, il me raconte

toute sa vie. Je le quittai,

l’ayant réconcilié avec

son Dieu. Je me hâtais

alors vers la rue Despor-

tes, songeant à l’extra-

ordinaire visite que je

venais de faire… Mais

nous, prêtres, il y a long-

temps que nous som-

mes habitués à des faits

étranges comme celui-

ci… Une heure et quart

sonna à tous les clochers

de la cité.

Je traversais en ce

moment la place du théâ-

tre. Soudain, les sirènes

mugirent lugubrement:

alerte dans la nuit… Je

pris la pas de course vers

la rue Desportes; le 37 n’existait pas: la rue s’arrêtait

au 16… Je n’y comprenais plus rien… mais pas le loi-

sir d’épiloguer; les premières torpilles tombaient au

nord de la ville.

Le bruit infernal se rapprochait. Plus que le temps

de m’abriter dans la première cave venue. Nous vé-

cûmes trois quarts d’heure de véritable épouvante.

Quand je sortis, de grandes lueurs éclairaient tous les

toits; il y avait au moins deux cents foyers d’incen-

die. Partout des façades éventrées comme d’un coup

de couteau, des immeubles écroulés, des nuages de

fumée, des cris de désespoir fou. Je me rendis au

poste de secours le plus voisin. Là, plusieurs centai-

nes de morts et de blessés étaient rangés dans une

cour; il en arrivait sans cesse de nouveaux. Au front,

je n’avais pas vu de boucherie plus atroce… J’allai de

l’un à l’autre, donnant une absolution ou traçant sur

les fronts une rapide Extrême-Onction. Soudain, je

dus m’appuyer à la muraille.

– Qu’avez-vous, Monsieur l’Abbé, me demanda

l’un des docteurs?

J’étais pâle.

– Un de vos parents peut-être?

– Non… un paroissien.

Je venais de heurter du pied le cadavre du jeu-

ne homme de la rue Descartes. Il y avait une heure à

peine, je l’avais laissé plein de vie, bouleversé de joie

par le pardon de ses péchés. Et ses paroles me reve-

naient: «Vous faites erreur monsieur l’Abbé. Il n’y a pas

de mourant ici, voyez si

je suis en bonne santé ! ».

Il riait gaiement. Il était

au bord de son éterni-

té, il n’en savait rien. La

miséricordieuse bonté

de Dieu avait pris soin

qu’il eût le temps de se

confesser avant l’alerte.

Je pris son porte-

feuille dans l’espoir de

trouver un nom; la carte

de travail portait: R.M.

vingt et un ans. Il y avait

parmi diverses feuilles

de tickets, une lettre

jaunie, puis des photos.

L’une d’elles représen-

tait une femme d’envi-

ron quarante ans… Je

sursautai; c’était, sans

erreur possible, le por-

trait de celle qui était

venue me supplier (de

venir tout de suite, rue

Descartes, voir un jeune

homme en danger de

mort…) Au dos, je lus

ces simples mots: «Maman!».

Une autre photo la représentait sur son lit de mort

les mains jointes, tenant un chapelet et ces dates: 7

mai 1898 – 8 avril 1939… Je regardai la lettre jaunie.

Une écriture semblable à celle que la femme inconnue

avait tracée sur mon agenda au presbytère.

Pensez ce que vous voudrez de ce fait authen-

tique; si troublant, si mystérieux. Pour moi, plus de

doute: c’est bien la mère du jeune homme qui est ve-

nue me chercher à minuit, qui est venue me chercher

du fond de son éternité.

Puisque Dieu existe, puisque l’Evangile est vrai,

puisque le miracle est possible, disait Pascal, quelle

difficulté y a-t-il à cela?

.., Mieux vaut être prêt en recevant les derniers sacre-

ments de l’Église, pour être en état d’amitié avec Dieu.

46

VERS DEMAIN octobre-novembre-décembre 2015

VERS DEMAIN octobre-novembre-décembre 2015

www.versdemain.org www.versdemain.org

47