Table of Contents Table of Contents
Previous Page  14-15 / 32 Next Page
Information
Show Menu
Previous Page 14-15 / 32 Next Page
Page Background

Le 25 novembre 2014, le Pape François s’était ren-

du au Parlement européen à Strasbourg, en France,

pour rappeler aux hommes politiques les principes

chrétiens sur lesquels doit être basé le continent euro-

péen. Quelques semaines plus tôt, le 3 octobre, il avait

déjà «mis la table» en recevant en audience à Rome

les participants à l’assemblée plénière du Conseil des

conférences épiscopales d’Europe. Voici son discours:

Chers frères dans l’épiscopat,

Que se passe-t-il, aujourd’hui, en Europe? Qu’y

a-t-il dans le cœur de notre mère l’Europe? Est-ce

qu’elle continue à être notre mère l’Europe ou bien

est-elle devenue notre grand-mère l’Europe? Est-elle

encore féconde? Est-elle tombée dans la stérilité?

Est-ce qu’elle ne parvient plus à faire naître de nou-

velles vies? D'autre part, cette Europe a commis quel-

ques péchés. Il faut bien le dire, avec amour: il y a

une de ses racines qu’elle n’a pas voulu reconnaître.

Voilà pourquoi elle se sent chrétienne sans se sentir

chrétienne. Ou alors, elle se sent chrétienne un peu

en cachette, mais elle ne veut pas la reconnaître, cette

racine européenne.

Aujourd’hui l'Europe est envahie. Est-ce la secon-

de invasion des barbares? Je n’en sais rien. Mais ses

portes sont ouvertes en premier lieu au profit des tra-

vaux. Mais maintenant elle ressent cette «invasion»,

entre guillemets, de gens qui viennent chercher du

travail, qui fuient leur patrie et recherchent la liberté et

une vie un peu meilleure.

L'Europe est blessée. Pour reprendre une image

que je trouve très parlante, je vais dire que l’Église,

aujourd’hui, me fait penser à un hôpital de campa-

gne, parce qu’il y a beaucoup de blessés dans l’Église.

Mais l'Europe est blessée, elle aussi. Elle est blessée

par beaucoup d’expériences qu’elle a faites. Elle est

passée de l’époque du bien-être, du grand bien-être, à

une crise préoccupante, dans laquelle les jeunes sont

eux aussi exclus. Dans les journaux, avant-hier, il était

indiqué qu’ici, en Italie, le chômage des jeunes atteint

43 %, me semble-t-il. En Espagne ce chiffre est de 50

%. Et les évêques espagnols m’ont dit que, en Anda-

lousie, il est tout près de 60 %.

Le cardinal Erdö nous a parlé de l’exclusion des

enfants et des personnes âgées. Et ce qu’il a dit est

vrai. Mais maintenant on constate également l’exclu-

sion de toute une génération de jeunes. Je ne sais pas

si cela concerne seulement l’Europe, ou bien l’Europe

et les pays développés, mais on parle de 75 millions

d’individus âgés de 25 ans et moins. Cela fait toute

une génération. En tant qu’évêques européens, que

devons-nous faire pour les jeunes? Leur donner à

manger ? Oui, c’est la première chose.

Mais cela ne donne pas de dignité à un jeune, à un

être humain. Ce qui donne de la dignité, c’est d’offrir

du travail. Et les enfants de cette mère l’Europe, qui

est presque une grand-mère aujourd’hui, risquent de

perdre leur dignité parce qu’ils n’ont pas de travail et

qu’ils ne peuvent pas rapporter de pain à la maison.

Le Pape François embrasse la statue de l’Enfant

Jésus lors de la Messe de Noël 2014 au Vatican.

L’Europe a exclu les enfants. Un peu triomphale-

ment. Je me rappelle que, à l’époque où j’étais étu-

diant dans un certain pays, les cliniques qui prati-

quaient l'avortement s’arrangeaient pour tout envoyer

à des unités de fabrication de produits cosmétiques.

La beauté du maquillage produite avec le sang des

innocents. C’était une raison pour se vanter d’être pro-

gressiste: les droits de la femme, la femme qui a droit

à son corps.

Aujourd’hui l'Europe est pleine de personnes

âgées. Je ne sais pas ce qu’il en est ici, en Italie, je ne

veux pas en parler parce que je ne suis pas sûr. Mais

que va-t-il se passer lorsque l’État ne pourra pas payer

les retraites, parce qu’il n’y aura pas suffisamment de

jeunes qui travailleront de manière légale, parce qu’il y

a des gens qui travaillent au noir, pas toujours, mais...

Et les personnes âgées – cela, je l’ai dit à propos de

l'Amérique Latine, de mon pays, mais je crois que c’est

un problème universel, ou de beaucoup de pays, ou

de certains autres continents – les personnes âgées,

on se débarrasse d’elles au moyen d’une euthanasie

dissimulée. La sécurité sociale rembourse les médi-

caments jusqu’à un certain point et ensuite il faut se

débrouiller !

Une Europe fatiguée parce qu’elle est désorientée.

Et je ne voudrais pas être pessimiste, mais disons la

vérité: après l’alimentation, les vêtements et les médi-

caments, quelles sont les dépenses les plus importan-

tes? Les produits de beauté et puis les animaux de

compagnie. Les gens ne font pas d’enfants, mais ils

donnent leur affection à un petit chat, ou à un petit

chien. C’est le second poste de dépense après les trois

principaux. Le troisième poste correspond à toute

l'industrie qui favorise le plaisir sexuel. Donc l’alimen-

tation, les médicaments, les vêtements, les cosméti-

ques, les animaux de compagnie et la vie de plaisir.

Nos jeunes entendent cela, voient cela, vivent cela.

Ce qu’a dit Son Éminence m’a beaucoup plu, parce

que c’est vraiment le drame de l'Europe aujourd’hui.

Mais nous ne sommes pas à la fin. Je crois que l'Europe

a beaucoup de ressources pour aller de l’avant. C’est

comme si l’Europe avait aujourd’hui une maladie. Une

blessure. Et sa plus grande ressource, c’est la personne

de Jésus.

Europe, reviens à Jésus ! Reviens à ce Jésus

dont tu as dit qu’il n’était pas dans tes racines !

Voilà

le travail des pasteurs: prêcher Jésus là où se trouvent

ces blessures. Je n’en ai cité que quelques unes, mais

ce sont de grosses blessures. Prêcher Jésus. Et je vous

demande ceci: n’ayez pas honte d’annoncer Jésus-

Christ ressuscité qui nous a tous rachetés. Et que le

Seigneur ne nous réprimande pas, comme il répriman-

dait les deux villes dans l’Évangile de Luc, aujourd’hui.

Le Seigneur veut nous sauver. J’y crois, moi. Notre

mission, c’est cela: prêcher Jésus-Christ, sans honte.

Et Lui est disposé à ouvrir les portes de son cœur,

parce que c’est surtout dans la miséricorde et dans

le pardon qu’Il manifeste sa toute-puissance. Allons

de l’avant dans la prédication. N’ayons pas honte. Il y

a de nombreuses manières de prêcher, mais à notre

mère l’Europe – ou à notre grand-mère l’Europe ou à

l’Europe blessée – il n’y a que Jésus-Christ qui puisse

dire aujourd’hui une parole de salut. Il n’y a que Lui qui

puisse ouvrir une porte de sortie.

Pape Francois

Le 31 janvier 2015, le Pape François recevait au

Vatican les dirigeants de la Confédération nationale

des cultivateurs italiens. Voici des extraits de son

discours:

L’œuvre de ceux qui cultivent la terre, lui consa-

crant généreusement temps et énergie, se présente

comme une vraie et particulière vocation. Elle mérite

d'être reconnue et valorisée en

conséquence, également dans

les choix politiques et écono-

miques concrets. Il s'agit d'éli-

miner les obstacles qui pénali-

sent une activité si précieuse et

qui souvent la font apparaître

peu attractive aux nouvelles

générations... Dans le même

temps il faut prêter attention à

la soustraction déjà trop répan-

due des terres agricoles pour

les consacrer à d'autres activités, peut-être plus ren-

tables en apparence. Ici aussi domine le dieu argent !

Comme ces personnes qui n'ont pas de sentiments,

qui vendent leur famille, leur mère, ici la tentation est

de vendre la terre mère.

De telles réflexions sur l'aspect central du tra-

vail agricole porte notre regard sur deux points cri-

tiques: la première est celle de la pauvreté et de

la faim, qui concerne encore malheureusement une

vaste partie de l'humanité. Le Concile Vatican II a

rappelé la destination universelle des biens de la

terre (cf.

Gaudium et spes

, 69), mais en réalité le

système économique dominant en exclut de nom-

breux de leur juste bénéfice. L'absolutisation des

règles du marché, une culture de l'exclusion et du

gaspillage qui, dans le cas de la nourriture, a des

proportions inacceptables, additionnée à d'autres

facteurs, cause misère et souffrance pour tant de

familles. Il faut donc repenser profondément le sys-

tème de production et de distribution de la nourri-

ture.

Comme nous l'ont enseigné nos anciens, on ne

plaisante pas avec le pain ! Quand j'étais petit, je me

souviens que quand du pain tombait par terre, on

nous apprenait à le prendre, à

l'embrasser et à le remettre sur

la table. En quelque sorte, le

pain participait à la sacralité de

la vie humaine, et pour cela il

ne pouvait pas être traité seule-

ment comme une simple mar-

chandise (cf. Exhortation apost.

Evangilii gaudium

, 52-60).

Mais – pour venir au se-

cond point critique – il est aussi

important de rappeler que dans le livre de la Genèse,

chapitre 2, verset 15, l'homme n'est pas seulement

appelé à cultiver la terre, mais aussi à en prendre soin.

Les deux aspects sont d'ailleurs étroitement liés: (...)

Comment continuer à produire une bonne nourriture

pour la vie de tous, quand la stabilité climatique est à

risque, quand l'air, l'eau et le sol même, perdent leur

pureté à cause de la pollution? (...)

Le défi est: comment réaliser une agriculture à

faible impact environnemental ? Comment faire de

telle sorte que notre manière de cultiver la terre soit

en même temps aussi une manière d'en prendre soin.

En fait, c'est seulement ainsi que les futures généra-

tions pourront continuer à l'habiter et à la cultiver.

Pape Françcois

«Europe, reviens à Jésus ! »

Paroles du Pape aux évêques européens

La vocation de cultiver et préserver la terre

14

VERS DEMAIN janvier-février 2015

VERS DEMAIN janvier-février 2015

www.versdemain.org www.versdemain.org

15