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En 1934, alors qu’il était à l’emploi de J.J. Harpell

à l’imprimerie de Sainte-Anne de Bellevue à l’ouest

de Montréal, Louis Even et son patron firent appel

de partout au Canada et aux États-Unis pour obtenir

des livres expliquant la cause de la crise économique.

Un de ces livres, Du régime de dettes à la prospérité,

reprenait les propositions financières de l’ingénieur

écossais Clifford Hugh Douglas. Après avoir lu ce

livre, M. Even déclara: «C’est une lumière sur mon

chemin, il faut que tous connaisse cette solution.» Il

alla même jusqu’à quitter son emploi pour se dévouer

à plein temps pour faire connaître cette solution, et

fonder en 1939 le journal Vers Demain.

Les propositions financières de

Douglas furent tout d’abord connues

sous le nom de démocratie économi-

que (d’après le titre de son premier li-

vre, Economic Democracy), et connues

par la suite sous le nom de crédit social.

Pour éviter toute confusion, nous pré-

férons utiliser l’expression «démocra-

tie économique», puisque l’expression

«crédit social» peut faire penser à une

quelconque agence de crédit cherchant

à prêter de l’argent, ou bien à d’anciens

partis politiques. Vers Demain ne cherche pas du tout

à promouvoir d’anciens ou de nouveaux partis, puis-

que cette réforme monétaire sera obtenue par l’édu-

cation du peuple, et peut être appliquée par n’importe

quel parti au pouvoir.

par

Louis Even

Parler d’économique, c’est parler de quelque acti-

vité ayant pour but de satisfaire un besoin temporel.

Cultiver la terre pour avoir du blé, des légumes, des

fruits, est un acte économique. Tanner des peaux, tra-

vailler le cuir, pour en faire des chaussures contre le

froid et contre les blessures de la route, sont des actes

économiques. Fabriquer des outils, des machines, les

perfectionner, pour produire plus ou mieux en moins

de temps, sont des actes économiques.

Organisme

Parler d’organisme économique, c’est parler de

l’ensemble des activités économiques d’une popula-

tion concourant à la satisfaction des besoins temporels

des hommes qui la composent. Actes multiples et répé-

tés, comme les besoins auxquels ils doivent répondre.

Si chaque homme devait isolément pourvoir à la

variété de ses besoins, il y parviendrait mal, à moins

de circonstances exceptionnellement favorables,

d’abondance naturelle et de climat toujours clément.

Encore faudrait-il que cet homme eût d’abord béné-

ficié de l’aide d’autrui, à commencer par celle de ses

parents, avant d’être habilité à vivre par ses propres

moyens.

«Le microcosme qu’on appelle l’homme», a écrit le

Père Thomas Landry, Dominicain, est en même temps

un univers d’indigence et de pauvreté. Il ne peut être

comblé que par l’assistance et l’appui spirituels et ma-

tériels d’autres personnes humaines».

Même au point de vue de la satis-

faction des seuls besoins physiques par

des activités purement économiques,

le même Père Landry écrivait:

«Les besoins physiques de l’hom-

me rendent l’aide de ses semblables

absolument nécessaire. Il ne peut être

conçu, il ne peut naître, il ne peut vivre

que par l’action et le concours d’autres

personnes».

(

D’un article du Père Lan-

dry, publié par tranches dans la premiè-

re année de Vers Demain, de novembre

1939 à avril 1940

).

D’ailleurs, c’est naturellement que les hommes

vivent en société. La première société, que l’être hu-

main trouve en naissant, c’est la famille, une création

de Dieu. D’autres sociétés se sont formées, entre indi-

vidus ou entre familles, pour mieux obtenir certains

résultats: pour la défense, la sécurité physique; pour

mieux vaincre des obstacles, pour une production

globale plus abondante et plus facile. Sociétés d’ordre

politique (nations). Société d’ordre économique, pour

les avantages des associés. Sociétés culturelles. So-

ciétés sportives. Etc.

De là ont procédé des conventions, des réglemen-

tations, des législations. Les unes, bonnes. D’autres, dis-

cutables. D’autres, mauvaises, même si elles ont pu être

bonnes au début mais viciées par la suite, appropriées

au début mais devenues désuètes, inopérantes ou

même dommageables dans des conditions changées.

Ainsi, l’institution d’un système d’argent dans la

vie économique fut une adoption merveilleuse, per-

mettant à tout producteur d’offrir ses produits sur le

marché communautaire, et permettant au consomma-

teur muni d’argent de choisir les produits correspon-

dant à ses besoins. Ainsi utilisé, le système d’argent

oriente les activités de production vers la satisfaction

des besoins que l’ensemble de la population exprime

par ses achats.

Mais le règlement qui exige d’être employé dans

la production pour obtenir du pouvoir d’achat, s’il

pouvait être bon avant l’ère de la mécanisation et de

la motorisation, est devenu tout à fait inadéquat à me-

sure que la productivité augmente avec relativement

moins de labeur humain. Au Canada, sur une popu-

lation de 20 millions (

en 1961, lorsque cet article fut

écrit

), moins de 8 millions tirent des revenus de la pro-

duction. Et pourtant les 12 autres

millions doivent aussi obtenir

des produits pour vivre.

La déficience de ce mode

de financement des consomma-

teurs est certainement connue

des gouvernements, puisque, au

nom d’une sécurité sociale que

l’obligation de l’emploi ne procu-

re pas à tous, ils taxent ceux qui

ont pu ainsi obtenir du pouvoir

d’achat pour en distribuer à ceux

qui en manquent. Cette interven-

tion vise à atténuer les effets d’un

système déficient, mais ne cher-

che pas à le corriger. Comme si

c’était un système échappant au

pouvoir des hommes et dont il

faut s’accommoder en réparant

ses dégâts autant que possible,

tout comme dans le cas d’intem-

péries ou de catastrophes de la

nature.

L’application des proposi-

tions financières du «Crédit So-

cial», énoncées par C. H. Douglas

il y a plus d’un demi siècle, cor-

rigerait cette déficience à sa source. Un mode appro-

prié de distribution de pouvoir d’achat, en conjonction

avec un ajustement scientifique et social des prix,

s’adapterait souplement à toutes les situations de la

productivité, même avec une automatisation réduisant

à l’extrême le pourcentage de la population employé

lucrativement dans la production. Mais l’application

de principes aussi sociaux attend encore le feu vert

des puissants de la finance que n’osent affronter les

gouvernements devenus leurs valets.

Société de personnes

Les associations valent dans la mesure où elle

servent le bien des membres qui les composent. Cela

est vrai de toute association, petite ou grosse. Cela est

vrai des associations formées librement par des indi-

vidus pour des fins spécifiées. Et cela est vrai aussi de

la grande société, de la nation, dont tous les citoyens

font nécessairement partie.

C’est le groupe qui existe pour les membres, et

non pas les membres pour le groupe. La personne

doit se trouver enrichie, et non pas noyée ou dimi-

nuée par son appartenance à un groupe. Cette norme,

trop souvent violée, a été rappelée par Jean XXIII dans

son encyclique

Mater et Magistra

, quand il y traite de

la «multiplication progressive des relations dans la vie

commune» – multiplication de relations de personnes,

qu’on a traduite faussement, peut-être à dessein, par

le terme ambigu, équivoque, tendancieux de «sociali-

sation».

Les associations, les sociétés de toutes sortes

tirent donc leur valeur du cas

qu’elles font de l’homme. C’est à

ce critère qu’il faut les juger.

Puisque c’est l’organisme

économique qui nous occupe

ici, ce sont les règlements, les

lois, le comportement de la so-

ciété nationale en rapport avec la

production et la distribution des

richesses matérielles qu’il faut

considérer. La société nationale,

la nation, la nôtre — ce qui s’ap-

plique d’ailleurs à toutes les na-

tions évoluées suivant le même

régime économique, soumises

au même contrôle de l’argent et

du crédit. Quel cas y fait-on de

l’homme?

Personnes humaines

Dans son étude de 1939,

déjà citée plus haut, le Père Tho-

mas Landry écrivait:

«La société se compose de

personnes —

«Non pas de choses, ni de

purs animaux.

«Mais d’êtres intelligents et libres, doués de la

vie propre aux esprits, de sujets dont la nature est

“intellectuelle” et qu’on appelle “personnes”...

«Personnes non pas divines ni angéliques, mais

personnes humaines. Personnes qui font subsister une

âme et un corps, un esprit et une chair; personnes in-

carnées et soumises au temps. Personnes déficientes

parce que créées; personnes indigentes dans leur âme

et dans leur corps et qui cherchent, par leur activité, à

satisfaire leurs besoins matériels et spirituels...»

Pour les besoins spirituels de l’homme, il y a

l’Eglise, il y a tout l’ordre de la grâce, il y a l’économie

du salut, qui traite magnifiquement l’homme comme

personne libre et responsable, comme un être person-

nellement appelé à une destinée éternelle, mais être

social, membre de la société Eglise et bénéficiant lar-

La démocratie économique

Un organisme économique vraiment humain

Le socialisme, régime d’écurie

Louis Even

L’être humain a des besoins à la fois

matériels et spirituels – du pain et de

l’amour.

u

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VERS DEMAIN octobre-novembre-décembre 2015

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