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Le 75e anniversaire de Vers Demain

Et les 80 ans de l’oeuvre unique de Louis Even

par

Alain Pilote

C’est en septembre 1939 que paraissait le premier

numéro de «Vers Demain», fondé par Louis Even et

Gilberte Côté. Il y a donc 75 ans que les «Pèlerins de

saint Michel» ou «Bérets Blancs» parcourent les routes

du Canada et du monde entier pour aller porter à la

population le message de «Vers Demain».

Si ce journal vous tombe sous les yeux pour la

première fois, la seule lecture des titres vous apprend

qu’il n’est point un journal rapportant le résultat des

dernières joutes de baseball ou des combats de boxe,

ni le troisième divorce ou le quatrième mariage d’une

vedette de Hollywood, ni les hold-ups de banques ou

les fusillades dans les bars. Ce journal n’est point non

plus un étalage des «meilleures marchandises aux

plus bas prix» des grands magasins et super-marchés,

car il ne contient aucune annonce publicitaire.

Non. D’un simple coup d’oeil, vous avez remar-

qué que ce journal parle de questions d’argent, et de

religion. Pourquoi parler de ces deux choses, et non

pas uniquement de religion ou de questions d’argent ?

Tout simplement parce que nous avons un corps et

une âme, que nous avons à la fois des besoins spiri-

tuels et des besoins temporels.

Le but du journal Vers Demain est très simple: pro-

mouvoir le développement d’un monde meilleur, une

société plus chrétienne, par la diffusion et l’application

de l’enseignement de l’Église catholique romaine —

et cela dans tous les domaines de la vie en société,

spécialement en économique — et dénonçant, par le

fait-même, tout ce qui va à l’encontre des principes

catholiques. Promouvoir un monde meilleur: c’est

précisément pour cette raison que les fondateurs du

journal l’appelèrent «Vers Demain»: ils voulaient tra-

vailler à bâtir un demain meilleur qu’aujourd’hui.

Certaines personnes peuvent se demander pour-

quoi Vers Demain insiste toujours sur la question de

l’argent. Louis Even écrit: «

C’est parce que tous les

problèmes économiques, et presque tous les problè-

mes politiques, sont surtout des problèmes d’argent.

Nous ne prétendons jamais que la question moné-

taire soit la seule à régler, la seule qui doive nous

occuper. Pas même que ce soit la question la plus

élevée. Mais c’est la plus pressée, parce que tout le

reste se heurte à un problème d’argent.»

Considérez tous les différents problèmes qui af-

fectent la société actuellement, et vous verrez qu’ils

sont pratiquement tous liés à une question d’argent:

les employés du secteur public ou privé qui réclament

des hausses de salaires, les gouvernements qui es-

saient de réduire leurs déficits et leurs dettes en cou-

pant dans les services et en augmentant les taxes et

impôts; les compagnies qui licencient leurs employés

pour réduire leurs coûts, les familles qui ont de la dif-

ficulté à joindre les deux bouts, etc.

C’est pour ces raisons que Louis Even décida, en

1934, de propager la doctrine du Crédit Social (

appelée

aussi démocratie économique, pour éviter la confusion

avec d’anciens partis politiques

) — un ensemble de prin-

cipes et de propositions financières conçus en 1917 (et

énoncés pour la première fois en 1918) par l’ingénieur

écossais Clifford Hugh Douglas, pour régler le problème

du manque chronique de pouvoir d’achat entre les mains

des consommateurs. Les mots «crédit social» signifient

argent social — ou argent national, un argent émis par la

société — en opposition à l’argent actuel qui est un «cré-

dit bancaire» — un argent émis par les banques.

Lorsque Louis Even découvrit la grande lumière

du Crédit Social en 1934, il comprit immédiatement

jusqu’à quel point cette solution appliquerait à mer-

veille l’enseignement de l’Église sur la justice socia-

le — surtout en ce qui concerne le droit de tous aux

biens matériels, la distribution du pain quotidien à

tous, par l’attribution d’un dividende social à chaque

être humain.

De plus, les mots «crédit social» signifient la

confiance qu’on puisse vivre en société, qu’il existe

un minimum d’ordre qui nous permette d’échanger

des produits et de circuler librement sans risque de se

faire attaquer sur la rue, ou de se faire voler par son

voisin. Sans respect de l’ordre moral — sans religion

— toute vie en société est impossible, c’est le désor-

dre, la révolution et l’anarchie.

u

Entrée du siège social de Vers Demain

à Rougemont. Avec l’apparition de Vers

Demain et des Pèlerins de saint Michel,

c’est un véritable «institut» de formation

à la justice sociale et à l’apostolat que

Louis Even fonda en 1939.

Voici le premier article du premier numéro

de Vers Demain, daté du 1er novembre 1939,

mais publié en septembre précédent, dans le-

quel Louis Even explique quel sera l’objectif de

cette nouvelle publication:

VERS DEMAIN salue le public

lecteur.

Que vient faire ce nouveau venu

dans un aujourd’hui chargé de dé-

sarroi, de haines, de défiances, de

désunion, de misères, de mécon-

tentement, de chaos, de désordre?

Est-ce à demain qu’on peut penser

au milieu de tant de problèmes qui

réclament des solutions immédia-

tes?

VERS DEMAIN vient d’abord

rappeler qu’aujourd’hui n’est que

le lendemain d’hier et que, si nous

nous débattons dans la confusion,

c’est qu’hier l’humanité n’a pas

su s’orienter vers un demain qui est devenu

l’aujourd’hui.

Mais constatation, regrets, lamentations ne

mènent à rien si l’on continue dans la même

passiveté. L’homme est un être raisonnable et

libre mais s’il abdique l’usage de sa raison et

de sa liberté il souffre de conditions qui l’atro-

phient.

Modestement, mais avec ténacité, VERS

DEMAIN visera à former au sein de la masse

une élite de plus en plus nombreuse, nous l’es-

pérons, qui, par la réflexion, l’étude et l’action,

déterminera de nouveaux courants dans la

marche de l’histoire.

VERS DEMAIN veut former une élite, avons-

nous dit, une aristocratie pensante de citoyens;

mais il la cherchera dans la grande multitude,

non seulement chez ceux qui ont bénéficié

d’une culture livresque supérieure. Une expé-

rience de trois ans nous convainc que le peu-

ple est très éducable. S’il est resté dans l‘igno-

rance quasi complète des grands problèmes

politiques, économiques et sociaux,

c’est parce qu’on ne lui a pas fourni

l’occasion de les aborder ou qu’on

les lui a présentés sous une forme

inintelligible, à dessein parfois pour

l’éblouir et lui infliger l’acceptation

silencieuse des pires absurdités.

VERS DEMAIN est un journal

d’opinion. Pas révolutionnaire,,

mais dégagé de certaines formules

conventionnelles qu’on s’est accou-

tumé à considérer comme des dog-

mes en politique et en économie.

Aussi ne se gênera-t-il point pour

dénoncer les non-sens de la politi-

que de partis, de la haine des clas-

ses, de le restriction de la production devant

d’immenses besoins, de la rareté d’argent en

face de montagnes de biens, du renversement

de l’ordre plaçant la fin comme moyen et le

moyen comme fin.

Ce n’est pas VERS DEMAIN qui prêchera

la patience et la résignation. Nous faisons nô-

tre la remarque de Jacques Maritain que «le

chrétien, à vrai dire, n’est jamais résigné. Sa

conception de la cité vise de soi un aménage-

ment de la vallée de larmes procurant un bon-

heur terrestre, relatif mais réel, de la multitude

assemblée.»

Louis Even

On se présente

Louis Even

1885-1974

«Le crédit social a été

une lumière sur mon

chemin», dit Louis Even.

«Je dois le faire con-

naître à tout le monde.»

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VERS DEMAIN mars-avril 2014

VERS DEMAIN mars-avril 2014

www.versdemain.org www.versdemain.org

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