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nous sommes poussière (cf. Gn 2, 7). Notre propre

corps est constitué d’éléments de la planète, son air

nous donne le souffle et son eau nous vivifie.

Saint François d’Assise

12. D’autre part, saint François, fidèle à l’Écriture,

nous propose de reconnaître la nature comme un

splendide livre dans lequel Dieu nous parle et nous

révèle quelque chose de sa beauté et de sa bonté: «La

grandeur et la beauté des créatures font contempler,

par analogie, leur Auteur» (Sg 13, 5), et «ce que Dieu a

d’invisible depuis la création du monde, se laisse voir à

l’intelligence à travers ses œuvres, son éternelle puis-

sance et sa divinité». C’est pourquoi il demandait qu’au

couvent on laisse toujours une partie du jardin sans la

cultiver, pour qu’y croissent les herbes sauvages, de

sorte que ceux qui les admirent puissent élever leur

pensée vers Dieu, auteur de tant de beauté. Le mon-

de est plus qu’un problème

à résoudre, il est un mystère

joyeux que nous contemplons

dans la joie et dans la louange.

13. Le défi urgent de sau-

vegarder notre maison com-

mune inclut la préoccupation

d’unir toute la famille humaine

dans la recherche d’un déve-

loppement durable et intégral,

car nous savons que les cho-

ses peuvent changer. Le Créa-

teur ne nous abandonne pas,

jamais il ne fait marche arrière

dans son projet d’amour, il ne

se repent pas de nous avoir

créés... Les jeunes nous récla-

ment un changement. Ils se de-

mandent comment il est possi-

ble de prétendre construire un

avenir meilleur sans penser à

la crise de l’environnement et

aux souffrances des exclus.

Maintenant le Pape explique le schéma de son

encyclique, divisée en six chapitres:

15. J’espère que cette Lettre encyclique, qui s’ajou-

te au Magistère social de l’Église, nous aidera à recon-

naître la grandeur, l’urgence et la beauté du défi qui

se présente à nous. En premier lieu, je présenterai un

bref aperçu des différents aspects de la crise écologi-

que actuelle, en vue de prendre en considération les

meilleurs résultats de la recherche scientifique dispo-

nible aujourd’hui, d’en faire voir la profondeur et de

donner une base concrète au parcours éthique et spi-

rituel qui suit. À partir de cet aperçu, je reprendrai cer-

taines raisons qui se dégagent de la tradition judéo-

chrétienne, afin de donner plus de cohérence à notre

engagement en faveur de l’environnement. Ensuite,

j’essaierai d’arriver aux racines de la situation actuel-

le, pour que nous ne considérions pas seulement les

symptômes, mais aussi les causes les plus profondes.

Nous pourrons ainsi proposer une écologie qui, dans

ses différentes dimensions, incorpore la place spécifi-

que de l’être humain dans ce monde et ses relations

avec la réalité qui l’entoure. À la lumière de cette ré-

flexion, je voudrais avancer quelques grandes lignes

de dialogue et d’action qui concernent aussi bien cha-

cun de nous que la politique internationale. Enfin, puis-

que je suis convaincu que tout changement a besoin

de motivations et d’un chemin éducatif, je proposerai

quelques lignes de maturation humaine inspirées par

le trésor de l’expérience spirituelle chrétienne.

Chapitre 1 – Ce qui se passe dans notre maison

20. Il existe des formes de pollution qui affectent

quotidiennement les personnes. L’exposition aux

polluants atmosphériques produit une large gamme

d’effets sur la santé, en particulier des plus pauvres,

en provoquant des millions

de morts prématurées... À

cela, s’ajoute la pollution qui

affecte tout le monde, due aux

moyens de transport, aux fu-

mées de l’industrie, aux dépôts

de substances qui contribuent

à l’acidification du sol et de

l’eau, aux fertilisants, insecti-

cides, fongicides, désherbants

et agro-chimiques toxiques en

général. La technologie, liée

aux secteurs financiers, qui

prétend être l’unique solution

aux problèmes, de fait, est ordi-

nairement incapable de voir le

mystère des multiples relations

qui existent entre les choses, et

par conséquent, résout parfois

un problème en en créant un

autre.

21. Il faut considérer égale-

ment la pollution produite par

les déchets, y compris les ordures dangereuses pré-

sentes dans différents milieux. Des centaines de mil-

lions de tonnes de déchets sont produites chaque an-

née, dont beaucoup ne sont pas biodégradables: des

déchets domestiques et commerciaux, des déchets de

démolition, des déchets cliniques, électroniques et in-

dustriels, des déchets hautement toxiques et radioac-

tifs. La terre, notre maison commune, semble se trans-

former toujours davantage en un immense dépotoir...

Il nous coûte de reconnaître que le fonctionne-

ment des écosystèmes naturels est exemplaire: les

plantes synthétisent des substances qui alimentent

les herbivores; ceux-ci à leur tour alimentent les car-

nivores, qui fournissent d’importantes quantités de

déchets organiques, lesquels donnent lieu à une nou-

velle génération de végétaux. Par contre, le système

industriel n’a pas développé, en fin de cycle de pro-

duction et de consommation, la capacité d’absorber

et de réutiliser déchets et ordures. On n’est pas encore

arrivé à adopter un modèle circulaire de production

qui assure des ressources pour tous comme pour les

générations futures, et qui suppose de limiter au maxi-

mum l’utilisation des ressources non renouvelables,

d’en modérer la consommation, de maximiser l’effi-

cacité de leur exploitation, de les réutiliser et de les

recycler. Aborder cette question serait une façon de

contrecarrer la culture du déchet qui finit par affecter

la planète entière, mais nous remarquons que les pro-

grès dans ce sens sont encore très insuffisants.

50. Au lieu de résoudre les problèmes des pau-

vres et de penser à un monde différent, certains se

contentent seulement de proposer une réduction de

la natalité. Les pressions internationales sur les pays

en développement ne manquent pas, conditionnant

des aides économiques à certaines politiques de «san-

té reproductive». Mais «s’il est vrai que la répartition

inégale de la population et des ressources disponibles

crée des obstacles au développement et à l’utilisation

durable de l’environnement, il faut reconnaître que la

croissance démographique est pleinement compati-

ble avec un développement intégral et solidaire».

Accuser l’augmentation de la population et non

le consumérisme extrême et sélectif de certains est

une façon de ne pas affronter les problèmes. On pré-

tend légitimer ainsi le modèle de distribution actuel

où une minorité se croit le droit de consommer dans

une proportion qu’il serait impossible de généraliser,

parce que la planète ne pourrait même pas conte-

nir les déchets d’une telle consommation. En outre,

nous savons qu’on gaspille approximativement un

tiers des aliments qui sont produits, et «que lorsque

l’on jette de la nourriture, c’est comme si l’on volait

la nourriture à la table du pauvre»....

Chapitre 2 – L’Évangile de la création

66. Les récits de la création dans le livre de la

Genèse contiennent, dans leur langage symbolique

et narratif, de profonds enseignements sur l’existence

humaine et sur sa réalité historique. Ces récits suggè-

rent que l’existence humaine repose sur trois relations

fondamentales intimement liées: la relation avec Dieu,

avec le prochain, et avec la terre. Selon la Bible, les

trois relations vitales ont été rompues, non seulement

à l’extérieur, mais aussi à l’intérieur de nous. Cette rup-

ture est le péché.

L’harmonie entre le Créateur, l’hu-

manité et l’ensemble de la création a été détruite par

le fait d’avoir prétendu prendre la place de Dieu, en

refusant de nous reconnaître comme des créatures

limitées.

Ce fait a dénaturé aussi la mission de «soumet-

tre» la terre (cf. Gn 1, 28), de «la cultiver et la garder»

(Gn 2, 15). Comme résultat, la relation, harmonieuse à

l’origine entre l’être humain et la nature, est devenue

conflictuelle (cf. Gn 3, 17-19)...

67. Nous ne sommes pas Dieu. La terre nous pré-

cède et nous a été donnée... Alors que «cultiver» si-

gnifie labourer, défricher ou travailler, «garder» signifie

protéger, sauvegarder, préserver, soigner, surveiller.

Cela implique une relation de réciprocité responsable

entre l’être humain et la nature. Chaque communau-

té peut prélever de la bonté de la terre ce qui lui est

nécessaire pour survivre, mais elle a aussi le devoir

de la sauvegarder et de garantir la continuité de sa

fertilité pour les générations futures;

car, en défini-

tive, «au Seigneur la terre» (Ps24, 1), à lui appartien-

nent «la terre et tout ce qui s’y trouve» (Dt 10, 14). Pour

cette raison, Dieu dénie toute prétention de propriété

absolue: «La terre ne sera pas vendue avec perte de

tout droit, car la terre m’appartient, et vous n’êtes pour

moi que des étrangers et des hôtes» (Lv 25, 23).

La Terre est un don de

Dieu qui doit être géré

de façon responsable

«

L’harmonie entre le Créateur,

l’humanité et l’ensemble de la

création a été détruite par le fait

d’avoir prétendu prendre la place

de Dieu, en refusant de nous

reconnaître comme des créatures

limitées.» – Pape François

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VERS DEMAIN mai-juin-juillet 2015

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