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L’Organisation des Nations unies pour l’alimen-

tation et l’agriculture (FAO), dont le siège social est

à Rome, a rapporté, le 11 septembre 2013, qu’un

tiers de tous les aliments produits dans le monde

est gaspillé, pour une valeur de 750 milliards de

dollars par année. Ironie du sort, ce rapport insistait

surtout sur le problème de pollution créé par cette

nourriture jetée:

les déchets alimentaires nuisent à

l’environnement en pro-

voquant des émissions

de carbone inutiles.

Le

rapport déplorait égale-

ment le fait que 30% des

terres agricoles ainsi que

de vastes quantités d’eau

ont été gaspillés en raison

de ce problème. Étrange-

ment, ce même rapport a

fait très peu mention du

problème des personnes

souffrant de la faim dans

le monde.

Selon certaines statistiques, il faudrait seulement

une petite fraction des 750 milliards de dollars en nour-

riture gaspillée pour nourrir les 870 millions de person-

nes qui souffrent de la faim chaque jour dans le monde

entier. Pourquoi, alors, n’y a-t-il pas de tollé général exi-

geant une juste distribution de plus de 1,3 milliard de

tonnes de nourriture gaspillées chaque année?

Ce paradoxe du manque de nourriture, d’une part,

et le grave gaspillage de la nourriture, de l’autre, illus-

tre le véritable problème:

le manque d’argent (pou-

voir d’achat) dans les mains de ceux qui ont faim!

On

confond les moyens avec la fin. On a oublié le vrai but

de l’économie, qui est de satisfaire les besoins de la

population ! Le pape Pie XII déclarait, dans son radio-

message du 1er Juin 1941: «Les biens créés par Dieu

l’ont été pour tous les hommes, et doivent être à la

disposition de tous, selon les principes de la justice et

de la charité». Par conséquent , le véritable problème

auquel nous sommes confrontés est celui de la distri-

bution.

Comme Louis Even l’a écrit: «Joindre les biens

aux besoins — voilà le but, la fin de la vie économi-

que. Si elle fait cela, la vie économique atteint sa fin.

Si elle ne le fait pas ou le fait mal et incomplètement,

la vie économique manque sa fin ou ne l’atteint que

très imparfaitement... En termes crus, on pourrait donc

dire que l’économique est bonne, qu’elle atteint sa fin,

lorsqu’elle est assez bien ordonnée pour que la nourri-

ture entre dans l’estomac qui a faim; pour que les vête-

ments couvrent les épaules qui ont froid; pour que les

chaussures viennent sur les pieds qui sont nus; etc.»

Le but de l’économie n’est pas seulement de

produire des biens, mais de s’assurer que ces biens

sont utiles et répondent à des besoins. Et pour que

ces biens ne restent pas sur les tablettes, mais soient

consommés par ceux qui en ont besoin, les gens ont

besoin d’argent pour acheter ces biens.

Le principe de subsidiarité et le dividende

Dans sa première lettre encyclique

Deus Caritas

Est

(Dieu est Amour), le Pape Benoît XVI a écrit: «Dans

la famille de Dieu, per-

sonne ne doit souffrir par

manque du nécessaire...

Le but d’un ordre social

juste consiste à garantir à

chacun, dans le respect du

principe de subsidiarité,

sa part du bien commun».

C’est pourquoi il est néces-

saire de changer le systè-

me économique actuel.

Quand Notre-Seigneur

a accompli le miracle de la

multiplication des pains et des poissons, il nous mon-

trait qu’Il est celui qui donne tout. Il crée ce que nous

produisons et nous dit de le distribuer. «Donnez-leur

vous-mêmes à manger» (Marc 6, 37). Le Pape François

déclarait, lors d’une audience sur la place Saint-Pierre le

5 juin 2013: «Le système continue comme avant, parce

que ce qui prime, parce que ce qui domine, ce sont

les dynamiques d’une économie et d’une finance sans

éthique. Ce qui commande aujourd’hui, ce n’est pas

l’homme, c’est l’argent, l’argent, le gain commande.

Et Dieu notre Père a donné le devoir de garder la terre

non pas à l’argent, mais à nous: aux hommes et aux

femmes. Nous avons ce devoir ! »

C’est précisément l’objectif d’une économie de

crédit social: que l’argent devienne un instrument

dans les mains des citoyens qui leur permettra d’obte-

nir les biens nécessaires.

Saint Louis IX, roi de France, disait: «Le premier

devoir d’un roi est de frapper l’argent lorsqu’il en man-

que pour la bonne vie économique de ses sujets».

Comment cela peut-il être fait ? Louis Even a cette so-

lution: «L’argent doit donc être mis au monde à mesu-

re que le rythme de la production et les besoins de la

distribution l’exigent. Mais à qui appartient cet argent

neuf en venant au monde? — Cet argent appartient

aux citoyens eux-mêmes. Pas au gouvernement, qui

n’est pas le propriétaire du pays, mais seulement le

gardien du bien commun. Pas non plus aux compta-

bles de l’organisme monétaire national: comme les ju-

ges, ils remplissent une fonction sociale et sont payés

statutairement par la société pour leurs services.»

«De l’argent nouveau doit être créé, puis distri-

bué, par un dividende national à chaque citoyen, de

la conception jusqu’à la mort naturelle, pour qu’il

puisse acheter les produits qui existent et satisfaire ses

besoins essentiels. Chaque homme, femme et enfant,

indépendamment de l’âge, recevrait son héritage pro-

venant du progrès et des richesses naturelles. Ce ne

serait pas un paiement pour un travail accompli, mais

plutôt un dividende à chaque personne, représentant

sa part dans un capital commun. Tout comme existe la

propriété privée, il existe aussi des biens communau-

taires, que tous possèdent au même titre. L’argent doit

servir, et non mener».

Un problème qui se pose dans notre économie

aujourd’hui, c’est que les producteurs et les détaillants

perdent souvent de l’argent lorsque les prix sont trop

bas. Les producteurs préfèrent que la production soit

gaspillée, ou même détruite, plutôt que de vendre leurs

produits à perte.

La solution proposée dans une économie du Crédit

social serait plutôt de donner un rabais au consomma-

teur, puis de compenser le détaillant. C’est ce qu’on ap-

pelle l’escompte compensé, qui serait fait par un Office

national du crédit. Ce serait une véritable démocratie

économique, puisque le consommateur aurait alors as-

sez d’argent pour voter pour les marchandises dont il a

besoin, ce qui permet en même temps de favoriser les

petites entreprises, les exploitations agricoles familiales

et les artisans locaux.

Oui, ce gaspillage de la nourriture de la planète doit

cesser, mais pas au détriment des pauvres ! Comme

nous l’avons vu dans le miracle des pains et des pois-

sons, Notre-Seigneur nous a montré que les ressour-

ces de la terre sont un don de Dieu. Ce don doit être

apprécié et respecté, pas gaspillé ! Notre-Seigneur Lui-

même, après avoir dit aux apôtres de distribuer, leur a

demandé de ramasser les restes: «Et l’on ramassa les

morceaux de pain qui restaient, de quoi remplir douze

paniers, ainsi que les restes des poissons» (Marc 6, 43).

La nourriture qui n’avait pas été consommée n’avait pas

non plus été gaspillée ! Elle devait avoir été recueillie

afin de nourrir les autres, ceux qui n’ont pas eu la chan-

ce d’être là, sur cette colline cet après-midi là. «Lorsque

l’on jette de la nourriture, c’est comme si l’on volait la

nourriture à la table du pauvre, à celui qui a faim!» dé-

clarait le Pape François le 5 juin 2013.

Pour plus de renseignements, veuillez lire les cha-

pitres 5 et 6 dans le livre d’Alain Pilote, L

a démocra-

tie économique expliquée en 10 leçon

s, disponible sur

notre site internet:

www.versdemain.org

.

Yves Jacques

Résoudre le problème de la faim par le Crédit Social

Voici des extraits du message du Pape François

pour la Journée mondiale de l’alimentation, le 16

octobre 2013, adressé à M. José Graziano da Silva,

directeur général de la FAO (Food and Agriculture

Organization):

C’est un scandale que la faim et la malnutrition

soient encore présentes dans le monde ! Il ne s’agit

pas seulement de répondre aux urgences immédiates,

mais d’affronter ensemble, à tous les niveaux, un pro-

blème qui interpelle notre conscience personnelle et

sociale, pour parvenir à une solution juste et durable.

Que personne ne soit contraint d’abandonner sa terre

et son milieu culturel par manque de moyens essen-

tiels de subsistance ! (...)

La faim et la dénutrition ne

peuvent jamais être considérées comme un fait nor-

mal auquel on s’habitue, comme si cela faisait partie

du système.

Quelque chose doit changer en nous-

mêmes, dans notre mentalité, dans nos sociétés. Que

pouvons-nous faire? Je pense qu’un pas important

est de renverser avec fermeté les barrières de l’indi-

vidualisme, de la fermeture sur soi, de l’esclavage du

profit à tout prix et cela non seulement dans les dyna-

miques des relations humaines, mais aussi dans les

dynamiques économico-financières mondiales. (...)

Le thème choisi par la FAO pour la célébration

de cette année porte sur «Des systèmes alimentaires

durables au service de la sécurité alimentaire et de

la nutrition». Il me semble y lire une invitation à re-

penser et rénover nos systèmes alimentaires, dans

une perspective solidaire, en dépassant la logique

de l’exploitation sauvage de la création et

en orien-

tant mieux notre engagement à cultiver et protéger

l’environnement et ses ressources pour garantir la

sécurité alimentaire et pour nous diriger vers une

nutrition suffisante et saine pour tous.

Cela entraî-

ne une interrogation sérieuse sur la nécessité de

modifier concrètement nos styles de vie, y compris

alimentaires, qui, dans de si nombreuses régions

de la planète, sont marqués par le consumérisme,

le gâchis et le gaspillage de nourriture. Les chiffres

fournis à ce sujet par la FAO indiquent qu’environ un

tiers de la production alimentaire mondiale est indis-

ponible à cause de pertes et de gaspillages toujours

plus vastes. Il suffirait de les éliminer pour réduire de

manière drastique le nombre de personnes souffrant

de la faim. Nos parents nous apprenaient la valeur

de ce que nous recevons et de ce que nous avons,

considéré comme un précieux don de Dieu.

Mais le gaspillage de nourriture n’est qu’un fruit

parmi d’autres de cette « culture du rebut » qui conduit

souvent à sacrifier des hommes et des femmes aux

idoles du profit et de la consommation; un triste si-

gnal de cette « mondialisation de l’indifférence », qui

nous fait lentement nous « habituer » à la souffrance

de l’autre, comme si elle était normale.

Le Pape François

La faim ne peut jamais être considérée comme un fait normal

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VERS DEMAIN mars-avril 2014

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