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Le 29 octobre dernier, lors d'une conférence de

presse sur la Colline parlementaire à Ottawa, la Confé-

rence des évêques catholiques du Canada et l'Alliance

évangélique du Canada (AÉC) ont publié une déclara-

tion commune sur l'euthanasie et le suicide assisté.

Celle-ci a été appuyée par

plus de 30 dénominations chré-

tiennes, de même que par plus

de 20 dirigeants juifs et musul-

mans à travers le Canada. À la

lumière de la décision de la Cour

suprême du Canada en février

2015 dans le cas R. v. Carter dé-

criminalisant le suicide assisté,

la Déclaration sur l'euthanasie et

le suicide assisté préconise les

soins palliatifs, le respect de la

dignité de la personne humaine,

la solidarité humaine et le sou-

tien psychologique, spirituel et

émotionnel comme l'unique ré-

ponse éthique et morale pour les

soins en fin de vie.

Lors de la conférence de presse, Mgr Terrence

Prendergast, archevêque d’Ottawa et représentant de

la Conférence des évêques catholiques du Canada,

a déclaré craindre qu’aucune loi ne soit adoptée en

réaction au jugement du plus haut tribunal au pays,

comme ce fut le cas pour le droit à l’avortement (voir

l’encadré en page suivante):

«Notre plus grande crainte, c’est que nous aurons

droit à la même situation que dans le cas de l’avorte-

ment, où il n’y a aucune réglementation, aucun contrô-

le, aucune balise», a affirmé Mgr Prendergast. «On

verrait des adolescents décider qu’ils ne veulent plus

vivre et qui demanderaient à un médecin de mettre fin

à leur vie», a-t-il enchaîné lorsqu’on lui a demandé ce

qui pourrait se produire en l’absence d’une loi.

Le gouvernement canadien dispose de trois op-

tions: invoquer la clause dérogatoire pour s’y sous-

traire, ne rien faire – ce qui rendrait légale l’aide à

mourir fournie par un médecin dans les limites des

paramètres établis par la cour – ou encore légiférer.

Voici le texte complet de cette déclaration des

groupes religieux:

Le suicide assisté et l’euthanasie soulèvent de

profondes questions sociales, morales, légales, théo-

logiques et philosophiques. Ce sont des enjeux qui

touchent le cœur même de notre conception de ce

que nous sommes, du sens de la vie et du devoir de

sollicitude que nous avons les uns envers les autres.

Le récent jugement de la Cour suprême du Canada a

ramené la question au premier plan du débat public

et nous oblige toutes et tous, comme citoyennes et

citoyens, à réfléchir à la réponse que nous donnons,

personnellement et comme société, à ceux et celles

qui ont besoin de notre compas-

sion et de notre sollicitude.

Nous soussignés, chacun et

chacune sur la base des tradi-

tions et des enseignements que

nous tenons pour sacrés, affir-

mons le caractère sacré de toute

vie humaine et la dignité égale

et inviolable de tous les êtres

humains. Des sociétés et des

cultures du monde entier parta-

gent cette conviction depuis tou-

jours. La dignité humaine n’est

pas uniquement une croyance

religieuse, bien qu’elle possède

pour nous un profond sens reli-

gieux. De plus, nous soutenons

que le respect de la vie humaine

est le fondement et la raison de

notre compassion, de notre responsabilité et de notre

engagement à prendre soin de tous les êtres humains,

nos frères et sœurs qui souffrent.

Le caractère sacré de la vie humaine est un princi-

pe fondamental de la société canadienne. Ce principe

a une double portée, personnelle et communautaire.

Il sous-tend la reconnaissance de l’égale dignité de

chaque individu, quelles que soient ses capacités ou

ses limites, et il façonne et oriente notre vie ensemble,

notamment nos systèmes de droit, de santé et d’aide

sociale. Il inspire la promotion collective de la vie et la

protection des personnes vulnérables.

Alors que la société canadienne continue d’affirmer

l’importance de la dignité humaine, on observe une

tendance inquiétante à définir celle-ci de manière sub-

jective et émotionnelle. Pour nous, la dignité humaine

désigne avant tout la valeur de la vie de la personne

devant son Créateur et au sein d’un réseau de relations

familiales et sociétales. Nous sommes convaincus que

les seules façons d’aider les gens à vivre et à mourir

dans la dignité consistent: à veiller à ce qu’ils soient

entourés d’amour et de sollicitude; à leur fournir des

soins holistiques qui incluent aussi bien le contrôle de

la douleur qu’un soutien psychologique, spirituel et

affectif; et à améliorer et à augmenter les ressources

consacrées aux soins palliatifs et aux soins à domicile.

En nous appuyant sur nos traditions et nos

croyances respectives, nous insistons pour dire que

t

oute action visant à mettre fin à une vie humaine est

contraire à la morale et à l’éthique. Ensemble, nous

sommes déterminés à travailler à alléger la souffrance

humaine sous toutes ses formes, mais jamais en élimi-

nant intentionnellement ceux et celles qui souffrent.

Il faut distinguer l’euthanasie et le suicide assisté

du refus ou du retrait de traitements disproportionnés.

Dans ce dernier cas, l’intention n’est pas de causer la

mort, mais de la laisser survenir naturellement. Nous

comprenons que, dans certaines circonstances, il est

moralement et légalement acceptable de refuser ou

d’arrêter un traitement. Le refus d’un traitement médi-

cal, notamment de soins extraordinaires, est bien dif-

férent de l’euthanasie ou du suicide assisté. L’euthana-

sie consiste à tuer délibérément une personne, avec

ou sans son consentement, dans le but affiché de met-

tre un terme à ses souffrances. On parle de suicide

assisté quand une personne en aide, en conseille ou

en encourage une autre à se suicider. Il y a une dif-

férence fondamentale entre tuer une personne et la

laisser mourir de mort naturelle.

L’euthanasie et le suicide assisté traitent la vie de

personnes défavorisées, malades, handicapées ou

mourantes comme si elle valait moins que celle des

autres. Un tel message contredit le respect dû à l’égale

dignité de nos sœurs et frères vulnérables.

Les systèmes de soins de santé doivent continuer

de promouvoir une éthique de défense de la vie. Les

professionnels de la médecine sont formés pour aider

les malades à se rétablir et à rehausser leur qualité de

vie. Ils ne sont pas formés pour administrer la mort et

ce n’est pas ce qu’on attend d’eux. Tout changement

à cet égard brouillerait radicalement les rapports entre

médecins et patients. De même, tous les membres de

la société sont appelés à faire tout ce qui est en leur

pouvoir pour protéger la vie ou la sécurité de leurs

voisins. Les efforts soutenus visant à rendre facile-

ment disponibles et à améliorer les soins palliatifs et

les soins à domicile illustrent bien ce souci et cette

sollicitude, si essentiels à notre société.

Santé Canada définit les soins palliatifs comme

«une approche pour soigner les personnes atteintes

d’une maladie qui met leur vie en danger, peu importe

leur âge. Ces soins visent à assurer le confort et la di-

gnité des personnes au seuil de la mort, tout en maxi-

misant la qualité de vie des patients, de leur famille

et de leurs proches. Les soins palliatifs correspondent

aux divers aspects des soins prodigués en fin de vie:

la gestion du soulagement de la douleur et des autres

symptômes; l’apport d’un soutien social, psychologi-

que, culturel, émotif, spirituel et pratique; la prestation

d’une aide aux personnes soignantes; l’offre d’un sou-

tien en période de deuil.» Le suicide assisté et l’eutha-

nasie sont contraires aux principes et à la pratique des

soins palliatifs.

À la lumière du récent jugement de la Cour su-

prême du Canada, nous exhortons les législateurs et

les législatrices fédéraux, provinciaux et territoriaux

à adopter et à défendre des lois qui rehaussent la

solidarité humaine en promouvant le droit à la vie

et la sécurité de toutes les personnes; à rendre ac-

cessibles dans tout le pays des soins à domicile et

des soins palliatifs de qualité; à mettre en œuvre des

règlements et des politiques qui assurent le respect

de la liberté de conscience de tous les travailleurs et

les administrateurs de la santé qui ne voudront ni ne

pourront voir dans le suicide assisté ou dans l’eutha-

nasie une solution médicale à la douleur et à la souf-

france.

La force morale de l’humanité repose sur la solida-

rité, la communion et la communication – en particu-

lier avec ceux et celles qui souffrent. C’est l’attention

personnelle et les soins palliatifs, et non le suicide as-

sisté et l’euthanasie, qui respectent le mieux la valeur

de la personne humaine. C’est quand nous sommes

disposés à prendre soin les uns des autres dans les

circonstances les plus difficiles et même au prix de

lourds inconvénients que la dignité humaine et la bon-

té fondamentale de la société trouvent leur plus belle

expression et leur meilleure protection.

Source:

www.declarationeuthanasie.ca

Déclaration commune sur

l’euthanasie et le suicide assisté

L’avortement au Canada

L’avortement a été illégal au Canada

jusqu’en 1969, lorsque le Parlement du Canada,

sous le Premier ministre Pierre Elliott Trudeau

(père du premier ministre actuel), a adopté le

14 mai 1969 la loi «Omnibus» qui modifiait l’ar-

ticle 251 du Code criminel du Canada de façon

à autoriser l’avortement lorsque la santé de la

femme était considérée en danger par un co-

mité de l’avortement thérapeutique formé de

trois médecins (le mot «santé» n’était ni défini

ni limité).

En janvier 1988, la Cour suprême du Ca-

nada, à la suite d’une poursuite intentée par

Henry Morgentaler pour contester la loi, a aboli

l’article 251 du Code criminel pour des motifs

de procédure. Elle a conclu que la loi n’était

pas appliquée de façon égale dans l’ensemble

du pays, ce qui allait à l’encontre de la garantie

de sécurité de la personne prévue à l’article 7

de la Charte canadienne des droits et libertés.

Cependant, dans ce jugement, la Cour n’a pas

déclaré que l’avortement était un droit consti-

tutionnel. Donc, depuis 1988, le Canada n’a eu

aucune restriction à l’avortement, qui est légal

pendant les neuf mois de la grossesse jusqu’à

la naissance.

Actuellement, plus de 105 000 avortements

par année sont pratiqués au Canada, qui est

l’un des rares pays occidentaux qui n’a aucune

restriction légale à l’avortement.

Mgr Terrence Prendergast

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VERS DEMAIN octobre-novembre-décembre 2015

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