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je connais ses angoisses. Je suis descendu pour

le délivrer […] Maintenant va, je t’envoie…» (Ex 3,

7-8.10), et a souci de leurs nécessités: «Alors les

Israélites crièrent vers le Seigneur et le Seigneur

leur suscita un sauveur» (Jg 3, 15) Faire la sourde

oreille à ce cri, alors que nous sommes les instru-

ments de Dieu pour écouter le pauvre, nous met en

dehors de la volonté du Père et de son projet, parce

que ce pauvre «en appellerait au Seigneur contre

toi, et tu serais chargé d’un péché» (Dt 15, 9). Et le

manque de solidarité envers ses nécessités affecte

directement notre relation avec Dieu: «Si quelqu’un

te maudit dans sa détresse, son Créateur exaucera

son imprécation» (Si 4, 6).

L’ancienne question re-

vient toujours: «Si quelqu’un, jouissant des biens

de ce monde, voit son frère dans la nécessité et lui

ferme ses entrailles, comment l’amour de Dieu de-

meurerait-il en lui?» (1 Jn 3, 17). Souvenons-nous

aussi comment, avec une grande radicalité, l’Apô-

tre Jacques reprenait l’image du cri des opprimés:

«Le salaire dont vous avez frustré les ouvriers qui

ont fauché vos champs, crie, et les clameurs des

moissonneurs sont parvenues aux oreilles du Sei-

gneur des Armées» (5, 4).

188. L’Église a reconnu que l’exigence d’écou-

ter ce cri vient de l’œuvre libératrice de la grâce

elle-même en chacun de nous; il ne s’agit donc pas

d’une mission réservée seulement à quelques-uns:

«L’Église guidée par l’Évangile de la miséricorde et

par l’amour de l’homme, entend la clameur pour

la justice et veut y répondre de toutes ses forces».

(Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Instruction

Libertatis nuntius

, 6 août 1984, XI, 1.) Dans ce cadre

on comprend la demande de Jésus à ses disciples:

«Donnez-leur vous-mêmes à manger» (Mc 6, 37), ce

qui implique autant la coopération pour résoudre

les causes structurelles de la pauvreté et promou-

voir le développement intégral des pauvres, que les

gestes simples et quotidiens de solidarité devant

les misères très concrètes que nous rencontrons.

Le mot «solidarité» est un peu usé et, parfois, on

l’interprète mal, mais il désigne beaucoup plus que

quelques actes sporadiques de générosité. Il de-

mande de créer une nouvelle mentalité qui pense

en termes de communauté, de priorité de la vie de

tous sur l’appropriation des biens par quelques-uns.

189. La solidarité est une réaction spontanée de

celui qui reconnaît la fonction sociale de la propriété

et la destination universelle des biens comme réali-

tés antérieures à la propriété privée. La possession

privée des biens se justifie pour les garder et les

accroître de manière à ce qu’ils servent mieux le

bien commun, c’est pourquoi la solidarité doit être

vécue comme la décision de rendre au pauvre ce

qui lui revient. Ces convictions et pratiques de soli-

darité, quand elles prennent chair, ouvrent la route à

d’autres transformations structurelles et les rendent

possibles. Un changement des structures qui ne gé-

nère pas de nouvelles convictions et attitudes fera

que ces mêmes structures tôt ou tard deviendront

corrompues, pesantes et inefficaces.

Économie et distribution des revenus

202. La nécessité de résoudre les causes struc-

turelles de la pauvreté ne peut attendre, non seule-

ment en raison d’une exigence pragmatique d’obte-

nir des résultats et de mettre en ordre la société,

mais pour la guérir d’une maladie qui la rend fragile

et indigne, et qui ne fera que la conduire à de nou-

velles crises. Les plans d’assistance qui font face à

certaines urgences devraient être considérés seu-

lement comme des réponses provisoires.

Tant que

ne seront pas résolus radicalement les problèmes

des pauvres, en renonçant à l’autonomie absolue

des marchés et de la spéculation financière, et en

attaquant les causes structurelles de la disparité

«Tant que ne seront pas résolus

radicalement les problèmes des

pauvres, en renonçant à l’auto-

nomie absolue des marchés et de

la spéculation financière, et en

attaquant les causes structurelles

de la disparité sociale, les pro-

blèmes du monde ne seront pas

résolus, ni en définitive aucun

problème. La disparité sociale est

la racine des maux de la société.»

VERS DEMAIN janvier-février 2014

www.versdemain.org

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