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Le Crédit Social, économie de santé

Découvert par Clifford Hugh Douglas

Louis Even l’a expliqué et enseigné

par

Louis Even

Des lecteurs nouveaux de Vers Demain peuvent

être intrigués par les idées, neuves pour eux, qu’ils y

trouvent en matière économique, surtout en ce qui

se rapporte à la finance. Idées qui tout de même leur

paraissent logiques, et dont l’application mettrait du

soleil dans la vie. Mais d’où sortent donc ces théories,

si différentes de la pratique d’aujourd’hui ? Ce «Cré-

dit Social», terme complètement absent des manuels

d’étude courants? Serait-ce une trouvaille des rédac-

teurs du journal Vers Demain?

Non. Vers Demain met certaine-

ment beaucoup de ferveur à répandre

ce qu’il considère comme une révéla-

tion lumineuse: une découverte venue

à point pour solutionner la plupart des

problèmes d’ordre économique et so-

cial qui angoissent notre monde, alors

que l’immense progrès actuel devrait

lui ouvrir des horizons radieux. Mais

Vers Demain n’est point l’auteur de

cette révélation.

C. H. Douglas

A l’origine du Crédit Social, il y

a un nom. Le nom d’un homme de

génie. Un Écossais: Clifford Hugh

Douglas.

De sa profession, Douglas était

ingénieur. Un ingénieur brillant, qui

se vit confier des projets importants. Il fut, en Inde,

ingénieur-en-chef de reconstruction pour la British

Westinghouse Company; en Amérique du Sud, ingé-

nieur-en-chef de la compagnie ferroviaire Buenos-

Aires & Pacific Railway; à son retour en Angleterre,

ingénieur d’un chemin de fer électrique tubulaire pour

le bureau de postes de Londres; puis, pendant la pre-

mière guerre mondiale, assistant-directeur de l’Avion-

nerie Royale de Farnborough.

Douglas fut aussi un expert en comptabilité des

prix de revient. C’est d’ailleurs en cette qualité que

le gouvernement britannique recourut à ses services

pour dépister et corriger des irrégularités dans les

états financiers de l’avionnerie de Farnborough.

Douglas n’a jamais porté le titre d’économiste, ce

qu’il aurait d’ailleurs considéré comme une injure, vu

le monument d’erreurs basé sur des pré-conceptions

fausses dans l’enseignement économique des facultés

qui décernent les diplômes. Et pourtant, Douglas fut en

réalité le plus grand économiste de tous les temps, par

son diagnostic du vice majeur de notre économie et

par les propositions qu’il a formulées pour y remédier.

Aristotélicien en philosophie, Douglas considère

les diverses fonctions de l’économie en rapport avec

leurs fins propres, et il y subordonne des moyens ap-

propriés. Il le fait en ingénieur, proposant des voies

à la fois droites, simples et potentiellement efficaces.

Avec le respect absolu des lois naturelles et morales:

il existe un ordre, un «canon», dit-il, dont on ne peut

impunément violer les lois. Avec aussi le souci de pré-

server la liberté et la responsabilité de

l’individu et de rétablir chaque per-

sonne dans ses droits. Les institutions

de tout ordre, politique, économique,

social, doivent servir l’individu, et non

pas le dominer ou l’étouffer, ni entra-

ver sa liberté de choix ou lui dicter

son mode de vie.

Ces principes et ces égards pour

la personne ne préoccupent guère, ou

point du tout, le monopole actuel du

crédit, ni les géants industriels que ce

monopole a engendrés ou gratifiés.

L’application des simples propositions

financières présentées par Douglas

casseraient vite ce monopole. Elles

mettraient le crédit financier au servi-

ce des compétences. Graduellement,

et rapidement, l’embauchage mas-

sif et dépersonnalisant pourrait faire

place à des associations libres assumant la responsa-

bilité de fournir les produits et les services répondant

aux besoins de la population. L’individu retrouverait la

liberté d’accepter ou de refuser sa participation per-

sonnelle à toute entreprise sollicitant son concours.

Le monopole de l’argent et du crédit et ses féaux

ont vite flairé là une menace à leur situation privilé-

giée, situation qu’ils tiennent tant à conserver, si mal-

saine soit-elle pour la communauté. Aussi ont-ils mis

en oeuvre leurs puissantes influences sur les moyens

de diffusion, sur les gouvernements, sur les institu-

tions, sur les hommes en position dans le système,

pour boycotter l’enseignement de Douglas. Conspira-

tion du silence, d’abord; puis fausse présentation des

théories de Douglas pour les discréditer; puis confu-

sion jetée dans les esprits, avilissement du terme

«Crédit Social», en poussant des ambitieux à en faire

la désignation d’un vulgaire parti politique.

Mais Douglas a laissé des écrits, et fait des disci-

ples dans plusieurs pays, dont le Canada, au Canada

français notamment: ses disciples continuent de ré-

pandre son enseignement. L’accumulation des mau-

vais fruits d’un système malsain, ne peut manquer de

forcer les gouvernements à admettre, en traînant et à

contrecoeur peut-être, mais à admettre quand même

des assertions de Douglas contre lesquelles s’élevait

toute la cohorte des économistes officiels. Ainsi, le

mythe de l’étalon-or a disparu des monnaies nationa-

les, et le rôle monétaire de l’or va en baissant même

sur le plan international. Et qu’a-t-on fait de cette autre

vieille branche sacrée, l’équilibre des budgets natio-

naux? Il a bien fallu passer outre à cette prétendue

nécessité, enseignée comme une question de vie

ou de mort par les économistes orthodoxes. Si l’on

n’avait pas eu recours aux budgets déséquilibrés, on

aurait tué toute vie économique avec le présent sys-

tème financier.

Quand ils sont mal pris, les gouvernements em-

pruntent ainsi quelque chose à Douglas. Mais en le

mettant dans la casserole du système, comme dans le

cas du budget, avec Keynes comme cuisinier. Et à cau-

se de cette cuisine, au lieu d’une expression financière

de la réalité, on a une création de richesse publique

exprimée en augmentation de la dette publique. C’est

pourquoi les disciples de Douglas doivent savoir dis-

cerner: ne pas prendre pour du Crédit Social authenti-

que n’importe quelle mesure de sécurité sociale adop-

tée pour atténuer des situations trop inculpantes.

Un calmant peut soulager un malade souffrant,

mais cela n’est pas équivalent de guérison. Le sys-

tème actuel peut bien recourir à des pilules, mais il

reste malade. Le Crédit Social créerait une économie

de santé, et c’est infiniment mieux.

C’est pendant la première guerre mondiale que

l’ingénieur C. H. Douglas, disposant déjà d’expérien-

ces rencontrées au cours de ses travaux en Inde et

ailleurs, explora attentivement le secteur financier du

système économique, en découvrit les failles et éla-

bora des mesures appropriées pour le conduire à l’ac-

complissement de sa fonction propre. Ce travail fut

complété en 1917, et les premiers écrits de Douglas

sur ce sujet parurent en 1918, sous forme d’articles

dans des revues et des pages économiques de jour-

naux; puis dans un livre,

Economic Democracy

, dont

la première édition parut en 1919. D’autres ouvrages

suivirent: livres et brochures; conférences en Angle-

terre, en Australie, au Japon, en Suède, au Canada,

Douglas mourut en la fête de saint Michel Archange,

le 29 septembre 1952.

Le crédit

Le Crédit Social n'est point une pure fabrication de

l'esprit reposant sur de l'irréel. C'est le fruit de décou-

vertes faites et analysées par un esprit supérieur.

Douglas a su découvrir des faits et des vices dans

les rouages du système capitaliste actuel; des vices

inhérents à la comptabilité pourtant exacte du sys-

tème de prix, et aussi des vices tenant à l'oubli ou

à la perversion des fins dans les fonctions économi-

ques. Il a su examiner en quoi ces vices nuisent au

bon fonctionnement de l'organisme économique et

social. Il a su en tirer des conclusions, puis indiquer

comment assainir le capitalisme. Comment en faire

un merveilleux serviteur des individus comme de la

collectivité, un enrichissement et une libération pour

tous, au lieu de chercher des solutions dans un socia-

lisme fabien ou marxiste, tyrannique, avilissant et dé-

cevant pour les populations qui lui sont assujetties.

Citons quelques-unes de ces découvertes qui ont

conduit Douglas à l'énoncé de ses propositions dites

du Crédit Social.

La première touche au crédit. Au cours d'exécu-

tions de projets dont il eut la charge comme ingé-

nieur, il s'était plus d'une fois fait dire de suspendre

les travaux à cause de manque de crédit. Des réali-

sations physiquement très faciles, dont la population

avait grand besoin, devaient rester en panne, non pas

par manque de bras ou manque de matériaux, mais

par simple manque d'argent. Cela n'était certainement

pas bien intelligent. Et qu'était-ce donc que cet argent

dont la présence ou l'absence conditionnait la vie des

hommes, tout comme s'il s'agissait d'inévitables phé-

nomènes de la nature?

Douglas découvrit bien vite que pratiquement

tout l'argent dont dépend la vie économique n'est

que pures inscriptions de montants inscrits dans les

grands-livres des banques, au crédit d'emprunteurs.

Non pas de l'argent palpable, mais des crédits qui

Clifford Hugh Douglas

1879-1952

Douglas a su découvrir des faits et des

vices dans les rouages du système capitaliste

actuel. Il a su en tirer des conclusions, puis

indiquer comment assainir le capitalisme,

pour en faire un merveilleux serviteur des

individus comme de la collectivité, au lieu

de chercher des solutions dans un socialisme

marxiste tyrannique.

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VERS DEMAIN mars-avril 2014

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