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circulent par le moyen de chèques, transférant des

montants d'un compte à un autre. Pourquoi donc li-

miter la libération de ces crédits quand il ne manque

que cela pour la mise en marche de la capacité de

production en réponse à des besoins réels?

Puis, Douglas ne prit pas de temps à constater que

la base réelle de tout argent, de métal, de papier ou

de simples écritures, est la capacité de production du

pays. La base d'or ne saurait avoir aucun sens. Quand

on veut produire du pain, on ne creuse pas la terre

en recherche d'un métal quelconque, on laboure un

champ et on y sème du blé.

Et puisque la base du crédit financier, la capacité

de production est aujourd'hui presque illimitée, au

moins pour répondre aux besoins d'un niveau de vie

bien convenable pour tous, il est injustifiable, odieux,

criminel, de restreindre le crédit financier pour la

mise en oeuvre de ces possibilités de production tant

qu'elles ne sont pas épuisées ou tant que ces besoins

ne sont pas satisfaits.

Capital réel social

Considérant ensuite les facteurs de cette immen-

se capacité moderne de production, il saute aux yeux

qu'elle est de plus en plus redevable à l'emploi de ma-

chines de plus en plus perfectionnées, et de moins en

moins à l'emploi de labeur humain. Le plus grand capi-

tal réel de la production, ce n'est pas l'argent, de quel-

que nature qu'il soit, c'est bien la machinerie, c'est bien

le progrès réalisé à travers les siècles. Progrès accéléré

surtout depuis deux cents ans, quand la force motrice,

de la vapeur d'abord, remplaça les bras humains, le che-

val, le moulin à vent et le moulin à eau pour actionner

les machines. On entrait dans l'ère de la motorisation,

qui s'est rapidement étendue depuis, avec les moteurs

électriques et les moteurs à explosion. Et l'on est main-

tenant rendu au seuil de l'ère de l'automatisation.

Mais ce progrès, cette succession d'inventions,

de perfectionnements techniques, n'aurait jamais eu

lieu sans la vie en société, en une société ordonnée,

permettant la division du travail, la spécialisation, la

recherche, la transmission du savoir acquis. Aucun

vivant actuel ne peut prétendre être, plus qu'un autre,

le propriétaire de ces acquêts communautaires hérités

des générations précédentes. Tous les membres de la

société en sont au même titre cohéritiers; donc tous

doivent en tirer quelque avantage. En limiter les béné-

fices seulement aux bailleurs de fonds monétaires et

employés, qui mettent en rendement ce grand capital

commun, c'est une injustice envers le reste de la com-

munauté des cohéritiers.

Dividende social à tous

C'est de cette considération que Douglas tire sa pro-

position d'un dividende périodique à tous, qu'ils soient

ou non employés dans la production. Le progrès, bien

public prenant de plus en plus de place dans la produc-

tion, et les effectifs humains de moins en moins, le pou-

voir d'achat doit être composé de plus en plus de ces

dividendes à tous et de moins en moins des salaires à

l'emploi. Douglas précise: proportion croissante en di-

videndes et décroissante en salaires, dans la mesure où

augmente la capacité de production par heure-homme.

Pour la bonne raison que cette augmentation est le fruit

du progrès (capital commun), et non pas le fruit d'un

plus grand effort des employés.

Voilà qui frappe en plein front le règlement finan-

cier qui veut que toute distribution de pouvoir d'achat

soit liée à la participation à la production. Voilà aussi

qui déqualifie la prétention à des hausses de salaires,

rémunération de l'effort, alors que l'effort diminue en

intensité et en durée.

Le fait que le crédit financier est basé sur la capa-

cité de production, et que la capacité de production

est due en grande partie à un héritage communau-

taire, suggère l'attribution d'un statut de capitaliste

à tout membre de la société: capitaliste dès sa nais-

sance et jusqu'à sa mort. Les modalités d'application

dans la pratique sont des détails à adapter au style

économique courant dans le pays qui adopte cette

philosophie de la distribution.

Vers Demain a souvent traité de ce dividende à

tous et le fera encore. Mais qu'on nous permette ici

une remarque. Douglas a étudié la situation économi-

que, tiré des conclusions et cherché des solutions. Il l'a

fait en réaliste, avec logique et, nous l'avons dit, avec

respect de la dignité, de la liberté et de la responsa-

bilité de l'individu. En présentant ses principes, il ne

s'est point référé à ce que nos sociologues catholiques

appellent la doctrine sociale de l'Église (Douglas était

lui-même de l'Église anglicane, quoique très respec-

tueux de l'enseignement catholique). Mais c'est tout

de même l'application du Crédit Social de Douglas qui

permettrait le mieux la réalisation de bien des points

de la doctrine sociale de l'Église.

Qu'on pense seulement au cas fait aujourd'hui

de la fonction sociale de la propriété privée. Qui s'en

soucie? Elle est pourtant plus pertinente que jamais,

dans un monde où se rétrécit le nombre de proprié-

taires des moyens de production, et où seulement

8 personnes sur 20 peuvent tirer du pouvoir d'achat

de l'emploi dans la production. Le dividende social à

tous et à chacun ne garantirait-il pas automatique-

ment le reversement à chaque personne des fruits de

l'entreprise privée?

Il ne faut pas s'étonner que le Crédit Social de

Douglas se prête mieux aux principes d'une écono-

mie juste et humaine, parce que le présent organisme

économique est vicié par un système financier de la

vie économique; or Douglas rejette impitoyablement

cette fausseté. L'accord avec les faits, la vérité, est plus

apte que le mensonge à mettre l'économie en rapport

avec des principes naturels, humains et chrétiens.

Droit fondamental réalisé

Rappelons ici ces lignes du Pape Pie XII, extraites

de son célèbre message de Pentecôte 1941:

«Les biens créés par Dieu l'ont été pour tous les

hommes et doivent être à la disposition de tous, se-

Vers Demain publié en quatre langues

Saviez-vous que Vers Demain est publié en quatre langues

— français, anglais, espagnol et polonais? Ils sont tous publiés

en format magazine. Si vous connaissez quelqu’un qui peut lire

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nada et les États-Unis, ou 20 euros pour 2 ans pour l’Europe).

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Vers Demain, 1101 rue Principale,

Rougemont, QC, J0L 1M0, Canada; Tel.: 1 (450) 469-2209

(pour l’adresse pour les autres pays, voir en page 2)

lon les principes de la justice et de la charité. Tout

homme en tant qu'être doué de raison, tient en fait

de la nature le droit fondamental d'user des biens

matériels de la terre, quoiqu'il soit laissé à la volonté

humaine et aux formes juridiques des peuples de ré-

gler plus en détail la réalisation pratique de ce droit».

Douglas ne se prévaut pas de ce texte; mais le dé-

veloppement de sa thèse l'amène au même point: cha-

que personne attitrée à une part des biens matériels

que peut procurer l'économie du pays. Et son méca-

nisme du dividende périodique à chaque citoyen, qu'il

déclare pouvoir être capable de garantir au moins le

nécessaire pour vivre, présente une magnifique «for-

me juridique pour la réalisation pratique de ce droit».

Dividende qui ne s'accompagne d'aucune condi-

tion harassante, qui n'oublie personne, qui ne punit

personne, qui ne lèse les intérêts légitimes de per-

sonne. A comparer avec le pataugeage des gouver-

nements, et de leurs chirurgies fiscales, pour tâcher

de masquer des plaies nauséabondes sans vouloir

toucher au système financier cancéreux qui les cause.

Les prix

Douglas a écrit que toute réforme financière qui

ignorerait la question des prix serait vouée à l'échec.

Et, en effet, quand bien même une réforme augmen-

terait les revenus des consommateurs, à quoi ça servi-

rait-il si les prix montent simultanément? Ce ne serait

pas plus intelligent que les hausses de salaires suivies

de hausses de prix ou de hausses de taxes. Le pouvoir

d'achat est composé de deux éléments: l'argent entre

les mains de l'acheteur et les prix exigés par le ven-

deur. C'est le rapport entre les deux qui compte.

L'idéal, c'est le rapport d'égalité: 1 contre 1, 5

contre 5, etc. Et c'est justement une des propositions

de Douglas:

«Que les moyens de paiement (cash

credits) entre les mains de la population d'un pays

soient, en tout temps, collectivement égaux au mon-

tant collectif des prix des biens consommables mis

en vente dans ce pays».

C’est la technique de l’escompte compensé, qui

sera expliquée dans d’autres numéros de Vers De-

main.

Louis Even

Alors que la plupart des écono-

mistes ne pensent qu’en termes

d’argent, Douglas, dans sa for-

mation d’ingénieur, pense plutôt

en termes de réalités: l’argent

est le signe qui doit refléter les

réalités, et l’être humain doit

passer avant l’argent.

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VERS DEMAIN mars-avril 2014

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