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Le 5 juin 2014, le projet de loi 52,

appelé «Loi concernant les soins de fin

de vie», était adopté par les députés de

l’Assemblée nationale (parlement de la

province de Québec): 94 députés ont

voté en faveur de la loi (dont tous les

députés du Parti Québécois et de la

Coalition Avenir Québec), et 22 dépu-

tés libéraux (sur les 70 députés du parti

au pouvoir) ont voté contre. (9 députés

étaient absents lors du vote,)

Cette nouvelle loi autorise toute

personne qui se qualifie à demander et à

obtenir la mort sur demande par un mé-

decin. Au lieu d’utiliser les mots «eutha-

nasie» et «suicide assisté», la loi parle

plutôt d’«aide médicale à mourir», mais

la démarche est exactement la même:

une injection qui donne la mort.

Comme l’écrit le réseau citoyen

Vivre dans la dignité, «désormais, au

Québec, le fait qu’un médecin tue une

personne à sa demande pour mettre un

terme à sa souffrance, plutôt que de la

soulager, sera considéré comme un soin de santé. À

quelques exceptions près, nos élus ont en outre choisi

d’ignorer que le Québec n’a pas compétence pour dé-

criminaliser l’euthanasie. Tuer un patient, même à sa

demande, n’est pas un soin; c’est un homicide interdit

par le Code criminel canadien.»

En définissant l’euthanasie comme étant un

«soin de santé», qui est de juridiction provinciale, le

gouvernement québécois essaie de contourner l’in-

terdiction du code criminel, mais les opposants ont

justement dit qu’ils contesteront cette loi devant la

Cour suprême du Canada, car donner la mort ne peut

en aucun cas être qualifié de soin.

Couillard ressuscite le projet de loi

Ce projet de loi 52 avait passé tout près d’être

adopté sous le gouvernement péquiste de Pauline

Marois en mars dernier, mais le déclenchement des

élections provinciales avait empêché la tenue d’un

vote final. Le chef libéral Philippe Couillard avait insisté

pour que tous ses députés qui voulaient s’exprimer

sur le projet de loi puissent le faire, ce

qui était tout à fait une procédure nor-

male, mais qui a fait en sorte le projet de

loi tombe à l’eau, faute de temps, et était

techniquement mort .

Le jour des élections, le 7 avril, le

Parti québécois a subi une dégelée his-

torique, et ce sont les libéraux de Philip-

pe Couillard qui ont pris le pouvoir, avec

70 députés. Les Québécois avaient clai-

rement dit non au Parti Québécois de

Pauline Marois, non seulement à cause

de la soi-disant charte des valeurs, mais

aussi en raison du projet de loi 52 sur

l’euthanasie.

Or, à la surprise générale, une fois

élu majoritaire, Philippe Couillard an-

nonçait le 22 mai qu’il allait représenter

au parlement le projet de loi 52 tel qu’il

était lors du déclenchement des élec-

tions, sans aucun amendement, et que

ce projet devait devenir loi avant la fin

de la session parlementaire le 13 juin.

Il ressuscitait donc des morts un projet

de loi qui était inacceptable pour lui tout juste avant

les élections. Voilà une volte-face qui peut être faci-

lement être qualifiée de trahison... ou de couardise..

Les gens ont voté libéral, mais c’est comme si c’était

le PQ qui était resté au pouvoir !

On a ainsi vu une situation inédite: le projet de loi

52 réintroduit conjointement par le ministre de la santé

libéral Gaétan Barrette, et l’ancienne ministre péquiste

responsable du dossier, Véronique Hivon. Péquistes

et libéraux travaillant main dans la main pour hâter la

légalisation de l’euthanasie.

Selon les procédures parlementaires, réintroduire

le projet de loi tel qu’il était au moment du déclenche-

ment des élections nécessite le consentement unani-

me de tous les députés de l’Assemblée nationale, tous

partis confondus. Or, le ministre de la Santé, Gaétan

Barrette, affirmait ce jour-là que le vote libre ne s’ap-

pliquerait qu’au vote en troisième lecture et non à la

motion de réintroduction. Et il ajoutait que le projet de

loi serait présenté sans aucun amendement, ni même

ceux proposés par le Parti Libéral alors qu’il était dans

l’opposition et qui avaient été battus par la majorité

péquiste.

Vision étrange: l’ancienne ministre péquiste Véro-

nique Hivon et le ministre libéral Gaétan Barrette en-

semble pour présenter de nouveau le projet de loi sur

«l’aide à mourir». Comme dirait l’autre, «On n’a pas

voté pour ça...»

Autrement dit, ceux qui auraient voulu s’opposer

à la réintroduction de ce projet de loi sur l’euthanasie

auraient été expulsés de leur parti. C’était donc un vote

libre... qui ne l’était pas tout à fait. Il existait réellement

un acharnement à passer cette loi coûte que coûte,

malgré l’opposition d’une grande partie de la popula-

tion, et des médecins s’occupant des soins palliatifs,

c’est-à-dire ceux qui sont justement en première ligne

pour s’occuper des personnes en fin de vie.

Les dés étaient pipés, la loi

devait passer. Est révélateur

à ce sujet ce qu’a dit avant le

vote final au parlement le dé-

puté libéral de Laurier-Dorion,

M. Gerry Sklavounos

(photo)

:

«C’est une obligation pour

moi de pouvoir m’exprimer

sur ce sujet avant qu’on puisse

voter... J’ai siégé à cette com-

mission itinérante. J’ai fait le

tour, j’ai écouté les citoyens et je suis retourné avec les

collègues en essayant d’écrire des recommandations.

À un moment donné, je me suis rendu compte que le

courant en faveur de l’aide médicale à mourir était fort,

que j’étais contre le courant et que je risquais d’être

emporté par le courant. J’ai choisi à ce moment-là de

ne plus participer, de démissionner en quelque sorte

de cette commission au lieu de signer des recomman-

dations avec lesquelles je n’étais pas d’accord...

«J’ai réfléchi, j’ai lu, j’ai écouté, j’ai consulté. Je ne

peux d’aucune façon considérer l’acte de provoquer

la mort comme un soin. Lorsque j’ai des questions dif-

ficiles de ce genre-là, lorsque je suis confronté à des

questions difficiles, je retourne aux sources, à mes

origines, dont je suis fier, M. le Président. Permettez-

moi de faire juste une citation. Je ne vais pas en faire

d’autres. Le reste, ça va être dit très personnellement :

«Je ne remettrais pas à personne une drogue

mortelle si on me la demandait, ni ne prendrais

l’initiative d’une telle suggestion».

«Évidemment, ce ne sont pas mes mots. Ce sont

les mots du père de la médecine, comme il est sou-

vent mentionné, Hippocrate, cinq siècles avant Jésus-

Christ. Mais, lorsque je retourne à ces sources et lors-

que je réfléchis, c’est quoi un soin? On soigne pour

guérir. On soigne pour aider une personne à être plus

confortable. On soigne pour enlever des symptômes.

Je ne peux pas considérer l’acte de provoquer la mort

comme un soin. Un soin se passe durant une vie en

essayant de l’améliorer. Provoquant le mort, c’est l’ar-

rêt des soins, c’est l’arrêt des efforts, c’est la fin du

processus de la vie. Et, pour moi, ça ne peut en aucun

temps être un soin...

«La base, la première règle d’une société, je pen-

se que c’est le premier commandement aussi, ça fait

longtemps que je ne les ai pas regardés, c’est de ne

pas tuer, ne pas enlever la vie. C’est ce que le droit

criminel gère. Et ce n’est définitivement, pour moi, pas

un soin.»

Réaction des évêques du Québec

Le 13 mai 2014, en la fête de Notre-Dame de

Fatima, Mgr Pierre-André Fournier, archevêque de

Rimouski et président de l’Assemblée des évêques

catholiques du Québec, écrivait la lettre suivante:

«Le nouveau gouvernement du Québec a fait

connaître son intention de remettre à l’ordre du jour de

l’Assemblée nationale un projet de loi sur les « soins

de fin de vie » qui permettrait aux médecins de prati-

quer l’euthanasie. Un tel projet de loi aurait des consé-

quences graves et néfastes pour l’avenir du Québec.

«Faire mourir n’est pas un soin. Les expressions

mourir dans la dignité

et

aide médicale à mouri

r

em-

ployées pour qualifier une injection mortelle sèment

la confusion et induisent en erreur. Il s’agit purement

et simplement d’euthanasie.

«Nous comprenons, bien sûr, l’angoisse et la peine

de tous ceux et celles qui ont entendu un proche récla-

mer la mort pendant une difficile agonie. Personne ne

peut rester insensible à cette détresse. Mais la vraie

réponse de la médecine et de la société à cette situa-

tion, ce sont les soins palliatifs: ils sont la meilleure

façon de soulager la souffrance de la personne appro-

chant de la fin de sa vie et de l’aider à vivre cette étape

ultime avec humanité et dignité.

«Les soins palliatifs ont fait leurs preuves. Nous

avons au Québec toutes les compétences et toute

l’expérience nécessaires pour les implanter dans

toutes nos régions. C’est ce que nous espérons de

l’Assemblée nationale: que le Québec se dote d’une

politique sur les soins palliatifs et sur leur accessibilité

universelle.

«Prions donc pour nos députés, afin que chacun

et chacune sache ouvrir son coeur et sa conscience à

5 juin 2014: jour sombre pour le Québec

Le Parlement québécois légalise l’euthanasie

Cette loi va à l’encontre du code criminel canadien

Et du Commandement de Dieu «Tu ne tueras pas»

La mort sur demande

bientôt dans un

hôpital près

de chez vous...

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VERS DEMAIN mai-juin-juillet 2014

VERS DEMAIN mai-juin-juillet 2014

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