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u

par

Alain Pilote

Réflexion, étude et action

Pour célébrer ce jubilé de la fondation

de Vers Demain, la première question à se

poser est: «Après 75 ans, Vers Demain est-il

demeuré fidèle aux buts, aux intentions de

son fondateur ?» Pour le savoir, on n’a qu’à

relire ce que Louis Even écrivait en première

page du premier numéro de Vers Demain

(daté du 1er novembre 1939, mais écrit

deux mois plus tôt), un article intitulé «On se

présente», qui explique la raison de la créa-

tion de ce nouveau périodique:

«Modestement, mais avec ténacité, Vers Demain

visera à former au sein de la masse une élite de plus

en plus nombreuse, nous l’espérons, qui, par la ré-

flexion, l’étude et l’action, déterminera de nouveaux

courants dans la marche de l’histoire. Vers Demain

veut former une élite, une aristocratie pensante de

citoyens; il la cherchera dans la grande multitude,

non seulement chez ceux qui ont bénéficié d’une

culture livresque supérieure. Une expérience de trois

ans nous convainc que le peuple est très éducable.»

De 1936 à 1939, furent publiés par Louis Even de

façon irrégulière les Cahiers du Crédit Social, et des

cercles d’étude furent aussi organisés partout dans la

province de Québec, et on visait d’abord les gens avec

beaucoup d’instruction et de diplômes. Par exemple,

Gilberte Côté, qui fut la première à se joindre à l’équipe

de Louis Even, avait six ans d’université. Tous ses amis,

compagnons et compagnes de classe, étaient deve-

nus des juges, avocats, médecins, etc. Après avoir as-

sisté pour une première fois à une assemblée de Louis

Even, elle organisa deux assemblées de 75 personnes

chacune, invitant ses amis diplômés de l’université. Ils

avaient tous compris ce que M. Even leur

avait dit, mais ils avaient surtout compris

que ça demandait du dévouement: c’est

bien de connaître le crédit social, mais il

ne faut pas garder ça pour soi, il faut le

faire connaître aux autres. Alors, pas un de

ces anciens universitaires ne s’est mon-

tré aux assemblées suivantes. Ils avaient

compris qu’il fallait se dévouer, et cela, ça

les intéressait beaucoup moins... (Bien sûr,

il y eut des exceptions, comme Maitre J.

Ernest Grégoire, maire de Québec, député

et brillant avocat, mais la règle générale

demeure que les gens plus instruits cher-

chent plutôt à se servir qu’à servir les autres...)

M. Even continue dans son article:

«Si le peuple

est resté dans l‘ignorance quasi complète des grands

problèmes politiques, économiques et sociaux, c’est

parce qu’on ne lui a pas fourni l’occasion de les abor-

der ou qu’on les lui a présentés sous une forme inin-

telligible, à dessein parfois pour l’éblouir et lui infli-

ger l’acceptation silencieuse des pires absurdités.»

Il existe certaines personnes dont on pourrait croi-

re que leur devise est: «Pourquoi simplifier les cho-

ses quand on peut les compliquer». Par exemple, des

économistes ou des journalistes vont vous enfumer et

vous embrouiller avec des discours tellement savants

que vous allez conclure: «Il a étudié cela, ça doit être

vrai, puisqu’il le dit, même si je n’ai rien compris du

tout.» Leur but est justement de ne pas être compris,

de maintenir les gens dans la brume et dans l’ignoran-

ce. On ne veut pas que les gens comprennent le sys-

tème financier actuel, mais en réalité, il n’y a justement

rien à y comprendre, c’est un mensonge, une fraude

monumentale: on prétend nous prêter de l’argent,

alors qu’en réalité on nous prête une dette.

L’objectif de M. Even était tout à fait le contraire,

il cherchait à simplifier, vulgariser les choses le plus

possible, pour les mettre à la portée de tous, même

des moins instruits. Par exemple, tous peuvent com-

prendre la fable de «L’Ile des naufragés» de Louis Even,

qui explique la création de l’argent. C’est tout à son

honneur de s’être assuré d’être compris par le peuple.

Le don de soi

Ce qui fait la force de Vers Demain, pourquoi il

existe depuis 75 ans, c’est le don de soi. Le fait que

Vers Demain existe depuis 1939 sans annonce publici-

taire est déjà remarquable – pratiquement aucun jour-

nal ne peut subsister sans annonces payées – mais

ce qui fait sa véritable force, c’est que des gens se

dévouent dans ce mouvement, qu’ils acceptent d’être

des apôtres, des pèlerins qui vont porter de maison en

maison le message de Vers Demain.

Durant la session d’étude, nous avons mentionné

cette phrase de Jean-Paul II (tirée de son encyclique

Sollicitudo rei socialis

) qui parle de «structures de

péché» qui peuvent être résumées en deux points:

la soif de profit et le désir d’imposer sa volonté aux

autres — ce qui désigne très bien l’attitude des grands

financiers internationaux. Et Jean-Paul II explique que

pour vaincre ces attitudes de péché, il faut une attitude

diamétralement opposée; c’est-à-dire qu’à l’égoïsme

des banquiers, il faut opposer la vertu contraire, le don

de soi, le dévouement. C’est ce qui se fait dans Vers

Demain depuis 75 ans.

Un autre miracle de Vers Demain, c’est notre ré-

seau de circulaires (tirés à part de Vers Demain). Il y a

quelques années, on est même allé jusqu’à imprimer

et distribuer plus de 30 millions de circulaires gratuite-

ment à travers le monde, grâce à nos bienfaiteurs, qui

sont essentiellement des gens du peuple, pas les plus

riches. Depuis le début, Mme Côté-Mercier était en

charge de l’administration de Vers Demain, mais à un

certain point, vers la fin des années 1940, les dépen-

ses dépassaient de beaucoup les revenus. Elle a dit à

saint Joseph: «Je vous remets tout entre les mains, je

vous confie les finances de Vers Demain.» Et depuis

ce temps-là, il n’y a plus jamais eu de problème, c’est

vraiment saint Joseph qui est le pourvoyeur.

L’illusion d’un «parti du crédit social»

Bien des obstacles ont été suscités par les finan-

ciers pour bloquer la progression de Vers Demain, et

le plus dommageable de ces stratagèmes des finan-

ciers fut sans nul doute la création de «partis du crédit

social». Bien des gens ont faussement cru que la façon

la plus rapide d’obtenir le crédit social, c’était de for-

mer un parti politique portant ce nom. Loin de faire

avancer la cause du vrai crédit social, la création de

ces «partis du crédit social», tant au niveau provincial

que fédéral, l’a plutôt retardé, ne faisant que semer la

division et fermer les esprits à une vraie compréhen-

sion des idées de C.H. Douglas.

Pour obtenir l’application du crédit social, point

n’est besoin d’envoyer des députés d’un parti en parti-

culier au parlement: Douglas et Louis Even expliquent

que la vraie démocratie, c’est que les élus, peu impor-

te leur parti, expriment la volonté du peuple. Donc ce

qu’il faut, c’est l’éducation du peuple.

L’éducation du peuple

Si la solution n’est connue que par le dirigeant de

la nation, il suffit d’éliminer cette personne, et on n’en-

tend plus parler de la solution. Mais si la solution est

connue par une multitude d’hommes et de femmes,

on ne peut pas les tuer tous ! En d’autres mots, on

peut tuer une personne ou un président (Lincoln aux

États-Unis, Sankara au Burkina Faso) mais on ne peut

pas tuer une idée, surtout quand cette idée est répan-

due dans la tête de millions de gens.

Ce qui fait la force des financiers, c’est l’ignorance

du peuple. Durant la session d’étude précédant ce

congrès, on a souvent cité ces paroles du prophète

Osée (4, 6): «Mon peuple se meurt par manque de

connaissance.» Et on connaît aussi ces paroles de

Jésus dans le Nouveau Testament: «La vérité vous

rendra libre» (Jean 8, 32). M. Even avait dit: «Le crédit

social a été une lumière sur mon chemin. Je bénirai le

bon Dieu tous les jours de ma vie d’avoir connu le cré-

dit social; il faut que le monde entier le connaisse ! »

M. Even aurait pu aussi dire: «C’est très beau le

crédit social, mais je n’ai pas le temps de m’occuper

de ça. Je vais laisser ça (la tâche de le faire connaître)

à un autre...» Voyez-vous, si M. Even avait agi de la

sorte, aucun de nous ne serait ici à ce congrès, et il

n’y aurait pas de Vers Demain. Ça montre toute la dif-

férence qu’une seule personne peut faire, quand cette

personne est décidée. Il y a de la place pour chacun

de vous dans cette armée des Pèlerins de saint Michel,

chaque personne est importante, chaque personne

peut faire une différence.

Les 75 ans de Vers Demain

L’éducation du peuple et le don de soi

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Bannière de notre congrès 2014, avec le thème pour cette année, tiré de l’exhortation apostolique

du Pape François. Au milieu, la Maison Saint-Michel à Rougemont, siège social de Vers Demain.

Alain Pilote

rédacteur

Les fondateurs de Vers Demain:

Louis Even, Gilberte Côté et Gérard Mercier

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VERS DEMAIN octobre-novembre-décembre 2014

VERS DEMAIN octobre-novembre-décembre 2014

www.versdemain.org www.versdemain.org

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