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Rendre à la population la

commande de son propre bien

par

Louis Even

Propriétaire ou vassal ?

Le propriétaire d’une maison qui ne pourrait entrer

dan

s son logis ni en sortir à son gré, qui devrait cha-

que fois aller en demander la clef à une agence privée

et payer pour l’avoir, serait-il vraiment propriétaire ?

S’il ne pouvait labourer son champ, ni l’ensemencer,

ni récolter, sans d’abord en solliciter la permission

de l’agence privée, n’obtenant cette permission que

moyennant des paiements souvent impossibles, son

titre de propriétaire serait vide de sens; il serait bien

plutôt le vassal de l’agence privée.

Dans l’article précédent, «La mobilisation du crédit

pour la production», nous avons démontré comment

la production du pays est un bien national, un bien

communautaire. Douglas l’appelle crédit réel du pays,

ce qui donne confiance de pouvoir vivre en ce pays.

Ce crédit réel est d’autant plus grand que le pays

est capable de fournir plus facilement, plus promp-

tement, plus complètement, les biens qui répondent

aux besoins, privés et publics, de la population.

Mais cette capacité de production, ce bien com-

munautaire, fruit de la vie en société, des richesses

naturelles et des connaissances acquises et transmi-

ses d’une génération à l’autre, ne peut être utilisée

sans mettre en oeuvre des activités très diverses; et

l’instrument pour le faire, c’est l’argent. L’argent, ou

le crédit financier, est, disions-nous, la clef, ou le bou-

ton, ou la manette de contrôle qui permet de mettre en

marche la machine productrice en lui disant quoi faire.

Or, la population du pays n’a point la maîtrise de

cette manette. Elle est contrainte, soit de laisser sa

capacité de production partiellement inutilisée en

face de besoins non satisfaits, soit de demander et

payer une agence privée la permission de s’en servir.

Elle ressemble donc bien au propriétaire de la mai-

son ou du champ dont il est parlé plus haut. Elle est

vassale d’une agence privée, du système bancaire,

puisque c’est dans le système bancaire que com-

mence l’argent, et qu’il n’en sort pas sans endetter

ceux qui l’utilisent pour produire.

Propriété variée, bien national

Des moyens de production peuvent être proprié-

té individuelle, ou coopérative, ou de compagnie,

ou de corps publics, ou de toute forme juridique de

propriété et de gestion que l’on voudra. Mais quel

qu’en soit le propriétaire, il resterait bien impuissant

s’il ne pouvait compter sur d’autre production que la

sienne propre. La machine moderne de production

est d’un fonctionnement essentiellement coopératif.

Son fonctionnement est subordonné à la vie en so-

ciété, à la corrélation d’activités diverses, et même à

l’existence de consommateurs sans lesquels aucune

production n’a plus sa raison d’être.

C’est ce caractère communautaire qui fait du cré-

dit réel un crédit vraiment social, qui doit donner à la

population le droit de mobiliser sa capacité de pro-

duction pour répondre à ses besoins. Et la commu-

nauté n’est pas une simple abstraction: ce sont tous

les citoyens qui la composent. A ce titre même, ils

doivent pouvoir passer des commandes à la capacité

de production de leur pays. Tous doivent obtenir une

part de ses fruits:

«L’économie nationale, fruit de l’activité d’hom-

mes qui travaillent unis dans la communauté natio-

nale, ne tend pas à autre chose qu’à assurer sans in-

terruption les conditions matérielles dans lesquelles

pourra se développer pleinement

la vie individuelle

des citoyens

» — (Pie XII, Radio-message du 1er juin

1941.)

A qui le contrôle du crédit ?

Puisque le crédit financier, l’argent, est l’instru-

ment reconnu pour passer les commandes à la pro-

duction, l’argent doit être la chose de la communauté

et de ses membres, tout comme l’est la capacité na-

tionale de production.

Qui doit posséder ce moyen de passer des com-

mandes à la production? — Ceux qui ont des be-

soins, puisque le but propre de la production est de

satisfaire les besoins.

Il y a les besoins privés et les besoins publics.

Les commandes pour les besoins privés, doi-

vent venir des particuliers eux-mêmes, des person-

nes, des familles. Ce n’est ni au gouvernement, ni à

d’autres corps publics, de décider ce que les indivi-

dus doivent demander en fait de nourriture, de vête-

ments, de logement, de soins médicaux. Ce sont les

individus eux-mêmes qui connaissent mieux leurs

propres besoins.

Pour les besoins publics, les commandes doivent

venir des corps publics mandatés à cette fin, chacun

dans sa juridiction propre.

Par un système monétaire bien ordonné

La capacité de production du pays, bien commu-

nautaire, doit être mise en quelque manière au ser-

vice de tous, sans être monopolisée par personne.

C’est à la société qu’il appartient d’établir un ordre à

cette fin, un ordre monétaire, puisque c’est l’argent

qui est le moyen de passer une commande à la pro-

duction.

Cela veut dire que chaque citoyen, à seul titre de

membre de la société, doit être pourvu en perma-

nence d’un certain montant d’argent lui permettant

d’exprimer à la production ce qu’il veut d’elle. Le sys-

tème producteur le lui fournira; et chaque personne

contribuera ainsi à orienter la production du pays

vers la satisfaction des besoins de ceux qui y vivent.

Quel montant ? — Dans un pays comme le Ca-

nada, capable de satisfaire plus que les besoins es-

sentiels de toute sa population, le montant statutaire-

ment attribué à chacun devrait être suffisant pour lui

permettre de se procurer au moins les biens essen-

tiels. Ce devrait même être bien davantage, pour qu’il

puisse effectivement «développer pleinement sa vie

individuelle».

Et c’est à l’individu d’utiliser, selon sa volonté pro-

pre, ce revenu garanti que les créditistes appellent

dividende national. Dividende, pour bien démontrer

que c’est la part légitime due à chacun, comme cohé-

ritier d’un grand capital commun devenu le facteur

prépondérant de la production moderne.

Pour les besoins publics, les corps publics tirent

leurs créances sur la capacité de production du pays

du droit qui leur en est conféré à titre de mandatai-

res du public. Il est clair que la capacité de produc-

tion affectée aux biens publics ne peut pas être en

même temps employée à fournir des biens privés.

C’est pourquoi les citoyens doivent pouvoir, par leurs

représentants, décider ce que sera cette partie. Le

décider, non pas en fonction de taxes, ni d’emprunts,

mais en fonction de l’urgence des projets publics et

des possibilités productives disponibles.

Où prendre l’argent ?

On nous objectera sans doute: «Fort bien, tout

cela; mais où prendre l’argent pour fournir ainsi aux

citoyens, à chaque citoyen, et aux corps publics, le

moyen de mobiliser, selon leurs besoins, la capacité

de production du pays?»

Réponse: «À un organisme monétaire national en

accord avec la capacité nationale de production.»

L’organisme producteur fournit les biens; l’orga-

nisme monétaire doit fournir le moyen de financer la

production et la distribution de ces biens.

Une mentalité à corriger

Pour corriger ces conditions, il faut commencer

par se faire une autre mentalité que celle qui prévaut

aujourd’hui au sujet de l’argent.

On a fait de l’argent un système de pouvoir au

lieu d’un système de service. Une chose sacrée de-

vant laquelle il faut s’incliner, dût-on en souffrir ou en

mourir; alors que c’est une simple comptabilité qui

devrait refléter fidèlement les réalités de la produc-

tion et de la consommation.

On est venu à considérer l’argent comme la ri-

chesse, alors que ce n’est rien en soi. Tout l’argent du

pays pourrait être brûlé ce soir, sans diminuer d’un

iota la richesse du pays. Tandis que si vous brûlez une

forêt, vous détruisez de la richesse. Il suffira d’une dé-

cision pour remplacer l’argent disparu. Mais il faudra

soixante à cent ans pour remplacer la forêt disparue.

Trois livres sur le Crédit Social

Pour étudier la cause de la crise financière

actuelle, nous vous offrons ces livres à un

prix spécial, en incluant les frais postaux:

Démocratie économique en 10 leçons: 12.00$

Sous le Signe de l’Abondance: 25.00$

Régime de Dettes à la Prospérité: 10.00$

Nouveau livre de Louis Even

«Une lumière sur mon chemin»

Ce livre de 250 pa-

ges contient la trans-

cription d’une trentaine

de causeries données à

la radio par Louis Even

au début des années

1960, sur la démmocra-

tie économique (crédit

social). Prix par la pos-

te: 15 dollars.

En ajoutant 5 dol-

lars, obtenez un CD avec

plus d’une centaine de

causeries (fichiers audio

MP3) de Louis Even et

de Gilberte Côté-Mer-

cier, y compris les cau-

series incluses dans le

livre, et aussi des ré-

flexions d’évêques, pour

pour un total de plus de

80 heures d’écoute.

Publié par les Pèlerins de saint Michel

«Une

lumière

sur mon

chemin»

«Une lumière sur mon chemin»

Causeries de Louis Even

sur la démocratie économique

Publiépar lesPèlerinsde saintMichel

1101, ruePrincipale

Rougemont,QC,Canada J0L 1M0

site

internet:www.versdemain.org

ISBN 978-2-9810896-8-7

C’esten1934queLouisEven

pris connaissance providentiel-

lement d’un petit fascicule de

96 pages, intitulé

From Debt to

Prosperity

(duRégimededettes

à la prospérité)qui lui a fait voir

la cause de la fameuse crise

économique et le génial moyen

d’y remédier.

La cause est lemanqued’un

petit instrument, un ticket, d’un

permis que l’on nomme argent.

Les produits étaient en surabondance, mais pas

d’argent pour les acheter et l’humanité entière souf-

frait.

En lisant ce petit livre, Louis Even s’est exclamé:

«Une lumière sur mon chemin. Il faut que tout le

monde en soit éclairé!»

Ces lumineuses propositions venaient d’un ingé-

nieur, et expert comptable écossais, le Major Clifford

Hugh Douglas qui, en 1917 avait fait l’étude du sys-

tèmemonétaireetenavaitdécouvert

lesdéfauts.Et

il

enproposa les corrections. Sonpremier livreportait

le titre

Economic Democracy

. Ces propositions mis-

es en application ferait de l’argent un instrument au

service de la p rsonne humaine, et non la personne

humaineauservicede l’argent.LouisEvenaconsacré

entièrement lesquarantedernièresannéesdesavieà

propager cette lumière.

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VERS DEMAIN octobre-novembre-décembre 2014

VERS DEMAIN octobre-novembre-décembre 2014

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