Table of Contents Table of Contents
Previous Page  36-37 / 48 Next Page
Information
Show Menu
Previous Page 36-37 / 48 Next Page
Page Background

Depuis 2006, deux fois par année, une ses-

sion d’étude est organisée à Rougemont sur la

démocratie économique (ou crédit social), vue à

la lumière de la doctrine sociale de l’Église. Cet

enseignement est donné par Alain Pilote, qui

s’est servi des écrits de Louis Even pour faire

un résumé des propositions financières de C.H.

Douglas en quelques leçons. En Afrique, M. Louis

Fahé organise aussi des sessions similaires.

Les leçons de cette session sont reproduites

dans le livre «La démocratie économique», qui

peut être commandé de notre bureau (voir an-

nonce page 35), et est aussi disponible gratuite-

ment sur notre site web. Les prochaines sessions

à Rougemont auront lieu du 14 au 21 avril 2016,

et du 21 au 29 juillet 2016, suivi du congrès annuel

du 30 juillet au 1er août 2016. Voici des extraits de la

première leçon:

par

Alain Pilote

Fins et moyens

Lorsqu’on parle d’économie, il convient de dis-

tinguer entre fins et moyens, et surtout de soumettre

les moyens à la fin, et non pas la fin aux moyens.

Il arrive souvent que, dans la conduite de la chose

publique, on prend les moyens pour la fin, et l’on est

tout surpris d’obtenir le chaos comme résultat. Par

exemple, selon vous, quel est le but, la fin de l’éco-

nomie:

A. Créer des emplois?

B. Obtenir une balance commerciale favorable?

C. Distribuer de l’argent à la population?

D. Produire les biens dont les gens ont besoin?

La bonne réponse est D. Pourtant, pour pratique-

ment tous les politiciens, la fin de l’économie est de

créer des emplois: cependant, les emplois ne sont

qu’un moyen de produire les biens, qui sont l’objec-

tif, la véritable fin de l’économie; aujourd’hui, grâce à

l’héritage du progrès, les biens peuvent être produits

avec de moins en moins de labeur humain, ce qui lais-

se aux gens de plus en plus de temps libres pour se

consacrer à d’autres activités, comme prendre soin de

leur famille, ou accomplir d’autres devoirs sociaux.

D’ailleurs, quelle serait l’utilité de continuer à pro-

duire quelque chose lorsque les besoins humains

pour ce produit sont déjà comblés et satisfaits? Cela

entraîne un gaspillage inutile des ressources naturel-

les. Et si on tient au plein emploi, qu’arrive-t-il à ceux

qui ne peuvent être employés par le système produc-

teur: les handicapés, les personnes âgées, les enfants,

les mères qui restent à la maison — devraient-ils tous

mourir de faim? Ce ne sont pas tous les êtres humains

qui sont producteurs, mais tous sont consommateurs.

Si vous pensez en termes de réalités, avoir une

balance commerciale favorable signifie que vous ex-

portez vers d’autres pays plus de produits que vous en

importez de l’étranger, ce qui signifie que vous vous

retrouvez avec moins de produits dans votre pays,

donc plus pauvres en richesses réelles.

Plusieurs seraient tentés de répondre C à la ques-

tion du début, car il semble évident que l’argent est

nécessaire pour vivre dans la société actuelle, à moins

de produire soi-même tout ce dont on a besoin pour

vivre, ce qui est l’exception aujourd’hui, avec la divi-

sion du travail où un individu est le boulanger, l’autre

est charpentier, etc., chacun accomplissant une tâche

spécifique et produisant des biens différents.

L’argent est un moyen d’obtenir ce qui est produit

par les autres. Notez bien, c’est un moyen, pas une

fin ! On ne se nourrit pas en mangeant de l’argent, on

ne s’habille pas en cousant du papier-monnaie ensem-

ble: on se sert de l’argent pour acheter de la nourriture

et des vêtements. Les biens doivent tout d’abord être

produits, fabriqués, et mis en vente sur le marché: s’il

n’y avait aucun produit à acheter, tout argent ne vau-

drait absolument rien, ne servirait à rien.

A quoi servirait par exemple

d’avoir une valise contenant un

million de dollars si vous vous

retrouvez au Pôle Nord ou dans

le désert du Sahara, sans aucun

produit à acheter avec votre mil-

lion de dollars? Comparez mainte-

nant cette situation avec celle d’un

homme qui n’a pas un sou, mais qui vit sur une île où il

retrouve toute l’eau potable et tous les aliments dont il

a besoin pour mener une vie confortable? Lequel des

deux est le plus riche?

Répétons-le encore une fois, et nous l’expliquerons

encore plus loin, l’argent n’est pas la richesse, mais un

moyen d’obtenir la richesse réelle: les produits.

Ne confondons pas fins et moyens. On peut dire la

même chose des systèmes. Les systèmes ont été in-

ventés et établis pour servir l’homme, non pas l’hom-

me créé pour servir les systèmes. Si donc un système

nuit à la masse des hommes, faut-il laisser souffrir

la multitude pour le système, ou corriger le système

pour qu’il serve la multitude?

Puisque l’argent a été établi pour faciliter la pro-

duction et la distribution, faut-il limiter la production et

la distribution à l’argent, ou mettre l’argent en rapport

avec la production et la distribution?

D’où l’on voit que l’erreur de

prendre la fin pour les moyens, les

moyens pour des fins, ou de sou-

mettre les fins aux moyens, est une

erreur grossière, très répandue, qui

cause beaucoup de désordre.

La fin de l’économique

Le mot économie provient de

deux racines grecques:

Oikia

, mai-

son;

nomos

, règle. Il s’agit donc de

la bonne réglementation d’une mai-

son, de l’ordre dans l’emploi des

biens de la maison.

Economie domestique: bonne

conduite des affaires dans le foyer do-

mestique. Economie politique: bonne

conduite des affaires de la grande

maison commune, de la nation.

Mais pourquoi «bonne conduite»? Quand est-ce

que la conduite des affaires de la petite ou de la grande

maison, de la famille ou de la nation, peut être appelée

bonne? Lorsqu’elle atteint sa fin.

Une chose est bonne lorsqu’elle donne les résul-

tats pour lesquels elle fut instituée.

L’homme se livre à diverses activités et poursuit di-

verses fins, dans divers ordres, dans divers domaines.

Il y a, par exemple, les activités morales de l’hom-

me, qui concernent ses rapports avec sa fin dernière.

Les activités culturelles concernent son développe-

ment intellectuel, l’ornementation de son esprit, la

formation de son caractère. Dans ses rapports avec

le bien général de la société, l’homme se livre à des

activités sociales.

Les activités économiques ont rapport avec la riches-

se temporelle. Dans ses activités économiques, l’hom-

me poursuit la satisfaction de ses besoins temporels.

Le but, la fin des activités économiques, c’est

donc l’adaptation des biens terrestres à la satisfac-

tion des besoins temporels de l’homme. Et l’écono-

mique atteint sa fin lorsqu’elle place les biens terres-

tres au service des besoins humains.

Les besoins temporels de l’homme sont ceux qui

l’accompagnent du berceau à la tombe. Il y en a d’es-

sentiels, il y en a de moins nécessaires.

La faim, la soif, les intempéries, la lassitude, la

maladie, l’ignorance, créent pour l’homme le besoin

de manger, de boire, de se vêtir, de se loger, de se

chauffer, de se rafraîchir, de se reposer, de se soigner,

de s’instruire. Autant de besoins.

La nourriture, les breuvages, les vêtements, les

abris, le bois, le charbon, l’eau, un lit, des remèdes,

l’enseignement d’un professeur, des livres — autant

de biens pour venir au secours de ces besoins.

Joindre les biens aux besoins – voilà le but, la fin

de la vie économique.

Si elle fait cela, la vie économi-

que atteint sa fin. Si elle ne le fait pas

ou le fait mal et incomplètement, la

vie économique manque sa fin ou ne

l’atteint que très imparfaitement.

Joindre les biens aux besoins.

Les joindre. Pas seulement les placer

en face les uns des autres.

En termes crus, on pourrait donc

dire que l’économique est bonne,

qu’elle atteint sa fin, lorsqu’elle est

assez bien ordonnée pour que la

nourriture entre dans l’estomac qui

a faim; pour que les vêtements cou-

vrent les épaules qui ont froid; pour

que les chaussures viennent sur les

pieds qui sont nus; pour qu’un bon

feu réchauffe la maison en hiver; pour

que les malades reçoivent la visite du

médecin; pour que maîtres et élèves se rencontrent.

Morale et économique

Bien que l’économique ne soit responsable que

de la satisfaction des besoins temporels des hommes,

l’importance du bon ordre économique a été maintes

fois soulignée par ceux qui ont charge d’âmes. C’est

qu’il faut normalement un minimum de biens tempo-

rels pour faciliter la pratique de la vertu, comme le

rappelle saint Thomas d’Aquin. Nous avons un corps

et une âme, des besoins matériels et des besoins spi-

rituels. Comme le dit le proverbe, «ventre affamé n’a

point d’oreille»; même les missionnaires dans les pays

pauvres doivent tenir compte de ce fait, et ils doivent

nourrir les affamés avant de leur prêcher la bonne

parole. L’homme a besoin d’un minimum de biens

matériels pour accomplir son court pèlerinage sur la

terre et sauver son âme, mais le manque d’argent peut

causer des situations inhumaines et catastrophiques.

C’est ce qui a amené le Pape Benoît XV à écrire

que

«c’est sur le terrain économique que le salut des

âmes est en danger».

Et Pie XI:

«Il est exact de dire que telles sont,

actuellement, les conditions de la vie économique et

Le but de l’économie: faire les biens

joindre ceux qui en ont besoin

ISBN

Lespropositions financières

de l’ingénieurC.H.Douglas

présentées à la lumièrede la

doctrine socialede l’Église

par lesPèlerinsde saintMichel

du journalVersDemain

Uneoeuvredepresse catholique

pour la justice sociale

www.versdem

in.org

Dans sapremièreEncyclique

DeusCaritasEst

(Dieu est

amour), lePapeBenoîtXVI a

écrit:«L’Église est la famillede

Dieudans lemonde.Dans cette

famille,personnenedoit souffrir

parmanquedunécessaire... Le

butd’unordre social juste con-

siste àgarantir à chacun,dans le

respectduprincipede subsidiari-

té, sapartdubien commun.»

vue à la lumière

de la doctrine sociale de l’Église

PieXI

PieXII

JeanXXIII

PaulVI

Jean-Paul II

Étude préparée par Alain Pilote

Publiépar lesPèlerinsde saintMichel,Rougemont,Canada

La démocratie

économique

La démocratie économique

ISBN 978-2-9813306-3-5

Le système bancaire fut conçu dans

l’iniquité et né dans le péché. Les

banquiers possèdent la planète...

Si vous voulez ontinuer d’être les

esclaves des banquiers et payer le

prix de votre esclavage, alors lais-

sez les banquiers continuer de créer

l’argent et de contrôler le crédit.

Sir JosiahStamp,gouverneur

de laBanqued’Angleterre, 1940

http://www.versdemain.org/democratie-economique.pdf

Untitled-2 1

8/6/2015 2:42:46PM

Le système financier actuel n’est

pas le reflet exact de la réalité.

u

36

VERS DEMAIN octobre-novembre-décembre 2015

VERS DEMAIN octobre-novembre-décembre 2015

www.versdemain.org www.versdemain.org

37