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tout entière» (Vatican II,

Gaudium et spes

, 48). C’est

pourquoi l’Église défend fortement l’identité du maria-

ge et de la famille. Dans ce but, elle propose l’exem-

ple des «époux charitables que furent Louis et Zélie

Martin, parents de sainte Thérèse de Lisieux», dont le

Pape Jean-Paul II a reconnu l’héroïcité des vertus, le

26 mars 1994.

«C’est parce que je crois !»

Louis Martin est né à Bordeaux, le 22 août 1823,

second d’une famille de cinq enfants. Son père, officier

de carrière, est alors en Espagne. La petite enfance des

enfants Martin est ballottée au gré des garnisons de

leur père: Bordeaux, Avignon, Strasbourg. Au moment

de sa mise à la retraite, en

décembre 1830, le Capi-

taine Martin s’établit à

Alençon, en Normandie.

C’est un officier d’une pié-

té exemplaire. L’aumônier

du régiment lui ayant jadis

représenté qu’on s’éton-

nait parmi la troupe de le

voir, au cours de la Messe,

demeurer si longtemps à

genoux après la consécra-

tion, il avait répondu sans

sourciller: «Dites-leur que

c’est parce que je crois ! »

Louis reçoit en famille,

puis chez les Frères des

Écoles Chrétiennes, une

éducation religieuse très

forte. Il ne choisit pas le

métier des armes selon

la tradition de sa famille,

mais celui d’horloger, qui

convient mieux à sa natu-

re méditative et silencieu-

se, et à sa grande habileté

manuelle. Il effectue son

apprentissage d’abord à

Rennes, puis à Strasbourg.

Au seuil de l’automne 1845, Louis prend la déci-

sion de se donner tout entier à Dieu. Il se rend à l’Hos-

pice du Grand-Saint-Bernard, au coeur des Alpes, où

des chanoines se vouent à la prière et au sauvetage

des voyageurs perdus en montagne. Il se présente

au Prieur qui l’invite à retourner chez lui pour com-

pléter ses études de latin avant une éventuelle entrée

au Noviciat. Après une tentative infructueuse pour se

mettre tardivement à l’étude, Louis, non sans regret,

renonce à son projet. Pour parfaire son apprentissage,

il se rend à Paris. Il revient ensuite s’installer à Alen-

çon, et y habite avec ses parents, menant une vie très

réglée, qui fait dire à ses amis: «Louis, c’est un saint».

Pris entre ses occupations diverses, Louis ne cher-

che pas à se marier. Sa mère s’en désole, mais, à l’éco-

le dentellière, où elle suit des cours, elle remarque une

jeune fille, habile et de bonnes manières. Ne serait-ce

pas la «perle» qu’elle désire pour son fils? Cette jeu-

ne fille est Zélie Guérin, née à Gandelain, dans l’Orne

(Normandie), le 23 décembre 1831, deuxième de trois

enfants. Son père et sa mère sont de familles profon-

dément chrétiennes. En septembre 1844, ils s’instal-

lent à Alençon, où les deux filles aînées reçoivent une

formation soignée au pensionnat des Religieuses du

Sacré-Coeur de Picpus.

Zélie pense à la vie religieuse, tout comme son

aînée qui deviendra Soeur Marie-Dosithée à la Visita-

tion du Mans. Mais la Supérieure des Filles de la Cha-

rité, à qui Zélie demande son admission, lui répond

sans hésiter que telle n’est

pas la volonté divine.

Devant une affirmation si

catégorique, la jeune fille

s’incline, non sans tristes-

se. Dans un bel optimisme

surnaturel, elle s’écrie:

«Mon Dieu, j’entrerai dans

l’état de mariage pour

accomplir votre volonté

sainte. Alors, je vous en

prie, donnez-moi beau-

coup d’enfants, et qu’ils

vous soient consacrés».

Zélie entre alors dans une

école dentellière pour

se perfectionner dans

la confection de Point

d’Alençon, technique de

dentelle particulièrement

réputée. Le 8 décembre

1851, fête de l’Immacu-

lée Conception, elle reçoit

une inspiration: «Fais faire

du Point d’Alençon». Dès

lors, elle s’installe à son

compte.

Un jour, croisant un

jeune homme dont la no-

ble physionomie, l’allure

réservée et la tenue pleine de dignité l’impressionnent

fortement, Zélie perçoit une parole intérieure: «C’est

celui-là que j’ai préparé pour toi». L’identité du passant,

Louis Martin, lui est bientôt révélée. Les deux jeunes

gens ne tardent pas à s’apprécier et à s’aimer. Leur

accord s’établit si promptement qu’ils se marient le 13

juillet 1858, trois mois après leur première rencontre.

Louis et son épouse se proposent de vivre comme

frère et soeur, suivant l’exemple de saint Joseph et de

la Vierge Marie. Dix mois de vie commune dans une

totale continence leur permettent de fondre ensemble

leurs âmes dans une intense communion spirituelle.

Mais une prudente intervention de leur confesseur et

le désir de donner des enfants au Seigneur, les déci-

dent à interrompre cette sainte expérience. Zélie écrira

à sa fille Pauline: «Pour moi, je désirais avoir beaucoup

La vie à la maison à Alençon avec les cinq filles:

on y respecte le dimanche, la «fête de Dieu».

u

Les cinq filles de Louis et Zélie Martin, toutes devenues religieu-

ses: de gauche à droite, rangée du haut: Céline, Pauline, Léonie (dans

le médaillon); rangée du bas: Mère Marie de Gonzague (supérieure),

Marie et Thérèse. Photo prise au Carmel de Lisieux en novembre 1894.

u

d’enfants, afin de les élever pour le Ciel». En moins

de treize ans, ils auront neuf enfants. Leur amour sera

beau et fécond.

Aux antipodes

«Un amour qui n’est pas “beau”, c’est-à-dire un

amour réduit à la seule satisfaction de la concupiscen-

ce, ou à un “usage” mutuel de l’homme et de la fem-

me, rend les personnes esclaves de leurs faiblesses»

(Jean-Paul II, Lettre aux familles, 13). Dans cette pers-

pective, les personnes sont utilisées comme des cho-

ses: la femme peut devenir pour l’homme un objet de

plaisir, et réciproquement; les enfants, une gêne pour

les parents; la famille, une institution encombrante

pour la liberté de ses membres. On se trouve alors aux

antipodes du véritable amour. «En ne cherchant que

le plaisir, on peut en venir à tuer l’amour, à en tuer le

fruit, dit le Pape. Pour la culture du plaisir, le fruit béni

de ton sein (Lc 1, 42) devient en un sens un “fruit mau-

dit”», c’est-à-dire indésirable, que l’on veut supprimer

par l’avortement. Cette culture de mort s’oppose à la

loi divine: «La Loi de Dieu à l’égard de la vie humaine

est sans équivoque et catégorique. Dieu ordonne: Tu

ne tueras pas (Ex 20, 13). Aucun législateur humain ne

peut donc affirmer: Il t’est permis de tuer, tu as le droit

de tuer, tu devrais tuer» (Ibid., 21).

«Toutefois, ajoute le Pape, on voit se développer,

surtout parmi les jeunes, une nouvelle conscience du

respect de la vie depuis la conception... C’est un levain

d’espérance pour l’avenir de la famille et de l’huma-

nité» (Ibid.). En effet, dans le nouveau-né se réalise

le bien commun de la famille et de l’humanité. Les

parents Martin expérimentent cette vérité à travers

l’accueil de leurs nombreux enfants: «Nous ne vivions

plus que pour nos enfants, c’était tout notre bonheur

et nous ne l’avons trouvé qu’en eux», écrira Zélie. Leur

vie conjugale ne va cependant pas sans épreuves.

Trois enfants meurent en bas âge, dont les deux gar-

çons. Puis c’est le décès brusque de Marie-Hélène, à

5 ans et demi. Prières, pèlerinages se succèdent au

milieu des angoisses, spécialement en 1873, durant la

grave maladie de Thérèse et la typhoïde de Marie. La

confiance de Zélie dans les plus grandes inquiétudes

est fortifiée par le spectacle de la foi de son époux,

Les enfants de Louis et Zélie Martin

De 1860 à 1873, Louis et Zélie

Martin ont neuf enfants (sept filles et

deux garçons) dont quatre meurent en

bas âge. Les cinq autres enfants, tou-

tes des filles, deviendront religieuses:

Marie

, née le 22 février 1860, en reli-

gion sœur Marie du Sacré-Cœur, car-

mélite à Lisieux le 15 octobre 1886.

Décède le 19 janvier 1940 à 80 ans.

Pauline

, née le 7 septembre 1861, en

religion mère Agnès de Jésus, carmé-

lite à Lisieux le 2 octobre 1882. Décè-

de le 28 juillet 1951 à l'âge de 90 ans.

Léonie

, née le 3 juin 1863, en religion

sœur Françoise-Thérèse; elle est la

seule des cinq sœurs qui ne soit pas

devenue carmélite. Elle entre trois fois

en religion avant de finalement rejoin-

dre le monastère des Visitandines de

Caen le 28 janvier 1899. Décédée le 16

juin 1941, à l'âge de 78 ans.

Céline

, née le 28 avril 1869, en religion

sœur Geneviève de la Sainte-Face,

carmélite à Lisieux le 14 septembre

1894. Décède le 25 février 1959 à l'âge

de 89 ans.

Thérèse

, née le 2 janvier 1873, en reli-

gion sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus

et de la Sainte-Face, carmélite à Li-

sieux le 9 avril 1888, décède le 30 sep-

tembre 1897 à l'âge de 24 ans. Cano-

nisée le 17 mai en 1925, et proclamée

docteur de l'Église le 19 octobre 1997.

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