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2. Deuxièmement, la production ne distribue

pas de pouvoir d’achat à tout le monde. Elle n’en

distribue qu’à ceux qui sont employés par elle.

Même si les banques ne chargeaient aucun inté-

rêt sur l’argent qu’elles prêtent, il existerait toujours

un manque de pouvoir d’achat, car jamais l’argent

distribué en salaires ne peut acheter toute la produc-

tion, qui comprend d’autres éléments dans ses prix.

Certains économistes prétendent que la production

finance automatiquement la consommation, que les

salaires distribués suffisent pour acheter tous les biens

mis en vente, mais les faits prouvent le contraire. L’in-

génieur écossais Clifford Hugh Douglas fut le premier

à démontrer ce manque chronique de pouvoir d’achat,

et à y apporter une solution scientifique, connue sous le

nom de «Démocratie économique» ou «Crédit Social».

Douglas explique ainsi ce manque de pouvoir d’achat

par ce qu’il appelle le «théorème A + B»:

A ne peut acheter A + B

Le producteur doit inclure dans ses prix tous

ses coûts de production s’il désire rester en affaires.

Les salaires distribués à ses employés – que Dou-

glas appelle «paiements A» – ne sont qu’une partie

du coût de production du produit. Le producteur a

aussi d’autres coûts de production qui ne sont pas

distribués en salaires, mais qu’il doit inclure dans ses

prix: les paiements pour les matériaux, les taxes, les

frais bancaires, l’entretien et le remplacement des

machines, etc. Douglas appelle ces paiements faits à

d’autres organisations les «paiements B».

Le prix de vente du produit doit inclure tous les

coûts: les salaires (A) et les autres paiements (B). Le

prix de vente du produit sera donc A + B. Alors, il

est évident que les salaires (A) ne peuvent acheter la

somme de tous les coûts (A + B). Il y a donc un man-

que chronique de pouvoir d’achat dans le système.

Quand le produit fini est offert au public, il est

accompagné de son prix. Mais une partie de l’argent

figurant dans ce prix fut distribuée, peut-être, il y a

six mois, un an, ou plus. Une autre partie le sera seu-

lement après que le produit aura été vendu et que le

marchand se sera servi de son profit. Une autre par-

tie, dans dix ans peut-être, quand la machine, dont

l’usure est inscrite en frais dans les prix, sera rempla-

cée par une machine neuve. Etc.

Puis, il y a des personnes qui reçoivent de l’ar-

gent et ne s’en servent pas. (Ils l’épargent.) Cet argent

est dans les prix; il n’est pas dans le pouvoir d’achat

de ceux qui ont besoin des produits.

Le remboursement des prêts bancaires à terme

fixé et le système fiscal actuel accentuent encore la

discordance entre les prix et le pouvoir d’achat. D’où

l’accumulation des produits. D’où le chômage, et le

reste.

Certains peuvent répliquer que les entreprises

payées par les paiements «B» (celles ayant fourni

la matière première, la machinerie, etc.) paient des

salaires à leurs propres employés, et qu’une partie

des paiements «B» devient ainsi des paiements «A»

(salaires). Cela ne change rien à la vérité de ce qui

a été dit précédemment: c’est tout simplement un

salaire distribué à une autre étape de la production,

et ce salaire (A) ne se distribue pas sans entrer dans

un prix, qui ne peut être moindre que A + B; l’écart

existe toujours.

Même si on essaie d’augmenter les salaires pour

rattraper les prix, la hausse des salaires sera incluse

automatiquement dans les prix, et rien ne sera ré-

glé. (C’est comme l’âne qui court après le navet sur

la caricature sur la page précédente.) Pour pouvoir

acheter toute la production, il faut donc un revenu

supplémentaire en dehors des salaires, au moins

égal à B. C’est ce que ferait le dividende du crédit

social, accordé à chaque mois à chaque citoyen du

pays. (Remarquez bien, ce dividende serait financé

par de l’argent nouveau créé par la nation, et non

pas par les taxes des contribuables, car ce serait

alors de l’argent provenant des salaires.)

Sans cette autre source de revenu (le dividende),

il devrait y avoir théoriquement, dans le système

actuel, une montagne de produits invendus. Si les

produits se vendent tant bien que mal malgré tout,

c’est qu’on a à la place une montagne de dettes ! En

effet, puisque les gens n’ont pas assez d’argent, les

marchands doivent encourager les ventes à crédit

pour écouler leur marchandise. (Achetez mantenant,

payez plus tard... en 36 versements ! )

Le progrès remplace le besoin de labeur humain

Un autre défaut du système financier actuel est

que la production ne distribue pas de pouvoir d’achat

à tout le monde. Elle n’en distribue qu’à ceux qui sont

employés par elle. Et plus la production provient des

machines, moins elle provient du travail humain. Elle

augmente alors même que l’emploi nécessaire dimi-

nue. Il y a donc conflit entre le progrès qui supprime

le besoin de labeur, et le règlement qui ne distribue

de pouvoir d’achat qu’à l’emploi.

Pourtant, tout le monde a le droit de vivre. Et tout

le monde a droit aux nécessités de la vie. Les biens

de la terre ont été créés pour tous les hommes, pas

seulement pour les employables.

C’est pourquoi la Démocratie économique ferait

ce que le système actuel ne fait pas. Sans supprimer

la récompense au travail, il distribuerait à tous un re-

venu périodique, appelé dividende social – revenu lié

à la personne et non pas à l’emploi.

Les biens de la terre ont créés pour tous

C’est le moyen le plus direct, le plus concret pour

garantir à tout être humain l’exercice de son droit fon-

damental à une part des biens de la terre. Toute per-

sonne possède ce droit – non pas à titre d’embauché

dans la production, mais à seul titre d’être humain.

Cette notion de la destination universelle des

biens a été reprise plusieurs fois par le Magistère

de l’Église, y compris dans le document conciliaire

Gaudium et Spes

(pargraphe 69) et les encycliques

sociales de Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI. Dans

le

Compendium de la doctrine sociale de l’Église

, la

destination universelle des biens de la terre fait partie

du deuxième des quatre grands principes de l’ensei-

gnement social de l’Église, le bien commun (les trois

autres principes étant le primauté de la personne hu-

maine, la subsidiarité et la solidarité).

Pour ne citer qu’un pape, nous reprenons ici les

paroles de Pie XII son radio-message du 1er juin 1941

(à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’ency-

clique

Rerum novarum

de Léon XIII):

«

Les biens créés par Dieu l’ont été pour tous les

hommes et doivent être à la disposition de tous,

selon les principes de la justice et de la charité.

«Tout homme, en tant

qu’être doué de raison,

tient en fait de la nature le

droit fondamental d’user

des biens matériels de la

terre, quoiqu’il soit laissé

à la volonté humaine et

aux formes juridiques des

peuples de régler plus en

détail la réalisation pra-

tique de ce droit. Un tel

droit individuel ne saurait

en aucune manière être

supprimé, pas même par

l’exercice d’autres droits

certains et reconnus sur

des biens matériels.»

Pie XII dit qu’il appartient aux peuples eux-mê-

mes, par leurs lois et leurs règlements, de choisir les

méthodes capables de permettre à chaque homme

d’exercer son droit à une part des biens terrestres.

Le dividende à tous le ferait. Aucune autre formule

proposée n’a été, de loin, aussi effective, pas même

nos actuelles lois de sécurité sociale.

Aujourd’hui, ce n’est pas la production qui man-

que, mais c’est la distribution qui fait défaut. Il faut

u

Le dividende du Crédit Social augmenterait les revenus sans augmenter les prix ni les salaires

Le Pape Pie XII

u

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VERS DEMAIN mai-juin-juillet 2015

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