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Le 3 septembre 2015,

la Commission épiscopale

pour la justice et la paix de la

Conférence des évêques ca-

tholiques du Canada (CECC) a

publié une nouvelle ressource

intitulée «Une Église en quête

de justice: le pape François

interpelle l'Église au Canada».

Depuis son élection comme

évêque de Rome, le Saint-Père

«confère à l'enseignement so-

cial catholique une précision et

une urgence qui en font l'un des points forts de son

pontificat jusqu'ici», écrit la Commission dans ce tex-

te, qui souligne l'intérêt et l'appel du pape François

à lutter pour la justice, et offre des questions de ré-

flexions adaptées au contexte canadien.

Vers Demain en publie ci-dessous de larges ex-

traits, car ce document résume très bien la pensée

sociale du Pape François; le document complet est

disponible sur le site Internet de la CECC (http://www.

cccb.ca/site/images/stories/pdf/184-901.pdf)

et auprès

des Éditions de la CECC. Des exemplaires peuvent

être commandés par téléphone au 1-800-769-1147,

par courriel à

publi@cecc.ca

, ou en ligne au www.edi-

tionscecc.ca.

n

Introduction

1. Quelques jours après le conclave qui l’avait

élu évêque de Rome, le pape François rencontra des

milliers de journalistes venus à Rome couvrir l’événe-

ment et leur raconta comment il avait choisi le nom de

François. Il était assis dans la chapelle Sixtine à côté

de son bon ami le cardinal Claudio Hummes tandis

qu’on dépouillait les bulletins de vote. Quand son nom

eut obtenu les deux tiers des voix, le cardinal Hum-

mes lui dit en l’embrassant: «N’oublie pas les pau-

vres!» «Et cette parole est entrée en moi: les pauvres,

les pauvres. Ensuite, aussitôt, en relation aux pauvres

j’ai pensé à François d’Assise. Ensuite j’ai pensé aux

guerres [...] jusqu’à la fin des votes. Et François est

l’homme de la paix. Et ainsi est venu le nom, dans

mon coeur: François d’Assise. [...] C’est l’homme qui

nous donne cet esprit de paix, l’homme pauvre… Ah,

comme je voudrais une Église pauvre et pour les pau-

vres ! » (Audience avec les représentants des médias,

le 16 mars 2013.)

2. Le pape François a fait plus que prendre au sé-

rieux le conseil du cardinal Hummes. Non seulement il

n’a pas oublié les pauvres, mais il nous rappelle prati-

quement tous les jours le souci constant de Dieu pour

ceux et celles qui sont pris au piège de la pauvreté,

les prisonniers, les réfugiés, les sans-emploi et tant

d’autres qui vivent à la marge et en périphérie de la so-

ciété. Premier pape venu du Sud, François a développé

sa façon d’appliquer le message de l’Évangile à la vie

quotidienne dans le réseau des bidonvilles de Buenos

Aires. C’est là qu’il a mis au point une approche pasto-

rale axée sur l’écoute et la présence, sur la simplicité

et la solidarité, sur la proclamation d’un Évangile de la

joie et sur l’accompagnement du

pueblo fiel de Dios

le peuple fidèle de Dieu – dans ses besoins.

Devenu pape, il nous inspire et nous interpelle

par son exemple personnel, peut-être même nous

inquiète-t-il un peu en revenant constamment sur les

problèmes de justice et de paix et en insistant pour

que nous les abordions. Il confère à l’enseignement

social catholique une précision et une urgence qui en

font l’un des points forts de son pontificat jusqu’ici. Il a

donc semblé important à la Commission pour la justi-

ce et la paix de la Conférence des évêques catholiques

du Canada de réfléchir au défi que nous lance le pape

François et d’amorcer notamment une discussion sur

la façon dont son enseignement en ce domaine nous

interpelle ici, au Canada.

Un Évangile qui proclame la justice

3. Le pape François estime que l’enseignement

social de l’Église – qui traite de ceux et celles qui sont

dans la pauvreté ou qui connaissent d’autres formes

de souffrance, comme aussi de l’injustice économique

ou de la guerre et de la paix – découle directement de

l’Évangile proclamé par Jésus Christ. Aussi revient-il

constamment et avec force sur la justice et la miséri-

corde dans le cadre de la fidélité au Christ.

Jésus n’a pas seulement passé tout son ministère

à tendre la main aux pauvres, il s’est aussi identifié

de manière directe et immédiate à ceux et celles qui

étaient à la périphérie, vulnérables ou dans le besoin.

«Ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits de mes

frères, c’est à moi que vous l’avez fait» (Mt 25,40; cf.

Mt 25,31-46). Par amour, Dieu se fait pauvre dans le

Christ; par l’Incarnation et la croix, Dieu embrasse la

pauvreté afin de nous embrasser dans notre dénue-

ment. Le pape François appelle cette façon d’aller aux

pauvres dans l’amour la «miséricorde première» de

Dieu. Cette attitude définit ensuite ce que Dieu attend

de nous, ce que signifie pour nous le fait de revêtir la

pensée du Christ. Le rayonnement dans la périphérie

est un élément essentiel de la proclamation de l’Évan-

gile. Plus encore, le pape François nous dit que les

pauvres, dans leurs difficultés, «connaissent le Christ

souffrant», et il nous incite à découvrir en eux le Christ

souffrant. En plus de prêter notre voix à leurs causes

et d’entrer en rapport avec eux, nous avons aussi à

apprendre d’eux, à «les écouter [...] et à accueillir la

mystérieuse sagesse que Dieu

veut nous communiquer à travers

eux» (

Evangelii Gaudium

[désor-

mais

EG

] 198).

4. Cet appel à une relation

directe, personnelle avec les pau-

vres, invite l’Église à la fois à po-

ser des gestes de charité et à agir

pour la justice, deux choses que

le pape François conçoit comme

allant de pair et inséparables. Il

conteste notre façon de donner et

il affirme que le monde doit rece-

voir de nous plus que quelques

actes de générosité sporadiques.

Il nous appelle à promouvoir

le développement intégral des

pauvres en favorisant l’accès à

l’éducation, aux soins de santé, à

l’emploi avec un salaire équitable

puis, à un autre niveau, à travailler

à éliminer les causes structurelles

de la pauvreté; mais sans jamais

négliger les petits gestes quoti-

diens de solidarité qui répondent

aux besoins réels des personnes

que nous rencontrons. Avant

tout, il nous demande de ne pas

diluer le message de l’Évangile,

si clair et si direct, si simple et si

éloquent. Par ses paroles et ses

actions, Jésus nous appelle, nous convoque au servi-

ce humble et généreux, à la justice et à la miséricorde

envers les pauvres. «Pourquoi compliquer ce qui est si

simple?», demande le pape (

EG

194).

Ni une idée ni une idéologie, mais du vrai

monde avec des besoins urgents

5. Les pauvres ne sont pas une catégorie générale,

mais de vrais êtres humains avec des besoins précis,

et le pape François sait leur donner un visage. Quand il

est allé manger avec des réfugiés palestiniens lors de

sa visite en Terre sainte, les communiqués de presse

et les reportages ont donné les noms de ces person-

nes et raconté leur histoire. Au Brésil, il est allé voir les

résidants des favelas, il a écouté leurs problèmes et

identifié leurs combats. Il a attiré l’attention sur le sort

des itinérants à Rome en les rencontrant, en les invitant

à manger avec lui et en faisant installer des douches

pour eux place Saint-Pierre. À un groupe d’étudiants il

a déclaré: «Écoutez, on ne peut pas parler des pauvres

sans avoir jamais eu d’expérience avec les pauvres»;

avant d’ajouter: «on ne peut pas parler de pauvreté,

de pauvreté abstraite, celle-ci n’existe pas ! La pau-

vreté est la chair de Jésus pauvre, dans cet enfant qui

a faim, dans celui qui est malade, dans ces structures

sociales injustes». Dans son message pour la Journée

mondiale de la jeunesse, en 2014, il nous a convo-

qués: «rencontrons-les, regardons-les dans les yeux,

écoutons-les. Les pauvres sont

pour nous une occasion concrète

de rencontrer le Christ lui-même,

de toucher sa chair souffrante».

6. En indiquant des person-

nes réelles et des situations pré-

cises, le pape François souligne

l’urgence du moment présent et

appelle une réponse énergique

et chaleureuse pour contrer la

«mondialisation de l’indifféren-

ce».

«Nous vivons actuellement

un moment de crise [...] les hom-

mes et les femmes sont sacri-

fiés aux idoles du profit et de la

consommation: c’est la culture

du rebut»

. (Audience générale, le

5 juin 2013.) S’il y a des enfants

dans plusieurs régions du monde

qui n’ont rien à manger, deman-

de-t-il, pourquoi est-ce que ça ne

fait pas la manchette, comment

pouvons-nous tolérer que des

personnes soient rejetées comme

des déchets? Comment rester

sans rien faire quand on jette de

la nourriture alors que des gens

meurent de faim? L’urgence ne

se pose pas seulement au niveau

personnel, mais aussi au niveau

structurel. Le pape François parle

de tendances qui, «si elles ne trouvent pas de bon-

nes solutions, peuvent déclencher des processus de

déshumanisation sur lesquels il est ensuite difficile

de revenir» (

EG

51). Il fait écho au diagnostic de saint

Jean-Paul II dans

Laborem Exercens

: «il y a quelque

chose qui ne fonctionne pas», un vice profond dans

les priorités de nos sociétés, dans nos structures éco-

nomiques et financières, dans notre conception de la

personne humaine. (Discours à la fondation C

entesi-

mus Annus Pro Pontifice

, le 25 mai 2013.)

L’heure est

venue, répète-t-il, de regarder les choses en face, de

nommer la réalité et de passer à l’action.

Jésus s’est identifié aux pauvres:

«Ce que vous avez fait à l’un de ces

plus petits de mes frères, c’est à moi

que vous l’avez fait» (Mt 25,40.)

C’est sur cet amour des pauvres que

nous serons jugés.

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VERS DEMAIN août-septembre 2015

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