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de crédit, tous les autres moyens pour nous sauver

du péril social seront une faillite.”

L’abbé Drinkwater continue: «Dire pourquoi cet

aspect fut laissé de côté, ou plutôt réduit à une vague

condamnation de l’usure sous une autre forme, exige-

rait plus de recherches qu’un individu peut en entre-

prendre.»

Que fut exactement la rédaction de ce texte relatif

au monopole du crédit ? Nous ne pouvons le savoir,

puisqu’il ne parut pas dans l’encyclique. Fut-il sup-

primé à Fribourg même dans la rédaction définitive

de l’étude envoyée à Rome? Fut-il subtilisé entre Fri-

bourg et Rome, ou entre sa réception au Vatican et

sa remise au Souverain Pontife? Ou bien, est-ce Léon

XIII lui-même qui décida de le laisser de côté? L’abbé

Drinkwater observe: «Tout ce qu’on peut dire de cer-

tain, c’est que des obstacles furent placés à dessein

quelque part.»

L’abbé Drinkwater rappelle ensuite comment la

vérité sur l’argent est inévitablement étouffée. «Des

hommes comme l’évêque Berkeley, Abraham Lincoln,

(

on pourrait ajouter Douglas

), ont compris l’action

des puissances d’argent, mais, d’une manière ou de

l’autre, leurs idées furent toujours rejetées dans l’om-

bre:

«Les maîtres de l’argent savent contrôler les

sources d’information et l’autorité publique, sans

mentionner leur contrôle des sources de revenu pri-

vé, et peuvent, de mille manières, réduire les criti-

ques au silence ou les faire passer pour de simples

charlatans.

L’abbé Drinkwater conclut: «Même si le Pape

Léon XIII avait parlé clairement (au sujet du mono-

pole du crédit, dans son encyclique

Rerum Novarum

),

les puissances d’argent auraient trouvé le moyen

d’étouffer l’effet de ses paroles. Si demain le Pape

parlait clairement des puissances d’argent, ses paro-

les tomberaient mortes et sans écho dans le monde.

«Comment puis-je le savoir ? Parce que le Pape

(Pie XI) l’a fait; il a parlé clairement, il y a dix ans,

dans

Quadragesimo Anno

(en 1931). Et qui a relevé

cette partie de son encyclique, sauf quelques réfor-

mateurs de l’argent, la plupart des non-catholiques?

«Si vous ne voulez pas me croire, regardez les

différentes explications officielles de cette encyclique

données par la Catholic Society, l’organisme chargé

de cette fonction en ce pays. Vous serez étonné de son

habileté à se servir de la pédale douce dès qu’il appro-

che des indiscrétions du Souverain Pontife.»

C’est ce que nous verrons dans l’article suivant

portant justement sur l’encyclique

Quadragesimo

Anno

de Pie XI, où l’«usure dévorante pratiquée sous

une autre forme» avait maintenant un nom. Elle s’ap-

pelle «monopole du crédit».

Louis Even

Pape François: De l’argent

pour la guerre, mais pas

pour le développement

Le 21 novembre 2014, le Pape François

envoyait un message vidéo aux participants de

la quatrième édition du Festival de la doctrine

sociale de l’Église, tenu à Vérone, en Italie. Dans

ce message, le Saint-Père dénonçait le système

économique actuel, qui nous rend tous esclaves

du dieu argent. En voici un extrait:

«Aujourd’hui,

également dans

le domaine éco-

nomique il est ur-

gent de prendre

l’initiative, car le

système tend à

tout homologuer

et l’argent règne

en maître. Le sys-

tème conduit à

cette mondialisa-

tion qui n’est pas

bonne et qui ho-

mologue tout. Et

qui est le maître

de cette homologation? C’est l’argent. Pren-

dre l’initiative dans ces milieux signifie avoir

le courage de ne pas se laisser emprisonner

par l’argent et par les résultats à court terme,

en devenant ses esclaves.

«Une manière nouvelle de voir les cho-

ses est nécessaire ! Je vous cite un exemple.

Aujourd’hui on dit qu’il n’est pas possible de

faire de nombreuses choses parce que l’ar-

gent manque. Mais pourtant, il y a toujours

de l’argent pour faire certaines choses et il en

manque pour en faire d’autres. Par exemple,

on trouve de l’argent pour acheter des armes,

pour faire des guerres, pour des opérations

financières sans scrupules. On ne parle géné-

ralement pas de cela. On souligne beaucoup

l’argent qui manque pour créer du travail,

pour investir en connaissances, dans les com-

pétences, pour projeter une nouvelle sécurité

sociale, pour sauvegarder l’environnement.

«Le véritable problème n’est pas l’argent,

mais les personnes. Nous ne pouvons pas

demander à l’argent ce que seules les person-

nes peuvent faire ou créer. L’argent tout seul

ne crée pas le développement, pour créer le

développement il y a besoin de personnes qui

ont le courage de prendre l’initiative.»

par

Louis Even

De 1891 à 1931

Quarante années ont passé

depuis

Rerum Novarum

en 1891.

L'encyclique de Léon XIII a fait

beaucoup de bien. Les principes

qu'elle rappelait en matière so-

ciale ont contribué à l'apparition

et au développement d'un esprit

plus humain et plus chrétien

dans les relations entre patrons

et ouvriers.

La première grande guerre

mondiale put bien détourner les

activités de l'industrie vers la

production de biens sans utilité

pour le niveau de vie. La guerre

laissait plutôt des ruines. Mais le

développement de techniques

perfectionnées pour des fins de

guerre allait être mis, avec la

même efficacité, au service d'une économie de paix,

une fois terminées les quatre années d'hostilité.

La crise des années 30

Le relèvement fut rapide. Le niveau général de vie

connut même une montée fiévreuse dans les pays

évolués, jusqu'au coup de tonnerre financier qui plon-

gea ces mêmes pays dans la crise sans précédent des

années 30. Crise logiquement inexplicable, laissant

une immense capacité de production dans l'inaction

en face de besoins criants partout. Impossible de

l'attribuer à des phénomènes naturels, ni à la dispari-

tion de compétences, ni au refus de travailler par des

hommes qui cherchaient partout de l'emploi. Tout le

monde d'ailleurs avait le même mot à la bouche: Pas

d'argent. Les consommateurs manquaient d'argent.

Les producteurs manquaient de crédit financier. Rien

autre ne faisait défaut.

Indéniablement, une intervention avait eu lieu dans

le secteur financier de l'économie, et toute la vie éco-

nomique en souffrait. Il ne s'agissait plus d'une oppres-

sion des employés par des employeurs. Employeurs

comme employés gisaient dans le même filet.

Mais au cours des quatre décennies écoulées de-

puis

Rerum Novarum

, des esprits chercheurs avaient

tourné leurs investigations du côté de ce mystérieux

secteur de l'économie, l'argent, le crédit. Des découver-

tes avaient été faites et divulguées. Pas encore connues

ni admises partout, mais non pas

complètement ignorées ni sans

preuves irréfutables à l'appui.

Le plus distingué de ces décou-

vreurs fut un esprit supérieur qui

ne se contenta pas de relever des

faits, mais en établit les causes et

présenta des propositions capa-

bles de faire du système financier

un serviteur souple au lieu d'un

maître cassant et souverain.

Cet homme, ce fut Clifford

Hugh Douglas, l'auteur des pro-

positions du Crédit Social, dont

le nom et l'enseignement re-

viennent fréquemment dans les

pages de Vers Demain, pour le

bénéfice de ses lecteurs.

Ils contrôlent nos vies

Le 15 mai 1931, quarante an-

nées jour pour jour après

Rerum

Novarum

, Pie XI livrait au monde une nouvelle ency-

clique remarquable:

Quadragesimo Anno

. Il constate

que depuis Léon XIII, «les conditions économiques

ont fortement changé». En effet. Changement dont les

effets n'ont pas toujours été pour le mieux, ni touché

uniquement les hommes engagés dans les activités

de production. Tout le corps social s'en ressent. Pie

XI écrivait:

«Ce qui, à notre époque, frappe d'abord le

regard, ce n'est pas seulement la concentration

des richesses, mais encore l'accumulation d'une

énorme puissance, d'un pouvoir économique dis-

crétionnaire aux mains d'un petit nombre d'hom-

mes qui d'ordinaire ne sont pas les propriétaires,

mais les simples dépositaires et gérants du capital

qu'ils administrent à leur gré.

«Ce pouvoir est surtout considérable chez

ceux qui, détenteurs et maîtres de l'argent, gou-

vernent le crédit et le dispensent selon leur bon

plaisir. Par là, ils distribuent en quelque sorte le

sang à l'organisme économique dont ils tiennent

la vie entre leurs mains, si bien, que, sans leur

consentement, nul ne peut plus respirer».

Ces paroles sont fortes. Nul ne les comprend

mieux que les créditistes. Douglas savait faire la dif-

férence entre la possession de richesses et le pou-

«Ceux qui contrôlent l’argent et

le crédit contrôlent nos vies»

L’encyclique

Quadragesimo Anno

de Pie XI

Pie XI, Pape de 1922 à 1939

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VERS DEMAIN janvier-février 2015

VERS DEMAIN janvier-février 2015

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