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le contraste entre la richesse abondante et le signe

rare est beaucoup plus frappant et plus exaspérant.

Autrefois aussi, c’étaient des individus, ou des

groupes localisés qui exploitaient les autres dans

un territoire plutôt limité. Souvent en marge de la

loi. Tels les usuriers du Moyen Âge.

Aujourd’hui, l’usure est légalisée, l’exploitation

centralisée et jouissant de la protection des gouver-

nements dans tous les pays civilisés.

Comment en est-on venu là?

La Banque d’Angleterre

Une étape importante fut certainement la fonda-

tion de la Banque d’Angleterre et le privilège donné

à des particuliers d’émettre la monnaie de la nation

en endettant la nation. L’année 1694 pourrait être

considérée comme la date de naissance du mons-

tre international, même s’il y eut des monstres pré-

curseurs partout où il y avait richesse à distribuer

ou à rafler.

Voici comment Christopher Hollis raconte la

fondation de la Banque d’Angleterre dans son livre

The Breakdown of Mone

y, pages 49 et 50:

«Le gouvernement du roi Guillaume III (d’An-

gleterre) avait terriblement besoin

d’argent pour poursuivre une

guerre. Il ne se trouvait pas

assez fort pour lever suffi-

samment d’argent par des

impôts.

«Une certaine compa-

gnie londonienne d’hom-

mes riches, qui avait pris nom

«Compagnie de la Banque d’An-

gleterre», offrit au Roi, par l’entre-

mise de son président, William Pat-

terson, un prêt de 1 200 000 livres sterling. Elle

y mettait deux conditions: premièrement, un intérêt

à 8 pour cent; deuxièmement, le droit pour la ban-

que d’émettre du papier-monnaie, que le roi décla-

rerait argent légal, au montant de l’argent prêté.

«La banque demandait donc, et obtint, le droit

de prélever 1 200 000 livres sterling en or et en ar-

gent, de doubler cette quantité d’argent en impri-

mant 1 200 000 livres sterling de monnaie de papier,

prêtant au gouvernement l’or et l’argent et gardant

pour son usage le montant égal d’argent de papier.

«C’était conférer à la Banque une prérogative

jusque-là royale — celle de fabriquer l’argent pour

l’Angleterre.

«William Patterson saisissait très bien toute la

portée du privilège obtenu, et lui-même écrivait:

«Si les propriétaires de la banque ont pu met-

tre en circulation leur propre 1 200 000 livres ster-

ling sans avoir en aucun

temps plus que 200 000 à

300 000 livres sous la main,

l’opération contractée aura

l’effet d’apporter à la nation

900 000 à 1 000 000 livres

sterling d’argent nouveau

pour la circulation.

«En réalité, la banque ne

garda même pas cette pro-

portion de réserve. Dès 1696,

on trouve ses billets dans la circulation pour un

montant, de 1 750 000 livres sterling contre une

réserve métallique de 36 000 livres sterling (à peine

2 pour cent de réserve).»

Voilà donc une compagnie privée, la Banque

d’Angleterre, devenue plus puissante que le roi,

plus puissante que n’importe quel gouvernement

d’Angleterre.

Dès l’origine de cette mainmise d’exploiteurs

sur la chose publique, on trouve que la nouvelle

machine monétaire fonctionne surtout pour finan-

cer les guerres.

La machine s’est étendue aux autres pays civi-

lisés, et elle, fonctionne avec le même

esprit: tenir l’argent rare pour qu’on

soit toujours à la porte des fabri-

cants d’argent, qui sont en même

temps des fabricants de dettes.

En temps de guerre, la machine

prend de l’allure pour financer la

tuerie. D’ailleurs avec des profits

appréciables.

Le président Roosevelt disait bien,

dans un récent discours: «Je ne sache

pas qu’une seule guerre ait été gagnée ou

perdue par le fait de sa finance.» Ce sont les hom-

mes et le matériel qui décident de la guerre. Ce qui

n’empêche pas qu’une fois la guerre terminée, on la

paie à des financiers !

Le monstre reçut donc une charte en Angleter-

re en 1694. Elle fut consolidée en 1844 et parfaite

par M. Baldwin en 1928. Sur ces petits détails nous

pourrons revenir à l’occasion.

Pour aujourd’hui, nous donnons, dans un autre

article, quelques renseignements sur la manière

dont le monstre a étendu ses griffes sur l’Amérique.

Nous esquissons aussi quelques grandes figures

qui, soit avant 1694, soit depuis ont ébloui l’huma-

nité et qui, en retour, se virent décerner des hon-

neurs par les autorités de leur temps. Les petits lar-

cins sont punis; les grands vols, exécutés avec art,

sont exaltés et récompensés.

Louis Even

William Paterson

par

Louis Even

La finance internationale n’a pas

de patrie. Elle couvre tout, est de

partout, étend ses tentacules partout

où il y a butin à prendre, sème des

ruines sans nombre et ne répond de

rien.

«Là où est l’argent; là est sa pa-

trie», disait justement le Pape Pie XI.

Naturellement, vous ne trouvez

ni banquiers, ni financiers dans les

forêts en défrichement. Leur heure

viendra plus tard.

Nous puisons les renseigne-

ments qui suivent dans le livre de

Gertrude Coogan,

Money Creators

,

publié à Chicago en 1935:

Lorsque l’Amérique était dans son enfance, aux

prises avec les fauves ou les sauvages hostiles,

les colons demeuraient assez libres de choisir leur

moyen d’échange, leur monnaie, et d’en émettre

dans la mesure de leurs besoins. La première charte

de la Virginie, en 1606, celle du Massachusetts en

1628 et les usages de la Nouvelle-Angleterre du dix-

huitième siècle sont là pour le prouver.

Mais lorsque les colonies américaines émergè-

rent de leurs années de tribulation et devinrent des

sources fécondes de production, les convoitises de

la mère-patrie (l’Angleterre) cherchèrent le moyen

de s’en attribuer une bonne part.

La Banque d’Angleterre, fondée en 1694, inspi-

rait déjà les lois du gouvernement de Londres. En

1767, le Chancelier de l’Échiquier britannique, ayant

proposé divers droits sur le verre, les faïences, le

papier, le carton, les couleurs, le thé, etc., afin de

s’enrichir aux dépens des colons américains obligés

d’acheter ces choses en Angleterre, un membre du

Parlement, Grenville, se leva et, traitant toutes ces

choses de bagatelles, dit:

«Je vais révéler aux membres de cette Cham-

bre le moyen le plus simple et le plus efficace

pour nous assurer quelque chose de l’Amérique:

fabriquez du papier-monnaie ici pour les colonies,

déclarez-le seule monnaie légale et prêtez-le aux

colons avec intérêt. Avec l’intérêt, vous obtiendrez

ce que vous voudrez.»

Le conseil parut bon. Là-dessus, un certain M.

Townsend se leva et produisit devant la Chambre

un bill tout préparé à cette fin. Évidemment, c’était

la Banque d’Angleterre qui émettrait le papier-mon-

naie pour les colonies et qui tiendrait celles-ci sous

sa main par l’intérêt.

C’est à cause de cette rapacité des financiers de

Londres que les colonies américaines se révoltèrent

contre l’Angleterre. Elles voulaient garder le droit de

faire leur monnaie selon leurs besoins, et refusaient

de payer tribut sur leur moyen d’échange.

Aussi les Américains eurent-ils soin de déclarer

expressément dans leur Constitution (Article 1, Sec-

tion 8, Paragraphe 5):

«C’est au Congrès qu’appartiendra le pouvoir

de frapper l’argent et d’en régler la valeur.»

Les Américains gagnèrent la guerre. Leur consti-

tution demeure. Mais ce n’est pas le Congrès qui

émet l’argent; pas lui qui en règle le volume, donc

pas lui qui en détermine la valeur. Le Congrès reste

Les tentacules du monstre sur l’Amérique

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VERS DEMAIN mai-juin-juillet 2014

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