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A

u début de juin, en l’espace

de 5 jours, Vers Demain a perdu

deux amis précieux en Afrique

(mais gagné par le fait-même deux

puissants intercesseurs au Ciel):

le 4 juin, Mgr Joseph Befe Ateba,

évêque fondateur du diocèse de

Kribi au Cameroun, décédait à

l’âge de 52 ans, après une courte

maladie. Il avait pris part à notre

semaine d’étude de mars 2011 à

Rougemont, et avait fait de très

bons commentaires.

Le 9 juin, le cardinal Bernard

Agré, de Côte d’Ivoire (et arche-

vêque d’Abidjan de 1994 à 2006),

décédait à Paris, où il était hospitalisé depuis environ

deux mois. Il était âgé de 88 ans. Il était venu trois

fois à Rougemont assister à nos sessions d’étude sur

la démocratie économique en 2008 et 2009, et a fait

ensuite un travail immense pour nous faire connaître

à tous ses contacts en Afrique et à Rome; il a donc

grandement collaboré à ouvrir l’Afrique au crédit so-

cial, car au-delà d’une cinquantaine d’évêques afri-

cains sont venus à Rougemont par la suite.

En juin 2008, en même temps

qu’il prenait part au Congrès eucha-

ristique international à Québec, le

Cardinal Agré avait assisté pour une

première fois à notre semaine d’étude

à Rougemont sur le crédit social (ou

démocratie économique). Étant très

intelligent, il n’avait pas pris de temps

à comprendre toute l’importance de

notre combat. La deuxième journée

des cours, il faisait la réflexion sui-

vante: «Si j’ai bien compris ce que

vous venez de nous révéler, en créant

l’argent à partir de rien, les banques

deviennent propriétaires de tout!» Il

avait très bien compris en effet.

Dans un message à l’occasion du décès du car-

dinal Agré, le Pape François a écrit: «Le regretté car-

dinal s’est révélé un homme de Dieu passionné par

l’annonce de l’Évangile et le développement humain

et spirituel des personnes». Ayant collaboré avec qua-

tre autres cardinaux à la rédaction du Compendium

de la doctrine sociale de l’Église, le cardinal Agré était

vraiment épris de justice sociale.

Nous avions été attirés par une intervention du

Cardinal Bernard Agré à Rome, en 2004. En tant que

membre du Conseil Pontifical

Justice et Paix, le Cardinal avait

parlé des banques en tant que

mur infranchissable qui n’aidait

pas du tout au développe-

ment de l’Afrique, et déclarait:

«Ce n’est pas avec des taux d’intérêts de 17 à 20 %

que nous allons pouvoir développer l’Afrique.» Il avait

grandement raison! C’est cette intervention qui nous a

poussé à inviter le cardinal à nos sessions d’étude à

Rougemont, et il a tellement aimé l’expérience qu’il est

venu trois fois.

En septembre 2008, le Cardinal Agré a composé la

préface suivante pour notre livre L

a démocratie écono-

mique expliquée et 10 leçons

:

Ce manuel des Propositions du Crédit Social en

10 leçons guide les animateurs des semaines d’étude

et des rencontres à Rougemont. Avec les participants

venus des continents d’Afrique, d’Amérique, d’Europe

et d’Asie, j’ai eu le bonheur de prendre part à ces en-

seignements instructifs et bien animés.

Dans la ligne de Louis Even, fondateur de cette

organisation fortement mariale qui tire ses thèmes

majeurs de la doctrine sociale de l’Église Catholique,

nous saluons la pertinence des traits saillants du Cré-

dit Social qui appelle de tous ses voeux un monde

social nouveau de justice et de charité.

Fort heureusement, le Compendium de l’Église

Catholique offre en sa récente édition une source qui

éclaire l’ouvrage que vous tenez entre vos mains en

ces quatre visions fondamentales suivantes:

— Le respect de la personne humaine

— La recherche du bien commun

— Le principe de subsidiarité

— Et la solidarité

Les dix leçons du Crédit Social et le Compendium

sont disponibles en plusieurs langues pour être des

instruments précieux de réflexion personnelle et com-

munautaire.

Nous sommes tous interpellés par la misère et

la pauvreté récurrentes des peuples. Comment com-

prendre que l’on manque du nécessaire sur une terre

plantureuse? Comment comprendre que des adultes

et des enfants par millions meurent de faim et de mal-

nutrition? Comment comprendre que des pays extrê-

mement riches croulent sous les dettes jamais rem-

boursables si un système financier universel vicieux

ne les retient en captivité, par un groupe de privés

puissants, solidaires dans le mal ?

L’espoir est permis de la libération des banques et

des intermédiaires impitoyables. Cela prend des mil-

lions d’hommes et de femmes, éclairés, organisés, dé-

bordant de foi et d’amour qui se lèvent de partout pour

crier leur ras-le-bol et construire un nouvel environne-

ment national et international ou «personne dans cet-

te famille humaine ne manquera du nécessaire vital.»

(Benoît XVI,

Deus caritas est.

) Les Pèlerins de saint

Michel ont commencé ce combat, il dure officiellement

pour eux, depuis 70 ans. Le chemin est encore long.

Apôtres, hommes de foi, spécialistes, hommes de

bonne volonté, levez-vous, c’est votre tour, n’ayez pas

peur, le Christ est vivant et maître du temps et de l’his-

toire.

Voici des extraits des impressions de

Mgr Joseph

Befe Ateba

(photo) à la fin de la session d’étude à la-

quelle il avait participé en mars 2011:

J’ai appris beaucoup de

choses (durant cette session

à Rougemont)... Ce que j’ai

appris ici, avec beaucoup de

délectation, c’est l’origine de

l’argent, et les motivations

qu’il y a derrière, parce que le

système monétaire et le systè-

me bancaire pourraient appa-

raître au monde comme quel-

que chose de naturel... J’ai pu

apprécier le complément d’in-

formation que j’ai reçu, les révélations sur le système

monétaire et le système bancaire, et qu’il est possible

de faire autrement,..

J’ai appris aussi beaucoup ici sur les mécanismes

en vigueur dans le monde, et ce qui m’a fait le plus

plaisir, c’est la proposition d’un nouvel ordre social,

une autre possibilité ou moyen de faire autrement.

Un nouvel ordre social libéré de la tutelle des gran-

des puissances monétaires et bancaires qui n’ont pas

d’autre critère d’action que leurs intérêts. Ce n’est pas

l’homme qui les préoccupe, ce n’est pas cela du tout.

C’est en cela qu’ils diffèrent fondamentalement d’avec

la doctrine sociale de l’Église.

Ce qui m’a plu aussi c’est la proposition de re-

mettre le pouvoir monétaire et financier aux ayants

droit légitimes: la société, le peuple, l’humanité;

c’est ce que j’ai compris dans ce qui a été intitulé

comme étant la démocratie économique, c’est-à-dire

cette fin du monopole de la monnaie par ceux qui se

le sont indûment attribué.

Tout au long des exposés, je n’ai pas cessé de me

demander comment il était possible que cet enseigne-

ment prenne en Afrique. Pour moi l’inquiétude se trou-

ve dans la conscientisation: comment faire descendre

cette information au niveau du petit peuple, qui est la

victime immédiate et lointaine de tout ce système...

Devant ces systèmes, ces puissances, même une

pensée la mieux élaborée ne suffit pas pour attaquer

le système, parce qu’il est sérieusement implanté. Il a

tous les moyens — les moyens militaires, les moyens

financiers, les moyens systémiques, les moyens poli-

tiques et diplomatiques… Quand on regarde cela, on

se dit: «Qu’est-ce que le petit Crédit Social peut faire

en face de tout ça?»

Mais nous avons des exemples dans la Bible.

C’est dans ce sens que David s’est retrouvé en face

de Goliath. Quand vous lisez l’histoire de David, vous

voyez Goliath qui invoquait ses victoires, et qui disait

à David: «Qui es-tu? Je peux t’écraser ! » David répon-

dait: «Je viens à toi au nom de Yahvé Sabaoth (le Sei-

gneur des armées) ! »... Et à la fin, c’est lui qui a eu le

dessus. Donc ça pourrait se répéter, l’histoire de David

et de Goliath.

D

eux grands prélats africains nous ont quitté pour un monde meilleur

Le cardinal Bernard Agré de Côte d’Ivoire

Mgr Joseph Befe Ateba du Cameroun

«En créant l’argent à partir de rien, les banques

deviennent propriétaires de tout!» – Cardinal Agré

Le cardinal Bernard Agré

Photo prise en septembre 2008

dans la sacrisite de l’église

paroissiale Saint-Michel de

Rougemont. De gauche à droi-

te: Jacek Morawa, rédacteur

de notre magazine en polonais

(avec Janusz Lewicki, pas sur

la photo), Alain Pilote, rédac-

teur de la version anglaise, le

cardinal Agré, Thérèse Tardif,

rédactrice de la version fran-

çaise, Carlos Reyes, rédacteur

de la version espagnole. Les

deux enfants de choeur: Joa-

chim et William Murphy.

VERS DEMAIN mai-juin-juillet 2014

www.versdemain.org

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