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sur-le-champ. Isidore reçoit de nombreux coups d’un

fouet en peau d’hippopotame garni de clous, qui lui

arrachent la peau et entament la chair. Lors du procès

de béatification, en 1913, les témoins parleront d’au

moins deux cents coups. Il est ensuite entraîné, in-

conscient, jusqu’en prison, où il reste pendant quatre

jours, sans soins et sans nourriture, les pieds serrés

dans deux anneaux métalliques fermés avec un cade-

nas et reliés à un énorme poids.

Qu’as-tu fait ?

À ce moment parvient à Ikili la nouvelle de l’arrivée

d’un inspecteur de la S.A.B. Pris de panique, Van Cau-

ter fait transporter Isidore à Isako pour le dissimuler.

Mais Isidore échappe à son bourreau et bientôt il est

découvert par un Africain qui le conduit dans son pro-

pre village. C’est là qu’un géologue allemand employé

par la S.A.B., le docteur Dörpinghaus, le trouve et ten-

te de le soigner. Le corps d’Isidore n’est qu’une plaie;

ses os, mis à nu, le font énormément souffrir. «Je vis

un homme, témoignera Dörpinghaus, le dos labouré

de plaies profondes... s’aidant de deux bâtons pour

s’approcher de moi, rampant plutôt que marchant.

J’interroge le malheureux: “Qu’as-tu fait pour mériter

une telle punition? ” Il me répond qu’étant catéchiste

de la mission catholique des Trappistes de Bamanya,

il avait voulu convertir les travailleurs de la factorerie

et c’est pour cela que le Blanc l’avait fait fouetter avec

une lourde cravache garnie de clous pointus.»

Mais l’infection est devenue irréversible: une sep-

ticémie se déclare et on conduit Isidore chez un cousin

à Busira, pour y recevoir des soins. Les 24 et 25 juillet,

deux Pères trappistes viennent lui administrer les der-

niers sacrements: Confession, Onction des malades et

Communion. Isidore pardonne à ses bourreaux et prie

pour eux. «Père, dit-il à l’un des missionnaires, je ne

suis pas fâché. Le Blanc m’a frappé, c’est son affaire. Il

doit savoir ce qu’il fait. Bien sûr, au Ciel je prierai pour

lui.» Le 15 août, les chrétiens du lieu se réunissent

devant la maison où gît le mourant; celui-ci rayonne

de joie de pouvoir s’unir à la communauté pour louer

Marie dans le mystère de son Assomption au Ciel. Au

grand étonnement de tous, il se lève et fait quelques

pas, en silence, le chapelet à la main; puis il se recou-

che, entre en agonie et s’éteint, le scapulaire au cou.

Le 7 juin 1917, sa dépouille est transportée dans

l’église paroissiale de l’Immaculée-Conception de

Bokote. Le 24 avril 1994, pendant l’assemblée spé-

ciale du synode des évêques pour l’Afrique, le Pape

Jean-Paul II béatifie Isidore Bakanja, qui sera proclamé

Patron des laïcs de la République démocratique du

Congo en 1999.

Un second privilège

Parmi les nombreuses faveurs spirituelles accor-

dées à ceux qui portent le scapulaire, le «privilège

sabbatin» tient une place éminente. Son origine est

la «Bulle sabbatine» que le Pape Jean XXII aurait

accordée en 1317, après avoir été favorisé d’une vi-

sion de la Bienheureuse Reine du Carmel. La Sainte

Vierge promettait au Saint-Père de délivrer du purga-

toire, le samedi après leur mort, ceux qui porteraient

son scapulaire.

Deux conditions étaient fixées pour

bénéficier de cette nouvelle promesse: l’observation

par les confrères du scapulaire de la chasteté de leur

état (complète dans le célibat, et conjugale dans le

mariage) et la récitation du bréviaire (ou du petit Of-

fice de la Sainte Vierge). En imposant le scapulaire,

les prêtres ont le pouvoir de commuer l’obligation un

peu difficile de réciter le bréviaire, en prescrivant par

exemple, à sa place, la récitation quotidienne du cha-

pelet. L’autorité de l’Église a maintes fois confirmé de

la manière la plus formelle le contenu de cette bulle,

à savoir le «privilège sabbatin». Peu d’indulgences ont

reçu des approbations pontificales aussi nombreuses

et aussi solennelles.

À la veille de sa mort, un vendredi soir, saint Jean

de la Croix rappelait avec complaisance «comment la

Mère de Dieu du Carmel, au jour du samedi, accourait

avec son secours et sa faveur au purgatoire, et com-

ment Elle sortait de là les âmes des religieux ou des

personnes qui avaient porté son saint scapulaire». Le

scapulaire n’est cependant pas une «assurance-salut»

qui dispenserait de se sanctifier et d’obéir aux com-

mandements de Dieu, comme si le pécheur, après

avoir reçu le scapulaire, pouvait se livrer en parfaite

sécurité à tous les péchés en se disant: «Puisque je

porte le scapulaire, je suis sûr de ne pas être damné».

Celui qui abuserait ainsi de la dévotion à la Sainte

Vierge serait indigne de ses faveurs; il compterait bien

En 2001, l'Ordre des Carmes célébrait le 750ème

anniversaire de la remise du Scapulaire par Marie à

saint Simon Stock, en 1251. Pour l'occasion, le Pape

Jean-Paul II avait écrit une lettre aux supérieurs de

l'Ordre du Carmel, dont voici des extraits:

La forme plus authentique de la dévotion à la très

sainte Vierge, exprimée par l'humble signe du Sca-

pulaire, est la consécration à son Cœur immaculé.

C'est ainsi que dans notre cœur se réalise une com-

munion et familiarité croissante avec la sainte Vierge,

«comme une nouvelle manière de vivre pour Dieu et

de continuer ici sur terre l'amour que Jésus son Fils

porte à Marie sa Mère».

Avec le temps, par la diffusion de la dévotion du

saint Scapulaire, ce riche patrimoine marial du Car-

mel est devenu un trésor pour toute l'Église. Par sa

simplicité, par sa valeur anthropologique et par son

rapport avec le rôle de Marie envers l'Église et l'huma-

nité, cette dévotion a été profondément et largement

reçue par le peuple de Dieu, jusqu'à trouver une ex-

pression dans la mémoire du 16 juillet, présente dans

le Calendrier liturgique de l'Église universelle.

Le Scapulaire est un habit

Le signe du Scapulaire met en évidence une syn-

thèse efficace de spiritualité mariale, qui nourrit la

dévotion des croyants, en les rendant sensibles à la

présence aimante de la Vierge Marie dans leur pro-

pre vie. Le Scapulaire est essentiellement un «habit».

Celui qui le reçoit est agrégé ou associé à un degré

plus ou moins intime à l'Ordre du Carmel, dédié au

service de Notre Dame pour le bien de toute l'Église

(cf. Formule de l'imposition du Scapulaire). Celui qui

revêt le Scapulaire est ainsi introduit dans la terre du

Carmel pour «en goûter les fruits et la beauté» (cf. Jér

2,7) et expérimenter la présence douce et maternelle

de Marie, dans l'engagement quotidien de revêtir in-

térieurement le Christ Jésus et de le manifester vivant

en soi pour le bien de l'Église et de toute l'humanité.

La protection continuelle de Marie

Le signe du Scapulaire évoque donc deux véri-

tés: d'une part, la protection continuelle de la très

sainte Vierge, non seulement au long de la vie mais

aussi à l'heure du trépas vers la plénitude de la gloire

éternelle; d'autre part, la conscience que la dévotion

à Marie ne peut se limiter à des prières et des hom-

mages en son honneur en certaines circonstances,

mais doit constituer un «habit», c'est-à-dire une ma-

nière habituelle et permanente de conduite chrétien-

ne, tissée de prière et de vie intérieure, grâce à la pra-

tique fréquente des Sacrements et l'exercice concret

des œuvres de miséricorde spirituelle et corporelle.

Ce faisant le Scapulaire devient signe d'«alliance» et

de communion réciproque entre Marie et les fidèles:

il traduit de manière concrète le don que Jésus fit

sur la croix à Jean en lui confiant sa Mère, et en lui à

nous tous, et le don qu'il fit à sa Mère en lui confiant

l'apôtre bien-aimé et nous-mêmes, la constituant ain-

si notre Mère spirituelle.

«Je porte, moi aussi, le Scapulaire»

Les témoignages de sainteté et de sagesse de

tant de Saints et de Saintes du Carmel, qui ont gran-

di à l'ombre tutélaire de la Mère, sont un splendide

exemple de cette spiritualité mariale, qui façonne

intérieurement les personnes et les configurent au

Christ, premier-né d'une multitude de frères.

Je porte, moi aussi, sur mon cœur, depuis si

longtemps, le Scapulaire du Carmel ! Par l'amour que

je nourris pour notre commune Mère céleste, dont

j'expérimente continuellement la protection, je sou-

haite que cette année mariale aide tous les religieux

et religieuses du Carmel et les fidèles qui la vénèrent

filialement à grandir dans son amour et à rayonner

dans le monde la présence de cette Femme du silen-

ce et de la prière, invoquée comme Mère de la misé-

ricorde, Mère de l'espérance et de la grâce.

Jean-Paul II

à tort sur son scapulaire pour pécher plus librement,

car

on ne se moque pas de Dieu

(Ca 6, 7). Dans son

désir de voir ses enfants parvenir au bonheur du Ciel,

la Sainte Vierge leur a fait le don du scapulaire comme

d’un vêtement de salut, une cuirasse et un bouclier

spirituels, une robe d’innocence dont elle les revêt

pour les aider à vivre sans péché et à suivre Jésus

sous la conduite de l’Esprit-Saint.

Le scapulaire manifeste la consécration et l’appar-

tenance volontaire à Marie: «Par l’intermédiaire du

scapulaire, affirmait le Pape Jean-Paul II, les dévots de

la Madone du Carmel expriment leur volonté de mo-

deler leur existence sur l’exemple de Marie, la Mère, la

Patronne, la Soeur, la Vierge très pure, accueillant avec

un coeur purifié la Parole de Dieu et se dévouant avec

zèle au service des frères» (

Osservatore Romano

du

26 juillet 1988). En retour, Notre-Dame s’est engagée

à protéger celui qui porte cet habit, en toute occasion

mais particulièrement à l’heure de la mort. Confions-

nous donc totalement à Marie, qui nous conservera

dans l’amour de Dieu et du prochain.

Dom Antoine Marie

Reproduit avec la permission de l’Abbaye Saint

Joseph de Clairval, en France, qui publie chaque mois

une lettre spirituelle sur la vie d’un saint. Adresse pos-

tale: Abbaye Saint-Joseph de Clairval, 21150 Flavigny

Saint Jean-Paul II et le scapulaire du Mont-Carmel

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VERS DEMAIN mai-juin-juillet 2014

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