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donc avoir recours à la «justice distributive», à la distri-

bution par un dividende. Benoît XVI écrivait dans son

encyclique

Caritas in veritate

:

«La doctrine sociale

de l’Église n’a jamais

cessé de mettre en évi-

dence l’importance de

la justice distributive et

de la justice sociale pour

l’économie de marché (n.

35) ... La vie économique

a sans aucun doute be-

soin du contrat (les salai-

res en échange du travail

fourni) pour réglementer

les relations d’échange

entre valeurs équivalen-

tes. Mais elle a tout autant besoin de lois justes et

de formes de redistribution guidées par la politique,

ainsi que d’œuvres qui soient marquées par l’esprit

du don.» (n. 37)

Dans

Caritas in veritate

, Benoît XVI insiste beau-

coup sur l’économie de don, l’économie de gratuité,

tant au niveau des personnes que des institutions. Tout

ne peut être calculé en salaires, beaucoup de bien peut

être fait par le bénévolat. Dans un système de Crédit

Social, les citoyens ayant la sécurité économique ga-

rantie par le dividende, l’entraide et le bénévolat croî-

traient tout naturellement. Dieu Lui-même nous comble

de gratuités avec les ressources naturelles et la nour-

riture qu’Il donne en abondance: le dividende serait le

reflet de cette générosité, de ces gratuités de Dieu.

Dans la mesure où la production peut se passer

d’emploi humain, le pouvoir d’achat exprimé par l’ar-

gent doit atteindre les consommateurs par un autre ca-

nal que la récompense à l’emploi. Le remplacement de

l’homme par la machine dans la production devrait être

un enrichissement, délivrant l’homme de soucis pure-

ment matériels et lui permettant de se livrer à d’autres

fonctions humaines que la seule fonction économique.

Si c’est au contraire une cause de soucis et de priva-

tions, c’est simplement parce qu’on refuse d’adapter le

système financier à ce progrès, qu’on veut limiter les

revenus au seul emploi rémunéré.

La technologie, alliée ou ennemie de l’homme?

La technologie est-elle un mal ? Doit-on se révol-

ter et détruire toutes les machines parce qu’elles nous

enlèvent nos emplois? Non, si le travail peut être ac-

compli par la machine, tant mieux: cela permettra à

l’homme de consacrer ses temps libres à d’autres acti-

vités, à des activités libres, des activités de son choix.

Mais cela, à condition qu’il reçoive un revenu pour

remplacer le salaire qu’il a perdu avec l’introduction

de la machine, du robot; autrement, la machine, qui

devrait être l’alliée de l’homme, devient son ennemi,

car elle le prive de revenu, et l’empêche de vivre.

En 1850, alors que les manufactures venaient à

peine d’apparaître, au tout début de la Révolution

industrielle, l’homme faisait 20% du travail, l’animal

50%, et la machine 30%. En 1900, l’homme accom-

plissait seulement 15% du travail, l’animal 30%, et la

machine 55%. En 1950, l’homme ne faisait que 6%

du travail, et les machines accomplissaient le reste –

94%. (Les animaux ont été libérés ! )

Et nous n’avons encore rien vu, puisque nous

entrons maintenant dans l’ère de l’ordinateur. Une

«troisième révolution industrielle» a commencé avec

l’apparition des transistors et de la puce de silicone,

ou microprocesseur (qui peut effectuer jusqu’à un

million d’opérations à la seconde). «Cette puce peut

être programmée de manière à retenir de nouvelles

informations et s’ajuster, et ainsi remplacer les tra-

vailleurs sur les lignes d’assemblage... De telles usi-

nes entièrement automatisées existent déjà, comme

l’usine de moteurs de la compagnie Fiat en Italie, qui

est contrôlée par une vingtaine de robots, et l’usine

d’automobiles de la compagnie Nissan à Zama, au

Japon, qui produit 1,300 automobiles par jour avec

l’aide de seulement 67 personnes — ce qui représen-

te plus de 13 autos par jour par travailleur.

En 1964, était présenté au Président des Etats-

Unis, un rapport intitulé «Le chaos social dans l’auto-

mation», signé par 32 sommités, dont M. Gunnar

Myrdal, économiste né en Suède, et le Dr. Linus

Pauling, détenteur d’un Prix Nobel. Ce rapport disait

en résumé que «les Etats-Unis, et éventuellement le

reste du monde, seraient bientôt impliqués dans une

«révolution» qui promet une production illimitée…

par des systèmes de machines qui nécessiteront peu

de coopération des êtres humains. Par conséquent,

on doit agir pour garantir un revenu à tous les hom-

mes, qu’ils soient ou non engagés dans ce qui est

communément appelé travail.»

Dans son livre intitulé

La fin du travail

publié en

1995, l’auteur américain Jeremy Rifkin cite une étude

suisse selon laquelle «d’ici 30 ans, moins de 2% de la

main-d’oeuvre suffira à produire la totalité des biens

dont le monde a besoin.» Rifkin affirme que trois tra-

vailleurs sur quatre — des commis jusqu’aux chirur-

giens — seront éventuellement remplacés par des

machines guidées par ordinateurs.

Si le règlement qui limite la distribution d’un re-

venu à ceux qui sont employés n’est pas changé, la

société se dirige tout droit vers le chaos. Il serait tout

simplement absurde et ridicule de taxer 2% des tra-

vailleurs pour faire vivre 98% de chômeurs! Il faut

absolument une source de revenu non liée à l’emploi.

I

mplications environnementales

Si on veut persister à tenir tout le monde, hom-

mes et femmes, employés dans la production, même

si la production pour satisfaire les besoins de base

est déjà toute faite, et cela, avec de moins en moins

de labeur humain, alors il faut créer de nouveaux em-

plois complètement inutiles, et dans le but de justifier

ces emplois, créer de nouveaux besoins artificiels,

par une avalanche de publicité, pour que les gens

achètent des produits dont ils n’ont pas réellement

besoin. C’est ce qu’on appelle «la société de consom-

mation».

De même, on fabriquera des produits dans le but

qu’ils durent le moins longtemps possible, dans le

but d’en vendre plus, et faire plus d’argent, ce qui

entraîne un gaspillage non nécessaire des ressour-

ces naturelles, et la destruction de l’environnement.

(C’est ce qu’on appelle l’obsolescence programmée.)

Aussi, on persistera à maintenir des travaux qui ne

nécessitent aucun effort de créativité, qui ne deman-

dent que des efforts mécaniques, qui pourrait faci-

lement être faits uniquement par des machines, des

travaux où l’employé n’a aucune chance de dévelop-

per sa personnalité. Mais pour cet employé, ce tra-

vail, si déshumanisant soit-il, est la condition d’obte-

nir l’argent, le permis de vivre.

Activités libres

Mais alors, si l’homme n’est pas employé dans un

travail salarié, que va-t-il faire de ses temps libres? Il

l’occupera à faire des activités libres, des activités de

son choix. C’est justement dans ses temps libres que

l’homme peut vraiment développer sa personnalité,

développer les talents que Dieu lui a donnés et les

utiliser à bon escient.

De plus, c’est durant leurs temps libres que

l’homme et la femme peuvent s’occuper de leurs

devoirs familiaux, religieux et sociaux: élever leur fa-

mille, pratiquer leur religion (connaître, aimer et ser-

vir Dieu), venir en aide à leur prochain. Élever des en-

fants est le travail le plus important au monde, mais

parce que la femme qui reste au foyer pour élever ses

enfants ne reçoit pas de salaire, on considère qu’elle

ne fait rien, qu’elle ne travaille pas !

Être libéré de la nécessité de travailler pour pro-

duire les biens essentiels à la vie ne signifie aucu-

nement paresse. Cela signifie tout simplement que

l’individu est alors en position de choisir l’activité

qui l’intéresse. Sous un système de Crédit Social, il

y aura une floraison d’activités créatrices. Par exem-

ple, les grandes inventions, les plus grands chefs-

d’oeuvre de l’art, ont été accompli dans des temps

libres. Comme le disait C. H. Douglas:

«La majorité des gens préfèrent être employés –

mais dans des choses qu’ils aiment plutôt que dans

des choses qu’ils n’aiment pas. Les propositions du

Crédit Social ne visent aucunement à produire une

nation de paresseux... Le Crédit Social permettrait

aux gens de s’adonner aux travaux pour lesquels ils

sont qualifiés. Un travail que vous faites bien est un

travail que vous aimez, et un travail que vous aimez

est un travail que vous faites bien.»

Le capitalisme doit être corrigé

En terminant, il est bon de faire quelques distinc-

tions sur le sens à donner au mot «capitalisme» car,

selon l’enseignement de l’Église catholique, le capi-

talisme n’est pas à condamner en soi-même, mais «il

a été vicié».

La doctrine sociale de l’Église se situe au-dessus

des systèmes économiques existants, puisqu’elle se

confine au niveau des principes. Un système écono-

mique sera bon ou non dans la mesure où il applique

ces principes de justice enseignés par l’Église. C’est

la raison pour laquelle le Pape Jean-Paul II écrivait

en 1987, dans son encyclique

Solicitudo rei socialis

,

que l’Église

«adopte une attitude critique vis-à-vis

du capitalisme libéral et du collectivisme marxiste...

deux conceptions du développement imparfaites et

ayant besoin d’être radicalement corrigées.»

Il est facile à comprendre pourquoi l’Église

condamne le communisme, ou collectivisme marxis-

te qui, comme le rappelait le Pape Pie XI (en 1937

dans l’encyclique

Divini redemptoris

), est «intrinsè-

quement pervers» et anti-chrétien, puisque son but

avoué est la destruction complète de la propriété

privée, de la famille, et de la religion. Mais pourquoi

l’Église condamnerait-elle le capitalisme? Le capita-

lisme ne vaudrait pas mieux que le communisme?

Même si le marxisme s’est écroulé, cela ne signi-

fie pas pour autant le triomphe du capitalisme, car

même après la chute du communisme, il existe enco-

re des millions de pauvres et de situations d’injustice

sur la planète. Jean-Paul II écrivait, dans son encycli-

que

Centesimus annus

(n. 42):

«La solution marxiste a échoué, mais des phé-

nomènes de marginalisation et d’exploitation

demeurent dans le monde, spécialement dans le

Tiers-Monde, de même que des phénomènes d’alié-

nation humaine, spécialement dans les pays les plus

avancés, contre lesquels la voix de l’Église s’élève

avec fermeté. Des foules importantes vivent encore

dans des conditions de profonde misère matérielle

Benoît XVI

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VERS DEMAIN mai-juin-juillet 2015

VERS DEMAIN mai-juin-juillet 2015

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