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impuissant devant le manque d’argent qui réduit

des millions d’Américains à la misère dans un pays

riche à profusion.

Comment cela se fait-il ? C’est que, si le gouver-

nement anglais perdit la guerre, les financiers inter-

nationaux gagnèrent la leur et continuent d’exploiter

l’Amérique comme colonie de la finance internatio-

nale. Ce n’était d’ailleurs pas une proie à lâcher. Il

fallait tout faire pour garder en laisse un continent

qui donnait déjà les signes d’un prodigieux avenir.

Alexandre Hamilton

Dans toutes les opé-

rations d’envergure pour

prendre un pays dans

leurs mailles, les maîtres

de la finance opèrent par

des intermédiaires géné-

ralement insoupçonnés.

On se garde bien de les

compromettre en lais-

sant percer les objectifs.

La finance voit même

à ce que la presse des

pays intéressés exalte

ces hommes comme

d’éminents citoyens ou d’habiles gens d’affaires.

Elle joue de ses influences pour les faire honorer

publiquement.

L’homme de l’heure au berceau de la républi-

que américaine fut Alexander Hamilton. Il était né

aux Antilles. Son père s’appelait Levine. Sa mère,

Rachel, fut infidèle, et les deux époux divorcèrent

environ deux ans après la naissance d’Alexandre.

La femme prit un second mari, du nom de Hamilton,

et c’est ce nom que, plus tard, Alexandre adopta,

sans doute pour se faire mieux accepter des Amé-

ricains.

Alexander fut un esprit précoce et brilla en tout

ce qui regardait les chiffres, la finance, la monnaie...

Dès l’âge de treize ans, il était au service du plus

riche marchand des Caraïbes. A dix-sept ans, il vint

à New-York. C’est là qu’il devait mourir en 1804,

dans un duel avec un rival commercial et politique,

Aaron Burr.

Hamilton prit part à la guerre d’indépendance

américaine et fut quelque temps secrétaire du gé-

néral-en-chef, George Washington. Il profitait de ses

loisirs pour étudier avidement tout ce qui concerne

la monnaie, la frappe, l’or, le métal argent, le chan-

ge international. Son esprit mercantile admirait

particulièrement le système d’une banque centrale

appartenant à des particuliers et nantie de privilè-

ges souverains, comme la Banque d’Angleterre. Il

trouvait idéale cette soumission de la grande masse

humaine à un petit groupe de privilégiés.

Pendant la guerre d’indépendance, les colonies

révoltées émirent une monnaie nationale. Les finan-

ciers européens, les créateurs et prêteurs de mon-

naie-dette, qui gouvernaient déjà véritablement le

monde, ne pouvaient tolérer pareille audace. Ils

usèrent de leurs pouvoirs et de leurs relations pour

faire tomber la valeur de cette monnaie américaine.

Pareille puissance entre les mains de particuliers,

opérant sans entraves de frontières, frappa Hamilton

et le stimula dans ses recherches. Il voulut savoir

comment des individus pouvaient exercer un tel pou-

voir, non pour les combattre, mais pour les imiter.

Il s’attacha de plus en plus à l’idée du contrôle

de la monnaie d’une nation par une banque privée

coopérant avec les puissances internationales d’ar-

gent. Il s’encouragea surtout à l’idée qu’il était rela-

tivement facile d’imposer pareil système à un public

ignorant et sans défiance.

En pleine guerre, Hamilton mûrissait déjà des

plans pour réussir la même iniquité dans son pays.

Le 30 avril 1781, ce jeune de vingt-quatre ans, qui

avait réussi à prendre de l’ascendant sur Robert

Morris, l’administrateur du Trésor pour Washington,

osait écrire au Trésorier:

«Une dette nationale, pourvu qu’elle ne soit

pas excessive, sera une bénédiction nationale, un

puissant ciment d’union, un stimulant pour l’in-

dustrie.»

L’Amérique livrée aux financiers

On est en 1789. La constitution américaine vient

d’être adoptée, George Washington, nommé prési-

dent, procède à la formation de son premier cabi-

net. Il veut confier le Trésor à Morris. A sa grande

surprise, Morris refuse et recommande Hamilton. Et

Washington commet la grande erreur de son admi-

nistration, qui compromettra toute son oeuvre. Ha-

milton devient le premier secrétaire du Trésor amé-

ricain. C’est une fonction correspondante à celle de

notre ministre fédéral des finances.

Franklin, qui jouissait d’une forte influence sur

l’opinion publique, meurt en 1790. Hamilton se sent

désormais plus libre d’exécuter ses plans, de réali-

ser l’oeuvre rêvée.

Mais il faut manoeuvrer. La Constitution améri-

caine est claire et réserve au Congrès la frappe et

l’émission de la monnaie. Si Franklin est disparu, le

patriote Thomas Jefferson, secrétaire d’État dans

le cabinet de Georges Washington, est toujours là

et veille sur une oeuvre à laquelle il a pris une si

grande part. (Il deviendra président de 1801 à 1809.)

Jefferson, qui fut toujours opposé aux plans

d’Hamilton de ramener les États-Unis sous le ré-

gime d’argent-dette émis par les banques privées,

écrivit en 1816:

«Je crois sin-

cèrement que les

établissements ban-

caires sont plus

dangereux que les

armées prêtes au

combat, et que le

principe de dépenser

de l’argent devant

être remboursé par

la postérité sous le

nom

d’emprunts,

n’est qu’une façon d’hypothéquer l’avenir sur une

grande échelle.»

La dette des États, contractée surtout pour la

conduite de la guerre, s’élève à 75 millions de dol-

lars, partie due à l’étranger, partie à quelques parti-

culiers du pays qui ont reçu cet argent des Roths-

childs de Francfort pour le faire fructifier dans un

pays en guerre, partie due à des épargnants.

La nouvelle nation a besoin de moyen d’échan-

ge, d’argent, pour permettre la marche des affaires.

La nation étant souveraine, un moyen sage serait de

frapper ou imprimer la monnaie nécessaire, métal

ou papier, et de mettre cette monnaie en circulation

en rachetant sa dette.

Hamilton a une autre philosophie. Il propose

que la dette soit convertie en obligations portant

intérêt. Au lieu de créer de la monnaie libre pour la

circulation, qui rachèterait la dette en libérant une

moyenne de 19 dollars par tête, il préfère consoli-

der un noyau de dette nationale de 19 dollars par

tête.

Et Hamilton étudie les moyens de faire accepter

une chose si contraire aux idéaux de la république.

De par ses fonctions, Hamilton est tenu de gar-

der secret son rapport et ses projets jusqu’à ce

qu’il les présente pour discussion aux membres du

Congrès. Mais il a soin d’approcher un par un les

membres les plus influents du Congrès, sauf toute-

fois les incorruptibles connus. Il laisse croire à cha-

cun qu’il est le seul mis en confidence et lui suggère

de tirer profit de la transaction.

Les spéculateurs internationaux ont fait tomber

les certificats de dette de guerre à 15 pour cent de

leur valeur nominale. Vu que le gouvernement les

rachètera par une émission d’obligations et se ren-

dra responsable du paiement des intérêts, les titres

rebondiront évidemment. Aussi, chaque congress-

man possédant le «secret d’État» se hâte d’aller jus-

que dans les places les plus reculées acheter à la

baisse ces certificats qui faisaient le désespoir de

leurs détenteurs.

La corruption produit son fruit. Lorsque Hamil-

ton présente son projet, les congressmen les plus

influents ont en portefeuille des papiers suscepti-

bles pour le moins de quintupler ou sextupler de

valeur dès l’adoption de la proposition. Ils se hâtent

donc de ratifier la consolidation de la dette publique

par des obligations d’Etat sur lesquelles le public

laborieux mais ignorant paiera l’intérêt. La plus dé-

mocratique des démocraties souille ainsi sa virgi-

nité; des politiciens s’engraissent déjà en sacrifiant

leurs électeurs.

Jefferson a beau protester contre «la prostitu-

tion des lois qui constituent les piliers de tout notre

système». La classe agricole a beau s’aligner avec

Jefferson. Les communications sont lentes à cette

époque; la philosophie-dette d’Alexandre Hamil-

ton, appuyée par des représentants compromis, est

imposée à la jeune nation.

Reste à sceller l’oeuvre par l’établissement

d’une banque privée, pour créer et émettre la mon-

naie selon les principes de la Banque d’Angleterre.

Le secrétaire du Trésor s’y attelle en 1791. Il a bien

à faire face aux Jefferson, Madison, Adams et quel-

ques autres. Mais il peut compter sur le concours

de députés compromis et excelle maintenant dans

l’art de tromper et d’engluer. Écoutez son argumen-

tation vertueuse:

«La constitution nationale a sagement défendu

aux États individuels de la confédération d’émettre

du papier-monnaie. L’esprit de cette prohibition ne

devrait-il pas valoir pour le gouvernement central

lui-même? Le gouvernement de ces États-Unis se

montrera sage en renonçant à l’usage d’un expé-

dient aussi séduisant et aussi dangereux.»

Après avoir enlevé le crédit au contrôle des États

inférieurs, on va le passer du contrôle de l’État cen-

tral au contrôle de financiers privés. N’est-ce pas à

quoi tendent nos centralisateurs d’aujourd’hui ?

Et la Chambre des Représentants vote la ban-

que privée. George Washington, effrayé de ce sabo-

tage, prie Madison de préparer un véto. Mais il finit

par céder devant l’éloquence persuasive du caute-

leux Hamilton. «L’expert financier» est vainqueur du

grand général et de l’homme d’État.

Comme couronnement, la Chambre de Com-

merce de New-York donne une réception spéciale

à Hamilton pour célébrer ce triomphe de la finance

sur la nation.

Louis Even

Pour plus de renseignements sur l’histoire du

contrôle bancaire aux États-Unis, lire le chapitre 7

du livre «La démocratie économique expliquée en

10 leçons», livre que vous pouvez commander des

bureaux de Vers Demain (voir annonce page 15) ou

lire sur notre site web:

www.michaeljournal.org/

lecon7.htm

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Alexander Hamilton

Thomas Jefferson

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VERS DEMAIN mai-juin-juillet 2014

VERS DEMAIN mai-juin-juillet 2014

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