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n

Une économie de l’exclusion

 et l’isolement/pauvreté

22.

Dans

Evangelii Gaudium

, le pape François

nous rappelle que «l’économie, comme le dit le mot

lui-même, devrait être l’art d’assurer la bonne admi-

nistration de la maison commune, qui est le monde

entier»

(

EG

206). Les décisions prises à un endroit ont

des répercussions ailleurs, toutes les nations ont la

responsabilité de relever les grands défis mondiaux.

Le coût humain des hypothèses économiques

23. Dans le prolongement de l’enseignement so-

cial catholique, le pape François conteste les thèses

économiques dominantes, en particulier en Occident;

il le fait en introduisant des valeurs évangéliques dans

le discours économique. Notre système économique

célèbre la concurrence et le libre marché, «tout entre

dans le jeu de la compétitivité et de la loi du plus fort

[...] de grandes masses de population se voient ex-

clues et marginalisées: sans travail, sans perspectives,

sans voies de sortie [...] c’est la culture du déchet» (

EG

53).

On suppose que la croissance économique «pro-

duira nécessairement plus d’équité économique et

d’inclusion dans le monde», mais il s’agit là d’«une

confiance grossière et naïve dans la bonté de ceux

qui détiennent le pouvoir économique et dans les

mécanismes sacralisés du système économique do-

minant» (

EG

54). Le culte de l’argent, «la dictature de

l’économie sans visage et sans but véritablement hu-

main» réduisent l’individu «à un seul de ses besoins,

la consommation», engendrent l’exclusion et nient la

primauté de la personne humaine (

EG

55). Dans ce

système, «tout ce qui est fragile, comme l’environne-

ment, reste sans défense par rapport aux intérêts du

marché divinisé» (

EG

56).

24. L’économie de l’exclusion, de l’isolement et

de la pauvreté engendre une «culture du rebut» qui

«fait très mal à notre monde. On met au rebut les en-

fants, on met au rebut les jeunes, parce qu’ils n’ont

pas de travail, et on met au rebut les personnes âgées

sous prétexte de maintenir un système économique

“équilibré” au centre duquel il n’y a pas la personne

humaine, mais l’argent. Nous sommes tous appelés

à lutter contre le poison de cette culture du rebut ! »

Chrétiennes et chrétiens, avec toutes les personnes de

bonne volonté, nous «sommes appelés à construire

avec patience une société différente, plus accueillan-

te, plus humaine, plus inclusive, qui n’a pas besoin de

mettre au rebut celui qui est faible dans le corps et

dans l’esprit, au contraire, une société qui mesure son

propre pas précisément sur ces personnes».

La dignité humaine et la justice: des priorités

25. Les observations du pape sur la dignité humai-

ne et la justice reflètent l’importance que la tradition

de l’Église accorde à une «option préférentielle pour

les pauvres» et son grand respect pour la dignité du

travail humain et sa place dans le dessein de Dieu sur

la création. La dignité inhérente à chaque personne

et la recherche du bien commun devraient structurer

toutes les politiques et les systèmes économiques; ce

n’est pas seulement une question d’économie, c’est

aussi un enjeu éthique.

La justice, l’équité et le respect de chaque être

humain exigent que nous «trouvions les moyens

pour que tous puissent bénéficier des fruits de la ter-

re». (Message pour la Journée mondiale de la paix, le

1er janvier 2014.) La «destination universelle de tous

les biens» est un principe fondamental de l’enseigne-

ment social de l’Église. Tous doivent avoir «un accès

équitable aux biens primaires et essentiels dont cha-

que personne a besoin et auxquels elle a droit». En

dépit de quelques réussites dans la lutte contre la

pauvreté, «la plus grande partie des hommes et des

femmes de notre temps vivent encore dans une pré-

carité quotidienne, avec des conséquences souvent

dramatiques» alors que continue de s’élargir le fossé

entre les riches et ceux qui sont sans ressources. Le

consumérisme débridé et la consommation désor-

donnée, combinés à l’inégalité, «dégradent double-

ment le tissu social» (

EG

60).

L'économie éthique et le bien commun

26. Une réforme financière fondée sur des consi-

dérations éthiques est synonyme de «solidarité géné-

reuse»: «l’argent doit servir, et non pas gouverner»,

«les riches doivent aider les pauvres, les respecter et

les promouvoir» (

EG

58). Le pape François parle d’«une

éthique non idéologisée» qui permettrait d’instaurer

«un ordre social plus humain» (

EG

57), où le souci de

la dignité de chaque personne et la promotion du bien

commun fonderaient les prises de décisions économi-

ques (

EG

203). (...)

Une nouvelle politique économique

28. Le pape François souligne l’urgence aujourd’hui

d’une réforme économique et il affirme que cette

tâche nous revient à toutes et à tous. Il demande au

Seigneur «que s’accroisse le nombre d’hommes poli-

tiques capables d’entrer dans un authentique dialo-

gue qui s’oriente efficacement pour soigner les raci-

nes profondes et non l’apparence des maux de notre

monde» (

EG

205). L’État a un rôle vital à jouer face aux

structures sociales injustes afin de promouvoir une

conception éthique de notre vie ensemble et de favo-

riser le discours public sur le bien commun. L’Église

aussi, les laïcs en particulier, a un rôle à assumer dans

cette grande entreprise en s’engageant sur le plan

oecuménique et en collaborant avec d’autres groupes

au service du bien commun partout où c’est possible.

29. Le service du bien commun dépasse toute-

fois les collectivités et les frontières nationales. Dans

son message pour la Journée mondiale de l’alimenta-

tion en 2014, le pape François fait observer que pour

vaincre la faim, il nous faut changer le modèle des

politiques d’aide et de développement, repenser les

lois internationales sur la production et le commerce

des produits agricoles, changer «la façon de conce-

voir le travail, les objectifs, et l’activité économique,

la production alimentaire et la protection de l’environ-

nement»; il nous faut aussi «une nouvelle idée de la

coopération», qui implique les États, les institutions

internationales, les organisations de la société civile

et les communautés croyantes, afin de «construire

un authentique avenir de paix». À toutes et à tous il

demande: «Combien de temps encore continuera-

t-on de défendre des systèmes de production et de

consommation qui excluent la majorité de la popula-

tion mondiale même des miettes qui tombent des ta-

bles des riches?» (Message pour la Journée mondiale

de l’alimentation, le 16 octobre 2014.) Le moment est

venu, l’heure est arrivée d’adopter une nouvelle façon

de vivre ensemble sur cette terre.

n

Conclusion

32. Comme ses prédécesseurs, le pape François

propose aujourd’hui le message joyeux et transfor-

mateur de l’Évangile en expliquant en quoi il ouvre

une voie, une façon pour nous, personnellement et

communautairement, de faire face aux défis de notre

temps d’une manière à la fois profondément humaine

et porteuse d’espérance.

Face aux problèmes d’envergure mondiale qui

menacent de nous écraser, le Saint-Père nous appelle

à remplacer l’apathie par l’empathie, l’indifférence glo-

bale par une culture de la rencontre et par un engage-

ment éclairé pour la justice et le bien commun.

À la lecture des signes des temps, le pape Fran-

çois ne se lasse pas d’affirmer qu’il y a quelque chose

de profondément vicié dans les structures écono-

miques et les principes du marché qui condamnent

des milliards de personnes à la pauvreté, et il appelle

chacune et chacun de nous à user de créativité pour

imaginer une autre façon de structurer notre vie com-

mune, afin de donner la première place à la personne

humaine, à notre bien-être commun et à la protection

de notre monde dans nos décisions économiques et

politiques.

33. Le Canada est un grand pays, à bien des

égards l’un des plus favorisés de la planète. Mais en

écoutant le pape François se faire l’écho des paroles

de l’Évangile et de la longue tradition de l’enseigne-

ment social catholique, nous recevons une interpella-

tion aussi directe que radicale. (...) Le bien-être (ou la

détresse) de ceux et celles qui se retrouvent dans les

périphéries de nos communautés, ceux et celles qui

n’ont pas accès à l’abondance et aux avantages de la

société, sont un signe et un indicateur incontournable

de notre santé collective. Il nous faut de toute urgence

un discours public qui ouvre la voie à une société plus

juste, plus bienveillante et plus attentionnée où toutes

les races et les cultures puissent vivre dans l’harmo-

nie, une société compatissante et généreuse à la hau-

teur de la munificence que le créateur a prodiguée à

notre pays.

Par ailleurs, l’Évangile nous demande de prendre

en compte des problèmes et des besoins qui dépas-

sent ceux du pays. Les personnes à l’étranger qui

sont prises au piège de la pauvreté ou de l’injustice

sont, elles aussi, nos frères et soeurs. L’Évangile et

notre humanité commune nous appellent à regarder

par-delà les frontières, à élargir notre regard et à nous

engager au service d’un monde plus sain et plus juste.

L’Évangile nous appelle à la charité et à la justice,

à répondre aux besoins des personnes qui sont pro-

ches de nous et à chercher le moyen de contribuer

à résoudre les grands problèmes sociétaux et struc-

turels auxquels il faut remédier. Vous ne pouvez pas

aider toutes les personnes dans le besoin ni régler

toutes les injustices, mais vous pouvez cultiver une

vision évangélique du monde – un monde où «amour

et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent»

(Ps 85,10) – et vous mettre au service de cette vision

plus généreuse. Il n’est pas trop tard pour le faire, mais

le pape François nous supplie de mesurer l’urgence

d’agir: il nous confirme que Jésus nous appelle à le

faire et nous assure que l’Esprit Saint nous accompa-

gnera à chacune des étapes.

Commission épiscopale pour la justice et la paix

de la Conférence des évêques catholiques du Canada

Quatre évêques africains ont parti-

cipé à notre session d’étude à Rou-

gemont en août 2015 sur la démo-

cratie économique. De gauche à

droite: Mgr Joseph Sama, évêque de

Nouna; Mgr Justin Kientega, évê-

que de Ouahigouya; Mgr Joachim

Ouedraogo, évêque de Koudougou

– tous du Burkina Faso; Mgr Pierre-

Célestin Tshitoko Mamba, évêque de

Luebo en République démocratique

du Congo. Notez que la prochaine

session d’étude à Rougemont aura

lieu du 10 au 24 avril 2016 .

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VERS DEMAIN août-septembre 2015

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