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où consommation et gaspillage vont de pair, ce qui

contraste de façon inacceptable avec des situations

permanentes de misère déshumanisante» (Benoît

XVI,

Caritas in veritate,

n. 22); et les institutions éco-

nomiques ainsi que les programmes sociaux qui per-

mettraient aux plus pauvres d’accéder régulièrement

aux ressources de base ne se mettent pas en place

assez rapidement. On n’a pas encore fini de prendre

en compte les racines les plus profondes des dérègle-

ments actuels qui sont en rapport avec l’orientation,

les fins, le sens et le contexte social de la croissance

technologique et économique.

112. Cependant, il est possible d’élargir de nou-

veau le regard, et la liberté humaine est capable de

limiter la technique, de l’orienter, comme de la met-

tre au service d’un autre type de progrès, plus sain,

plus humain, plus social, plus intégral. La libération

par rapport au paradigme technocratique régnant

a lieu, de fait, en certaines occasions, par exemple,

quand des communautés de petits producteurs op-

tent pour des systèmes de production moins pol-

luants, en soutenant un mode de vie, de bonheur et

de cohabitation non consumériste; ou bien quand la

technique est orientée prioritairement pour résoudre

les problèmes concrets des autres, avec la passion

de les aider à vivre avec plus de dignité et moins de

souffrances.

114. Ce qui arrive en ce moment nous met devant

l’urgence d’avancer dans une révolution culturelle

courageuse. La science et la technologie ne sont pas

neutres, mais peuvent impliquer, du début à la fin

d’un processus, diverses intentions et possibilités, et

elles peuvent se configurer de différentes manières.

Personne ne prétend vouloir retourner à l’époque des

cavernes, cependant il est indispensable de ralentir la

marche pour regarder la réalité d’une autre manière,

recueillir les avancées positives et durables, et en

même temps récupérer les valeurs et les grandes fi-

nalités qui ont été détruites par une frénésie mégalo-

mane.

117. Le manque de préoccupation pour mesurer

les préjudices causés à la nature et l’impact environ-

nemental des décisions est seulement le reflet le plus

visible d’un désintérêt pour reconnaître le message

que la nature porte inscrit dans ses structures mêmes.

Quand on ne reconnaît pas, dans la réalité même,

la valeur d’un pauvre, d’un embryon humain, d’une

personne vivant une situation de handicap – pour

prendre seulement quelques exemples – on écoutera

difficilement les cris de la nature elle-même. Tout est

lié. Si l’être humain se déclare autonome par rapport

à la réalité et qu’il se pose en dominateur absolu, la

base même de son existence s’écroule, parce qu’«au

lieu de remplir son rôle de collaborateur de Dieu dans

l’œuvre de la création, l’homme se substitue à Dieu

et ainsi finit par provoquer la révolte de la nature».

(Jean-Paul II,

Centesimus annus

, n. 37.)

120. Puisque tout est lié, la défense de la nature

n’est pas compatible non plus avec la justification de

l’avortement. Un chemin éducatif pour accueillir les

personnes faibles de notre entourage, qui parfois dé-

rangent et sont inopportunes, ne semble pas pratica-

ble si l’on ne protège pas l’embryon humain, même

si sa venue cause de la gêne et des difficultés: «Si la

sensibilité personnelle et sociale à l’accueil d’une nou-

velle vie se perd, alors d’autres formes d’accueil utiles

à la vie sociale se dessèchent».

123. La culture du relativisme est la même patho-

logie qui pousse une personne à exploiter son pro-

chain et à le traiter comme un pur objet, l’obligeant

aux travaux forcés, ou en faisant de lui un esclave à

cause d’une dette. C’est la même logique qui pousse

à l’exploitation sexuelle des enfants ou à l’abandon

des personnes âgées qui ne servent pas des intérêts

personnels. C’est aussi la logique intérieure de celui

qui dit: Laissons les forces invisibles du marché régu-

ler l’économie, parce que ses impacts sur la société

et sur la nature sont des dommages inévitables...

Chapitre 4 – Une écologie intégrale

138. L’écologie étudie les relations entre les orga-

nismes vivants et l’environnement où ceux-ci se déve-

loppent. Cela demande de s’asseoir pour penser et

pour discuter avec honnêteté des conditions de vie

et de survie d’une société, pour remettre en question

les modèles de développement, de production et de

consommation. Il n’est pas superflu d’insister sur le

fait que tout est lié...

160. Quel genre de monde voulons-nous laisser

à ceux qui nous succèdent, aux enfants qui grandis-

sent ? Cette question ne concerne pas seulement l’en-

vironnement de manière isolée, parce qu’on ne peut

pas poser la question de manière fragmentaire. Quand

nous nous interrogeons sur le monde que nous vou-

lons laisser, nous parlons surtout de son orientation

générale, de son sens, de ses valeurs. Si cette ques-

tion de fond n’est pas prise en compte, je ne crois pas

que nos préoccupations écologiques puissent obtenir

des effets significatifs.

Mais si cette question est posée avec courage, elle

nous conduit inexorablement à d’autres interrogations

très directes: pour quoi passons-nous en ce monde,

pourquoi venons-nous à cette vie, pourquoi tra-

vaillons-nous et luttons-nous, pourquoi cette terre a-

t-elle besoin de nous? C’est pourquoi, il ne suffit plus

de dire que nous devons nous préoccuper des généra-

tions futures. Il est nécessaire de réaliser que ce qui est

en jeu, c’est notre propre dignité. Nous sommes, nous-

mêmes, les premiers à avoir intérêt à laisser une planè-

te habitable à l’humanité qui nous succédera. C’est un

drame pour nous-mêmes, parce que cela met en crise

le sens de notre propre passage sur cette terre.

161. Les prévisions catastrophistes ne peuvent

plus être considérées avec mépris ni ironie. Nous

pourrions laisser trop de décombres, de déserts et

de saletés aux prochaines générations. Le rythme de

consommation, de gaspillage et de détérioration de

l’environnement a dépassé les possibilités de la planè-

te, à tel point que le style de vie actuel, parce qu’il est

insoutenable, peut seulement conduire à des catastro-

phes, comme, de fait, cela arrive déjà périodiquement

dans diverses régions...

Chapitre 5 – Quelques lignes d’orientation

165. Nous savons que la technologie reposant sur

les combustibles fossiles très polluants – surtout le

charbon, mais aussi le pétrole et, dans une moindre

mesure, le gaz – a besoin d’être remplacée, progressi-

vement et sans retard. Tant qu’il n’y aura pas un déve-

loppement conséquent des énergies renouvelables,

développement qui devrait être déjà en cours, il est

légitime de choisir le moindre mal et de recourir à des

solutions transitoires...

189. La politique ne doit pas se soumettre à

l’économie et celle-ci ne doit pas se soumettre aux

diktats ni au paradigme d’efficacité de la technocra-

tie. Aujourd’hui, en pensant au bien commun, nous

avons impérieusement besoin que la politique et

l’économie, en dialogue, se mettent résolument au

service de la vie, spécialement de la vie humaine.

Sauver les banques à tout prix, en en faisant

payer le prix à la population, sans la ferme décision

de revoir et de réformer le système dans son ensem-

ble, réaffirme une emprise absolue des finances qui

n’a pas d’avenir et qui pourra seulement générer de

nouvelles crises après une longue, couteuse et appa-

rente guérison. La crise financière de 2007-2008 était

une occasion pour le développement d’une nouvelle

économie plus attentive aux principes éthiques, et

pour une nouvelle régulation de l’activité financière

spéculative et de la richesse fictive. Mais il n’y a pas

eu de réaction qui aurait conduit à repenser les critè-

res obsolètes qui continuent à régir le monde...

190. Dans ce contexte, il faut toujours se rappeler

que «la protection de l’environnement ne peut pas

être assurée uniquement en fonction du calcul finan-

cier des coûts et des bénéfices. L’environnement fait

partie de ces biens que les mécanismes du marché

ne sont pas en mesure de défendre ou de promou-

voir de façon adéquate». Une fois de plus, il faut

éviter une conception magique du marché qui fait

penser que les problèmes se résoudront tout seuls

par l’accroissement des bénéfices des entreprises ou

des individus. Est-il réaliste d’espérer que celui qui a

l’obsession du bénéfice maximum s’attarde à penser

u

«Quel genre de monde voulons-

nous laisser à ceux qui nous suc-

cèdent, aux enfants qui gran-

dissent ? . . . Pour quoi passons-

nous en ce monde, pour quoi

venons-nous à cette vie?»

«Sauver les banques à tout prix,

en en faisant payer le prix à

la population, sans la ferme

décision de revoir et de réformer

le système dans son ensemble,

réaffirme une emprise absolue des

finances qui n’a pas d’avenir...»

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VERS DEMAIN mai-juin-juillet 2015

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