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l’homme de gagner le monde entier, s’il vient à perdre

son âme?

(Mt 16, 26). Il est préférable de passer par la

porte étroite et le chemin resserré qui mènent à la vie

éternelle que par la porte large et le chemin aisé qui

mènent à la perdition de l’enfer (cf. Mt 7, 1,3-14). Jé-

sus parle souvent de la

géhenne du feu qui ne s’éteint

pas

(cf. Mt 5, 22, 29-30), réservée à ceux qui refusent

jusqu’à la fin de leur vie de croire et de se convertir,

et où peuvent être perdus à la fois l’âme et le corps

(cf. Mt 10, 28). Il annonce en termes graves que nous

serons séparés de Lui si nous

omettons de nous occuper des

besoins graves des pauvres et

des petits qui sont ses frères (d.

Mt 25, 3l-46). D’autre part, Il nous

prévient qu’il nous est impossible

de savoir à quel moment Il vien-

dra nous demander compte de

nos actions, car la mort survient

à l’improviste, comme un voleur

(cf. Mt 24, 42-44). Le comble de

l’erreur, c’est de méconnaître

l’importance du salut éternel,

disait saint Eucher, évêque de

Lyon, cité par saint Alphonse.

Le premier degré

Dès le Prologue de sa Règle,

saint Benoît tourne le regard de

ses moines vers ces fortes véri-

tés: «Il nous faut donc obéir (à

Dieu) en tout temps, à l’aide des

biens qu’Il a mis en nous, afin que

non seulement le Père irrité n’ait

pas à déshériter un jour ses en-

fants, mais que le Maître redou-

table, provoqué par nos mauvai-

ses actions, n’ait pas à nous livrer

à la peine éternelle, comme de très méchants servi-

teurs qui n’auraient pas voulu le suivre à la gloire.»

Et, dans son chapitre sur l’humilité, le saint s’exprime

ainsi: «Le premier degré de l’humilité c’est la crainte

de Dieu qu’un moine doit avoir constamment devant

les yeux, se gardant sans cesse de l’oublier. Il lui faut

se souvenir toujours de toutes les choses que Dieu

a commandées, et repasser souvent dans son esprit

l’enfer dans lequel tombent pour leurs péchés ceux

qui méprisent Dieu, et la vie éternelle qui est préparée

pour ceux qui Le craignent.»

C’est pourquoi le concile Vatican II adresse à tous

cette exhortation: «Ignorants du jour et de l’heure, il faut

que, suivant l’avertissement du Seigneur nous restions

constamment vigilants pour mériter, quand s’achèvera

le cours unique de notre vie terrestre, d’être admis avec

Lui aux noces et comptés parmi les bénis de Dieu, au

lieu d’être, comme de mauvais et paresseux serviteurs,

écartés par l’ordre de Dieu vers le feu éternel, vers ces

ténèbres du dehors où seront les pleurs et les grince-

ments de dents» (

Lumen gentium

, 48). Le chemin qui

conduit à la vie éternelle est d’abord celui de la foi:

Al-

lez dans le monde entier, demande Jésus à ses apôtres.

Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création. Celui

qui croira et sera baptisé, sera sauvé; celui qui refusera

de croire, sera condamné

(Mc 16, 15-16).

Mais la foi véritable se traduit en œuvres bonnes,

et en premier lieu par l’observation des commande-

ments de Dieu:

Quelqu’un s’approcha de Jésus et

lui dit: «Maître, que dois-je faire de bon pour avoir

la vie éternelle?» Jésus lui dit: «Pourquoi m’interro-

ges-tu sur ce qui est bon? Il n’y

a qu’un seul être qui soit bon!

Si tu veux entrer dans la vie,

observe les commandements.»

– «Lesquels?» lui dit-il. Jésus re-

prit: «Tu ne commettras pas de

meurtre. Tu ne commettras pas

d’adultère. Tu ne commettras pas

de vol. Tu ne porteras pas de faux

témoignage. Honore ton père et

ta mère. Et aussi: Tu aimeras ton

prochain comme toi-même»

(Mt

19, 16-19). À l’inverse, les œuvres

mauvaises conduisent en enfer.

Saint Paul nous le rappelle:

Ne

savez-vous pas que ceux qui

commettent l’injustice ne rece-

vront pas le royaume de Dieu

en héritage? Ne vous y trompez

pas: les débauchés, les idolâtres,

les adultères, les dépravés et les

sodomites, les voleurs et les pro-

fiteurs, les ivrognes, les diffama-

teurs et les escrocs, ne recevront

pas le royaume de Dieu en héri-

tage

(1 Co 6, 9-10).

Le 6 août 1950, le Pape Pie

XII affirmait: «Combien d’âmes, en des circonstan-

ces humainement désespérées, ont dû leur suprême

conversion et leur salut éternel au scapulaire dont ils

étaient revêtus ! Combien aussi, dans les dangers du

corps et de l’âme, ont senti, grâce à lui, la protection

maternelle de Marie ! » D’anciens récits rapportent que

le premier miracle du scapulaire fut la conversion, sur

son lit de mort, d’un noble anglais qui scandalisait la

région. Saint Simon Stock l’avait obtenue en jetant

son scapulaire sur le moribond; il vit dans ce prodige

un encouragement à révéler le secret à ses frères et

à leur montrer le précieux vêtement reçu de la main

même de Marie. D’innombrables saints et personna-

ges célèbres ont porté le scapulaire, par exemple les

saints Robert Bellarmin, Charles Borromée, Alphonse

de Liguori, Jean Bosco, Bernadette Soubirous, et la

plupart des Papes des trois derniers siècles, en parti-

culier saint Jean-Paul II.

La morale naturelle

Au début du XXe siècle, un jeune Africain est resté

fidèle au port du scapulaire jusqu’à la mort sanglante.

Isidore Bakanja est né à Bokendela, dans l’actuelle

République démocratique du Congo, vers 1885. Son

père, Iyonzwa, est issu d’une famille d’agriculteurs; la

famille de sa mère, Inyuka, vit de la pêche. Bakanja a

un frère aîné et une soeur cadette. La famille est païen-

ne, mais les valeurs de la morale naturelle, véhiculées

par les meilleures traditions africaines, y sont à l’hon-

neur. Iyonzwa ne pratique pas la polygamie. Bakanja

se montre exemplaire dans l’obéissance à ses parents.

Beaucoup plus tard, son bourreau tentera de justifier

ses violences à l’égard du jeune homme en l’accusant

d’avoir volé des bouteilles de vin, mais tous les té-

moins s’insurgeront contre cette calomnie, personne

n’ayant jamais surpris Isidore Ba-

kanja commettant le moindre vol.

À l’époque de la naissance

de Bakanja, la conférence de Ber-

lin avait reconnu la souveraineté

du roi des Belges, Léopold II, sur

ce qui deviendra plus tard l’État

indépendant du Congo. Dès lors,

la région a vu affluer les mission-

naires mais aussi des aventuriers

cherchant à s’enrichir à peu de

frais. Depuis, divers exploitants ra-

massent, pour le compte du roi, les

richesses du bassin congolais, no-

tamment le caoutchouc et l’ivoire,

et les acheminent vers la côte de

l’Océan atlantique. Les populations

locales fournissent, pour ce travail,

une main-d’œuvre peu coûteuse.

Comme beaucoup de jeunes de

son village, Bakanja rêve d’aller tra-

vailler à Mbandaka, ville située non

loin, vers le sud. Peu après sa majorité, il descend le

fleuve et s’engage comme maçon à Mbandaka. Là, il

rencontre des moines trappistes (cisterciens) à la mis-

sion de Bolokwa-Nsimba. Il découvre avec émerveille-

ment la foi chrétienne. Impressionné par l’accueil, la

bonté et le dévouement des missionnaires auprès

des pauvres et des malades, il demande le Baptême.

Instruit par les Pères trappistes, il est baptisé dans la

paroisse Saint-Eugène, à Bolokwa-Nsimba, le 6 mai

1906, sous le nom d’Isidore. Le jour même, il est revê-

tu du scapulaire du Mont-Carmel. Le 25 novembre sui-

vant, il reçoit la Confirmation et, le 8 août 1907, selon

les habitudes de l’époque, il fait sa première Commu-

nion. Isidore voue une grande dévotion au chapelet et

au scapulaire, qu’il porte toujours sur lui, car il tient à

manifester ainsi sa foi. Il se fait l’apôtre de ses amis et

de ses compagnons de travail, les attirant par la parole

et par l’exemple à la foi chrétienne.

Abandon des amulettes

Le contrat de travail expiré, Isidore retourne dans

son village. Son père lui demande où sont passées les

amulettes qu’il lui avait confiées avant son-départ. Il

répond calmement qu’il les a abandonnées parce que

désormais il possède une protection bien plus effica-

ce: celle du Christ, le Fils de Dieu, et celle de la Vierge

Marie. En dépit des avertissements de ses amis qui

redoutent les Européens, Isidore accepte un poste de

domestique à Busira, dans la maison d’un surveillant

de la plantation, appelé Reynders, de la S.A.B. (Société

Anonyme Belge) qui exploite le caoutchouc et l’ivoi-

re. Là, il est reconnu comme un ouvrier exemplaire,

travailleur et consciencieux; frappés par sa sagesse,

beaucoup le choisissent comme catéchiste. Muté à Iki-

li, Reynders y emmène Isidore dont il apprécie les qua-

lités

humaines.Le

gérant local de la S.A.B., Van Cauter,

est connu pour sa dureté et son opposition farouche

au christianisme et aux missionnai-

res chrétiens. Reynders engage Isi-

dore à dissimuler sa foi chrétienne

pour éviter des ennuis. Cependant,

à lkili, Isidore est le seul chrétien, et

il ne peut garder pour lui seul la joie

qui l’habite de connaître le Christ.

Van Cauter s’en aperçoit et lui inter-

dit d’enseigner la prière à ses com-

pagnons de travail.

Le 1er février 1909, Van Cauter

enjoint avec grossièreté à Isidore,

qui le sert à table, d’ôter son sca-

pulaire. Le jeune homme répond:

«Maître, tu exiges que j’enlève l’ha-

bit de la Sainte Vierge. Je ne le ferai

pas. En tant que chrétien, j’ai le droit

de porter le scapulaire.» Furieux, le

directeur de la plantation ordonne

qu’on le frappe de vingt-cinq coups

de «chicotte», fouet de cuir. Isidore

accepte avec une patience angéli-

que l’injuste punition, s’unissant en esprit à Jésus dans

sa Passion. Une enquête montrera plus tard que le cas

d’Isidore était loin d’être isolé: une véritable persécu-

tion était organisée contre les missions catholiques par

des cadres de la S.A.B. Le mot d’ordre était d’empê-

cher par tous les moyens les employés africains de

porter sur eux un scapulaire ou un chapelet.

Peu après, Van Cauter enjoint à Isidore de ne plus

répandre «les ordures apprises chez les Pères», et il

ajoute: «Je ne veux plus de chrétiens ici ! C’est com-

pris?» Puis, arrachant le scapulaire du cou du jeune

homme, il le jette à son chien. Ensuite, il va lui-même

chercher une chicotte en peau d’éléphant munie de

deux clous, et fait battre Isidore jusqu’au sang. Dans

un premier temps, les employés chargés de la beso-

gne ne veulent pas obéir, mais, sous la menace du

même supplice, ils finissent par obtempérer tandis

que Van Cauter frappe Isidore à coups de pieds. Pour-

tant, le jeune chrétien continue à manifester librement

et ouvertement sa foi, et à se retirer pour prier le cha-

pelet et pour méditer, seul ou en compagnie de quel-

ques ouvriers désireux d’apprendre le catéchisme. Un

jour, Van Cauter l’aperçoit, pendant une pause, dans

l’attitude de la prière. Furieux, il ordonne de le fustiger

La Vierge Marie remet le scapulaire

à saint Simon Stock

Le Bienheureux isidore Bakanja

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VERS DEMAIN mai-juin-juillet 2014

VERS DEMAIN mai-juin-juillet 2014

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