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en particulier de son exacte observance du repos du

dimanche: jamais, Louis n’ouvre son magasin le di-

manche. C’est la “fête du Bon Dieu” qu’on célèbre en

famille, d’abord par les Offices paroissiaux, puis par

de grandes promenades. On emmène les enfants aux

fêtes d’Alençon, jalonnées de cavalcades et de feux

d’artifices.

L’éducation des enfants est à la fois joyeuse, ten-

dre et exigeante. Dès l’éveil des intelligences, Mada-

me Martin leur apprend l’offrande matinale du coeur

au Bon Dieu, l’acceptation toute simple des difficul-

tés quotidiennes «pour faire plaisir à Jésus». Marque

indélébile qui sera la base de la «petite voie» ensei-

gnée par leur benjamine: la future sainte Thérèse de

l’Enfant-Jésus. «Le foyer est ainsi la première école de

vie chrétienne», comme l’enseigne le Catéchisme de

l’Église Catholique (n. 1657). Louis seconde son épou-

se dans sa tâche auprès des enfants: il se met en route

dès 4 heures du matin, à la recherche d’une nourrice

pour un de ses derniers-nés, malade; il accompagne

sa femme à dix kilomètres d’Alençon par une nuit gla-

cée au chevet de leur premier fils, Joseph; il fait le

garde-malade auprès de son aînée, Marie, atteinte de

la fièvre typhoïde, à l’âge de 13 ans.

Le dynamisme que donne l’amour

Très dynamique, Louis Martin n’est pas le «doux

rêveur» qu’on a parfois décrit. Pour aider Zélie, dé-

bordée par le succès de son entreprise de dentelles,

il abandonne l’horlogerie. La dentelle se travaille par

pièces de 15 à 20 centimètres. On y emploie des fils

de lin de très haute qualité et d’une finesse extrême.

La «trace» une fois exécutée, le «morceau» passe de

main en main suivant le nombre de points qu’il com-

porte – il en existe neuf, qui constituent autant de spé-

cialités. Il faut ensuite procéder à l’assemblage: labeur

délicat mené à l’aide d’aiguilles et de fils de plus en

plus ténus. Zélie réalise elle-même l’invisible raccord

des pièces que lui apportent des dentellières travaillant

à domicile. Cependant, il faut trouver des débouchés.

Louis excelle dans cette partie commer-

ciale et augmente considérablement les

bénéfices de l’entreprise. Mais il sait

aussi trouver le temps de se détendre et

d’aller à la pêche.

Avec cela, les époux Martin font partie de plu-

sieurs associations de piété: Tiers-Ordre de Saint-

François, adoration nocturne, etc. Ils puisent leur for-

ce dans l’observance amoureuse des prescriptions et

des conseils de l’Église: jeûnes, abstinences, Messe

quotidienne, confession fréquente. «Les forces divines

sont beaucoup plus puissantes que vos difficultés !

écrit le Pape Jean-Paul II aux familles. L’efficacité du

sacrement de la Réconciliation est immensément plus

grande que le mal agissant dans le monde... Incom-

parablement plus grande est surtout la puissance de

l’Eucharistie... Dans ce sacrement, c’est lui-même que

le Christ nous a laissé comme nourriture et comme

boisson, comme source de puissance salvifique... La

vie qui vient de lui est pour vous, chers époux, parents

et familles ! N’a-t-il pas institué l’Eucharistie dans un

contexte familial, au cours de la dernière Cène?... Les

paroles prononcées alors gardent toute la puissance

et toute la sagesse du sacrifice de la Croix» (Ibid., 18).

Des fruits durables

À la source eucharistique, Zélie puise une énergie

au-dessus de la moyenne des femmes, et son époux,

une tendresse au-dessus de la moyenne des hommes.

Louis gère les finances. Il acquiesce de bon gré aux

demandes de son épouse: «Pour la retraite de Marie à

la Visitation, écrit Zélie à Pauline, tu sais comme papa

aime peu à se séparer de vous et il avait d’abord for-

mellement dit qu’elle n’irait pas... Hier soir, Marie se

lamentait à ce propos; je lui ai dit: “Laisse-moi faire,

j’arrive toujours à ce que je veux et sans combat; il y

a encore un mois d’ici là; c’est assez pour décider ton

père dix fois.” Je ne me trompais pas, car à peine une

heure après, lorsqu’il est entré, il s’est mis à parler très

amicalement à ta soeur (Marie)... “Bon, me dis-je, voilà

le moment ! ” Et j’ai insinué l’affaire. “Tu désires donc

beaucoup faire cette retraite? ” dit son père à Marie:

“Oui, papa. – Eh bien, vas-y ! ” Je trouve que j’avais

une bonne raison de vouloir que Marie aille à la retrai-

te. Il est vrai que c’est une dépense, mais l’argent n’est

rien quand il s’agit de la sanctification d’une âme; et

l’année dernière, Marie m’est revenue toute transfor-

Le grand reliquaire de Louis et Zélie Martin

Zélie écrira à sa fille

Pauline: «Pour moi,

je désirais avoir

beaucoup d’enfants,

afin de les élever

pour le Ciel».

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mée. Les fruits durent encore; cependant il est temps

qu’elle renouvelle sa provision».

Les retraites spirituelles produisent des fruits de

conversion et de sanctification, car sous l’effet de leur

dynamisme, l’âme, docile aux illuminations et aux mou-

vements de l’Esprit-Saint, se purifie toujours plus des

péchés, pratique les vertus, imitant Jésus-Christ modè-

le absolu, pour arriver à une union plus intime avec lui.

C’est pourquoi, le Pape Paul VI a pu dire: «La fidélité aux

exercices annuels en milieu préservé assure le progrès

de l’âme». Parmi toutes les méthodes d’exercices spi-

rituels, «il en est une, qui a remporté l’approbation en-

tière et répétée du Siège Apostolique... la méthode de

saint Ignace de Loyola, de celui qu’il Nous plaît d’appe-

ler Maître spécialisé dans les exercices spirituels» (Pie

XI, Encyclique

Mens Nostra

).

La vie profondément chrétienne des parents Martin

s’ouvre naturellement à la cha-

rité envers le prochain: aumô-

nes discrètes aux familles

nécessiteuses, auxquelles les

filles sont associées selon leur

âge, assistance aux malades.

Ils n’ont pas peur de se bat-

tre en justice pour soutenir

des opprimés. De même, ils

font ensemble les démarches

nécessaires pour l’entrée d’un

indigent à l’hospice, alors que

celui-ci n’y a pas droit, n’étant

pas assez âgé. Ces services

dépassent les limites de la pa-

roisse et manifestent un grand

esprit missionnaire: larges

offrandes annuelles à la Propa-

gation de la Foi, participation

à l’édification d’une église au

Canada, etc.

Mais le bonheur familial

intense des Martin ne devait

pas durer très longtemps. Dès

1865, Zélie remarque la pré-

sence d’une tumeur à son sein,

apparue après une chute sur

l’angle d’un meuble. Son frère,

pharmacien, et son mari n’y

accordent pas une grande importance. Fin 1876, le mal

se réveille et le diagnostic est formel: «tumeur fibreuse

inopérable» parce que trop avancée. Vaillamment, Zélie

fait face jusqu’au bout. Consciente du vide que laissera

sa disparition, elle demande à sa belle-soeur, Madame

Guérin, d’aider son mari pour l’éducation des plus jeu-

nes après sa mort.

Madame Martin meurt le 28 août 1877. Pour Louis,

âgé de 54 ans, c’est un effondrement, une plaie profon-

de qui ne se refermera qu’au Ciel. Mais il accepte tout,

avec un esprit de foi exemplaire et la conviction que sa

«sainte épouse» est au Ciel. Il complétera la tâche com-

mencée dans l’harmonie d’un amour sans faille: l’édu-

cation des cinq filles. Pour cela, écrit Thérèse, «le coeur

si tendre de papa avait joint à l’amour qu’il possédait

déjà un amour vraiment maternel». Madame Guérin

s’offre à aider la famille Martin et invite son beau-frère

à transplanter son foyer à Lisieux. La pharmacie de son

mari sera pour les petites orphelines une seconde mai-

son, et l’intimité qui unit les deux familles ne fera que

grandir, dans les mêmes traditions de simplicité, de

labeur et de droiture. Malgré les souvenirs et les ami-

tiés fidèles qui pourraient le retenir à Alençon, Louis se

résout au sacrifice et déménage à Lisieux.

Un grand honneur

La vie aux «Buissonnets», la nouvelle maison de

Lisieux, est plus austère et retirée qu’à Alençon. La fa-

mille entretient peu de relations, et cultive le souvenir

de celle que Monsieur Martin désigne toujours à ses

enfants comme «votre sainte

maman». Les plus jeunes filles

sont confiées aux Bénédicti-

nes de Notre-Dame du Pré.

Mais Louis sait leur ménager

des distractions: séances théâ-

trales, voyages à Trouville, sé-

jour à Paris, etc., recherchant à

travers toutes les réalités de la

vie, la gloire de Dieu et la sanc-

tification des âmes.

Sa sainteté personnelle se

révèle surtout dans l’offrande

de toutes ses filles, puis de lui-

même. Zélie prévoyait déjà la

vocation de ses deux aînées:

Pauline entre au Carmel de

Lisieux en octobre 1882, et

Marie en octobre 1886. En

même temps Léonie, enfant

de caractère difficile, inaugure

une série d’essais infructueux

d’abord chez les Clarisses,

puis à la Visitation, où après

deux échecs elle finira par

entrer définitivement, en 1899.

Thérèse, la benjamine, la «pe-

tite Reine», va surmonter tous

les obstacles pour entrer au

Carmel à 15 ans, en avril 1888. Deux mois plus tard, le

15 juin, Céline dévoile à son père qu’elle aussi se sent

appelée à la vie religieuse. Devant ce nouveau sacri-

fice, la réaction de Louis Martin est splendide: «Viens,

allons ensemble devant le Saint-Sacrement remercier

le Seigneur qui me fait l’honneur de prendre tous mes

enfants».

À l’exemple de M. Martin, les parents doivent ac-

cueillir les vocations comme un don de Dieu: «Vous,

parents, rendez grâces au Seigneur s’il a appelé l’un

de vos enfants à la vie consacrée, écrit le Pape Jean-

Paul II. Comme cela a toujours été, il faut se sentir très

Thérèse demande à som père la permission

d’entrer au Carmel à 15 ans.

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VERS DEMAIN mars-avril 2015

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