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aux besoins, mais aussi financer la consommation,

pour s’assurer que ces biens et services joignent

véritablement les êtres humains de façon concrète.

Le génie de Louis Even a été de vulgariser les

notions d’ingénieur de Douglas pour les mettre à la

portée de monsieur et madame Tout-le-monde, et

surtout de les éclairer de la lumière de la doctrine

sociale de l’Église catholique, et de la philosophie de

saint Thomas d’Aquin.

Un des trois principes de la Démocratie Éco-

nomique, qui fait l’objet de l’étude qui suit, est le

dividende, ou revenu garanti à chaque citoyen, du

berceau à la tombe, sans conditions, que l’on soit

salarié ou non. (Il ne s’agit pas d’égalitarisme, puis-

que ceux qui sont employés recevraient leur salaire

en plus du dividende.) On revient donc au fil conduc-

teur de tout ce colloque, la définition de la justice

selon saint Thomas d’Aquin:

suum cuique

, rendre à

chacun ce qui lui est dû.

Mais ce dividende n’a de sens que dans la mesu-

re où il est appliqué avec les deux autres principes de

la Démocratie Économique:

1. L’argent nouveau appartient à la société, et

non pas à des compagnies privées (les banques

commerciales), et doit être émis par un organisme

créé par l’État, un Office national de crédit. En véri-

té, l’argent tire sa valeur de la capacité de produc-

tion du pays, du fait qu’il existe des richesses natu-

relles et des travailleurs disposés à développer ces

ressources. Louis Even écrit:

«L’argent doit être mis au monde à mesure que le

rythme de la production et les besoins de la distribu-

tion l’exigent. Mais à qui appartient cet argent neuf en

venant au monde? Aux citoyens eux-mêmes. Pas au

gouvernement, qui n’est pas le propriétaire du pays,

mais seulement le gardien du bien commun. ni aux

comptables de l’organisme monétaire national.

«Ce n’est pas un salaire, mais une injection d’ar-

gent dans le public pour faire appel sur du travail, sur

des produits qui n’attendent que cela. On ne peut une

minute se représenter que l’argent nouveau appar-

tienne à un individu ou à un groupe privé. Il n’y a

pas d’autre moyen, en toute justice, de mettre cet ar-

gent nouveau en circulation qu’en en distribuant une

part égale à chaque citoyen. C’est en même temps

le meilleur moyen de rendre l’argent effectif, puisque

cette distribution le répartit dans tout le pays.»

2. L’autre principe de la Démocratie Économique,

c’est l’escompte compensé — un rabais sur les prix

compensé au vendeur — pour empêcher toute haus-

se des prix, donc toute inflation.

Pourquoi un revenu à tous,

et pourquoi l’appeler dividende?

Lorsqu’on parle de quelqu’un qui reçoit des divi-

dendes, on pense généralement à celui qui possède

des actions dans une compagnie, et qui reçoit ainsi

une part des profits. Eh bien, on peut dire en toute

vérité que chaque citoyen du pays, chaque membre

de la société est co-capitaliste, propriétaire d’un capi-

tal réel et immensément productif.

Il a été dit précédemment que l’argent, ou crédit

financier est, à sa naissance, propriété de toute la so-

ciété. Il l’est, parce qu’il est basé sur le crédit réel, sur

la capacité de production du pays. Cette capacité de

production est faite, certes, en partie, du travail, de la

compétence de ceux qui participent à la production.

Mais elle est faite surtout, et de plus en plus, d’autres

éléments qui sont propriété de tous.

Il y a d’abord les richesses naturelles, qui ne sont

la production d’aucun homme; elles sont un don de

Dieu, une gratuité qui doit être au service de tous. Il

y a aussi toutes les inventions faites, développées et

transmises d’une génération à l’autre. C’est le plus

gros facteur de production aujourd’hui. Et nul hom-

me ne peut prétendre, plus qu’un autre, à la propriété

de ce progrès, qui est fruit de générations.

Sans doute il faut des hommes actuels pour le

mettre à contribution – et ceux-là ont droit à une ré-

compense: ils la reçoivent en rémunérations: salai-

res, traitements, etc. Mais un capitaliste qui ne par-

ticipe pas personnellement à l’industrie où il a placé

son capital a droit quand même à une part du résul-

tat, à cause de son capital.

Eh bien ! le plus gros capital réel de la produc-

tion moderne, c’est bien la somme des découvertes,

des inventions progressives, qui font qu’aujourd’hui,

on obtient plus de produits avec moins de travail. Et

puisque tous les vivants sont, à titre égal, cohéritiers

de cet immense capital qui s’accroît toujours, tous

ont droit à une part des fruits de la production.

L’employé a droit à ce dividende et à son salaire.

Le non-employé n’a pas de salaire, mais a droit à ce

dividende, que nous appelons social, parce qu’il est

le revenu d’un capital social.

Un double héritage

Karl Marx prétendait que le travail (le prolétariat)

créait toute la richesse. Adam Smith disait que le

capital (celui qui investit de l’argent dans une entre-

prise) avait aussi sa part. Mais tous deux ignorent ce

que Douglas appelle «l’héritage culturel», ce fameux

héritage des ressources naturelles et des inventions,

responsable de plus de 90% de la production du

pays. En fait, quand on parle des pauvres, il est tout

à fait juste de parler de «déshérités», car ce sont des

gens à qui on a refusé leur héritage.

Le dividende du Crédit Social (ou Démocratie

Économique) est donc basé sur deux choses: l’héri-

tage des richesses naturelles et des inventions des

générations précédentes. C’est exactement ce que le

Pape Jean-Paul II écrivait en 1981 dans son Encycli-

que

Laborem exercens

, sur le travail humain (n. 13):

«L’homme, par son travail, hérite d’un double

patrimoine: il hérite d’une part de ce qui est donné

à tous les hommes, sous forme de ressources natu-

relles et, d’autre part, de ce que tous les autres ont

déjà élaboré à partir de ces ressources, en réalisant

un ensemble d’instruments de travail toujours plus

parfaits. Tout en travaillant, l’homme hérite du tra-

vail d’autrui.»

Combler le manque de pouvoir d’achat

Une autre raison de verser un dividende à cha-

que citoyen est de nature mathématique: c’est que

le système financier actuel crée un manque chroni-

que de pouvoir d’achat.

Aujourd’hui, les produits sont offerts à un certain

prix. Les personnes qui ont de l’argent achètent ces

produits en y mettant le prix. Cela permet aux per-

sonnes qui ont de l’argent de choisir les produits qui

leur conviennent.

Un système de Démocratie Économique ne bou-

leverserait point cette méthode de distribuer les pro-

duits. La méthode est souple et bonne – à condition,

évidemment, que les individus qui ont des besoins

aient en même temps du pouvoir d’achat pour choisir

les produits qui conviennent à leurs besoins.

Du pouvoir d’achat entre les mains de ceux qui

ont des besoins: c’est justement là que le système

actuel a des défauts, et que la Démocratie Économi-

que corrigerait ces défauts.

Quand la production est financée, elle fonction-

ne. Quand elle fonctionne, elle distribue l’argent qui

sert à la financer. L’argent ainsi distribué, sous forme

de salaires, profits, dividendes industriels, constitue

du pouvoir d’achat pour ceux qui le reçoivent. Mais:

1. Premièrement, l’industrie ne distribue jamais

le pouvoir d’achat au même régime qu’elle bâtit ses

prix.

Le Crédit Social repose sur trois

principes (comme un trépied)

1. L’argent fait sans intérêt

par la société

2. Un dividende à chaque

citoyen

3. Un escompte sur les prix

remboursé au marchand

u

Après le colloque, M. Pilote et la famille Le Pape

se sont rendus à l’ancien couvent des Dominicains

à Toulouse vénérer les reliques de saint Thomas

d’Aquin. Décédé le 7 mars 1274 au monastère cister-

cien de Fossanova en Italie, il y reposera jusqu’à la

translation de sa dépouille mortelle en 1369 à Tou-

louse, sur l’ordre du Pape Urbain V.

«

L’homme, par son travail, hérite d’un

double patrimoine: il hérite d’une part

de ce qui est donné à tous les hommes,

sous forme de ressources naturelles et,

d’autre part, de ce que tous les autres ont

déjà élaboré à partir de ces ressources...»

Jean-Paul II, Laborem exercens

u

VERS DEMAIN mai-juin-juillet 2015

www.versdemain.org

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