Table of Contents Table of Contents
Previous Page  12-13 / 32 Next Page
Information
Show Menu
Previous Page 12-13 / 32 Next Page
Page Background

par

Louis Even

      Dictature sur les corps publics

Il y a des centaines de trous dans les rues et les

trottoirs de Montréal, et dans la même ville, des mil-

liers de chômeurs qui demandent de l'emploi. Mais les

trous restent dans les rues et les chômeurs dans leur

chômage et leur misère.

Il y a dans la province de Québec des hôpitaux

à bâtir, des routes à construire et à réparer; et, dans

la province aussi, des milliers de chômeurs qui cher-

chent de l'ouvrage.

Qu'est-ce qui empêchent la ville de Montréal, les

autres villes, la province elle-même, d'utiliser la main-

d'oeuvre qui attend, pour accomplir des travaux que

la communauté réclame? Toutes les administrations

nous le disent: c'est le manque d'argent pour payer.

Pourquoi la communauté ne peut-elle financer ce

qu'elle est capable de produire? Pourquoi ce qui est

physiquement possible et demandé par tous, est-il

rendu impossible par défaut d'argent, par défaut de

bouts de papier imprimé ou de chiffres dans un comp-

te de banque?

Pourquoi le système d'argent entrave-t-il l'exer-

cice du système de production? Qu'est-ce qui le rend

supérieur ? Qu'est-ce qui empêche les corps publics à

laisser les besoins béants et les bras oisifs?

Le système d'argent ne vient pourtant ni de Dieu,

ni de la nature. Il a été établi, est accepté, maintenu

ou modifié, par les hommes eux-mêmes. Peut-on

croire que des êtres intelligents aient établi un systè-

me d'argent pour se créer des obstacles, pour rendre

impossible l'exécution très possible de choses qu'ils

désirent ?

Le but du système d'argent ne peut pas avoir été

d'empêcher les bras de prendre des pierres, du bois, de

l'acier, et de bâtir; d'empêcher les hommes de travailler

et les villes de faire boucher les trous de leurs rues !

N'y a-t-il pas là, la dictature la plus sotte, la plus

inexplicable, en même temps que la plus inhumaine,

la plus cruelle pour les personnes qui en souffrent à

la fois dans leur chair et dans leur esprit ?

Dictature sur nos vies

Cette tyrannie n'affecte pas seulement les servi-

ces publics. Elle est encore plus visible dans la vie des

individus et des familles.

Entrez dans les maisons, et questionnez le père ou

la mère de famille. Quel est leur souci le plus constant

pour aujourd'hui et pour demain? Qu'est-ce qui tour-

mente la maman chaque fois qu'elle doit s'approvi-

sionner pour la famille? Craint-elle que demain, elle

ne puisse plus trouver au pays du pain, de la viande,

du beurre, du lait, des chaussures, des habits, des re-

mèdes, pour répondre à des besoins de son mari, de

ses enfants, d'elle-même?

Non, évidemment. Ce qu'elle craint, c'est de n'avoir

pas d'argent pour payer et obtenir ces choses-là.

Pourquoi les citoyens ne peuvent-ils être rassurés

sur le lendemain? Pourquoi doivent-ils craindre de

manquer du nécessaire, quand le Canada est capable

d'offrir plus qu'il ne faut pour le nécessaire à tous?

Ne serait-il pas, au contraire, logique, que leur

niveau de vie soit en rapport avec la capacité de pro-

duction de leur pays? Cette capacité de production

est loin d'être toute utilisée.

Malgré qu'une partie importante de la production

soit détournée vers d'autres fins que la satisfaction

des besoins humains, beaucoup de gens chôment,

parce qu'il y a trop de produits qui ne s'écoulent pas,

alors que les familles en ont besoin. Et parce que ces

gens chôment, ils deviennent encore moins capables

d'acheter l'abondance qui les fait chômer.

N'est-ce pas là une absurdité, en même temps

qu'une barbarie? Qu'est-ce qui empêche toute la pro-

duction possible et désirée d'être faite et d'entrer dans

les maisons où on en a besoin?

Toujours le même obstacle: un obstacle d'argent.

Et encore une fois, obstacle ni divin, ni naturel; mais

fait de main d'homme: obstacle purement artificiel.

À moins d'être l'oeuvre d'un tyran sadique, le sys-

tème d'argent ne fut pas décidé pour empêcher les

produits de passer du marchand qui veut vendre chez

la mère de famille qui veut acheter.

On ne construit pas un système de routes pour em-

pêcher de circuler, mais au contraire pour favoriser la

circulation. De même, le but d'un système d'argent sain,

c'est de favoriser la répartition et l'écoulement des pro-

duits vers les besoins, et non pas d'y mettre obstacle.

Instrument social devenu antisocial

Mais, s'il a pu être bon autrefois, notre système

d'argent n'est plus sain aujourd'hui. Il est vicié, archi-

vicié. Il a perdu sa vocation. Il est devenu une difficulté,

au lieu d'une facilité; une punition au lieu d'un service.

Ceux qui fabriquent ou suppriment l'argent, le

crédit financier, les dollars, ces individus-là exercent

un droit de régie sur la production et sur la capaci-

té de production du pays. Ils émettent, ou retirent,

selon leur jugement, ou selon leurs intérêts, l'instru-

ment qui permet d'acheter, qui permet d'amener les

produits là où sont les besoins.

En contrôlant ainsi l'argent et le crédit, ils tien-

nent nos vies dans le creux de leur main.

Puisque le dollar donne droit aux produits de n'im-

porte qui, la fabrication ou la suppression de l'argent

est une fonction de nature sociale. Cette fonction de-

vrait donc être exercée par un organisme social, et non

pas par une institution à profit. On n'accepterait pas

que la justice soit rendue par une compagnie privée,

en vue de ses propres profits. Pourquoi accepte-t-on

que le contrôle de l'argent, fonction de nature sociale,

soit entre les mains d'institutions privées existant et

fonctionnant pour leurs propres intérêts?

Ce n'est, en effet, ni vous, ni moi, ni votre maire,

pas même votre gouvernement, qui décide qu'il y aura

tant ou tant d'argent, et pas plus, en circulation. Les

gouvernements, le fédéral comme les provinciaux

ou les municipaux, nous disent tous qu'ils n'ont pas

d'autre argent que celui qu'ils obtiennent de ceux qui

en ont. Votre employeur vous dit la même chose.

Un système d'endettement perpétuel

Mais où donc commence l'argent ? Qui le met au

monde? Qui en met tant, et pas plus, en circulation?

Qui peut le rendre rare en le retirant de la circulation?

Il y a longtemps que les créditistes ont fait la

lumière sur ce prétendu mystère. Tout l'argent mis

en circulation commence lorsqu'une banque prête du

crédit financier à un emprunteur. L'emprunteur peut

être un industriel. Il peut être un corps public, un

gouvernement.

Et chaque fois que la banque prête ainsi du cré-

dit, elle oblige l'emprunteur à le rapporter à telle

date, avec de l'intérêt en plus. L'argent commence

donc sous forme de dette à rembourser; et le rem-

boursement doit être plus gros que l'emprunt.

L'emprunteur sera donc obligé de «repomper» de

la circulation, par les prix si c'est un particulier, par les

taxes si c'est un corps public, plus d'argent que son

emprunt a mis en circulation. Les prix devront donc

être grossis au delà de la valeur du produit; et les taxes

devront être grossies au delà de la valeur du service

public. On peut bien, après cela, trouver la vie chère et

les taxes lourdes.

Pour pouvoir extraire de la circulation plus d'ar-

gent que l'emprunt y a jeté, il faut que d'autre argent

soit mis en circulation à quelque part, et il l'est toujours

de la même manière: par une dette à rembourser avec

un surplus. C'est donc un système d'endettement per-

pétuel, tantôt dans un endroit, tantôt dans un autre. Il

est impossible, globalement, de rembourser plus d'ar-

gent qu'il y en a en circulation. Si quelqu'un acquitte

ses dettes au système bancaire, c'est aux dépens d'un

autre. Les dettes peuvent changer d'épaules, nomi-

nalement; mais la somme des dettes ne peut qu'aug-

menter, et c'est toujours le public qui en fait les frais,

soit en prix, soit en taxes.

Voici un grand vice du système d'argent: le contrô-

le passé à des organismes à profit (banques), et le sys-

tème d'argent devenu un système d'endettement.

Le progrès changé en punition

Un autre défaut du système d'argent, c'est qu'il ne

distribue pas toute la production, et il la répartit mal.

Ce défaut grandit avec le progrès.

Un des règlements du système, en effet, c'est que

pour obtenir du pouvoir d'achat, il faut être employé

par la production. Or, le progrès tend justement à rem-

placer l'emploi d'hommes par l'emploi de machines.

Il y a donc contradiction entre le progrès, qui produit

plus avec moins d'emploi humain, et le règlement qui

oblige à l'emploi pour avoir droit aux produits.

On essaie de remédier à la situation en créant de

nouveaux emplois; et cela conduit au matérialisme.

Ou bien on emploie les bras à la production de guerre,

qui s'écoule bien, puisqu'on la distribue gratuitement

sur la tête des autres.

Le système conduit ainsi au matérialisme et à la

guerre, au lieu de libérer les hommes et de leur per-

mettre de s'occuper librement sans avoir pour cela à

crever de faim.

L'argent serviteur: le Crédit Social

Les créditistes dénoncent cette tyrannie du sys-

tème d'argent: tyrannie de l'antisocial; tyrannie de

l'endettement; tyrannie de la privation devant des pro-

duits accumulés; tyrannie de l'embauchage à tout prix

pour des choses inutiles ou nuisibles.

Le Crédit Social offre un système financier à la

fois social, conforme aux possibilités productives

répondant à des besoins humains; système d'argent

n'endettant pas la communauté, et distribuant effica-

cement la production, sans oublier personne.

Le Crédit Social, en effet, ferait de l'argent, l'ex-

pression comptable, mathématique, exacte, de ce

qui se produit et de ce qui se détruit, puis le Crédit

Social, par son dividende à tous, garantirait à tous

une part des produits.

Le Crédit Social ne supprimerait pas les salaires

au travail dont la production a encore besoin. Mais

il introduirait en plus le dividende à tous. Et plus le

progrès diminuerait le besoin de labeur humain, plus

l'argent distribué en dividende à tous grossirait par

rapport à l'argent distribué à l'emploi.

Progrès et Crédit Social vont bien ensemble. Pro-

grès et production de paix vont bien ensemble. Loisirs

(activités libres) et Crédit Social vont bien ensemble.

Humanisme et Crédit Social vont bien ensemble. Fa-

mille et Crédit Social vont bien ensemble (un dividen-

de par personne dans la famille).

Ce qui ne va pas bien avec le Crédit Social, c'est

la tyrannie, la dictature, la domination sur les autres.

Lorsqu'une personne n'a rien, on veut la faire ramper

pour avoir de quoi à manger. Mais lorsqu'elle est as-

surée au moins du nécessaire, elle peut commencer à

relever la tête et à refuser l'asservissement. En garan-

tissant le nécessaire à tous, le Crédit Social mettrait

fin au grand esclavage moderne.

«Dictature sotte, inexplicable, inhumaine»

Louis Even

Abonnez vos amis à Vers Demain

12

VERS DEMAIN janvier-février 2015

VERS DEMAIN janvier-février 2015

www.versdemain.org www.versdemain.org

13