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Comme conséquence de cette situation, de

grandes masses de population se voient exclues et

marginalisées: sans travail, sans perspectives, sans

voies de sortie. On considère l’être humain en lui-

même comme un bien de consommation, qu’on

peut utiliser et ensuite jeter. Nous avons mis en

route la culture du «déchet» qui est même promue.

Il ne s’agit plus simplement du phénomène de l’ex-

ploitation et de l’oppression, mais de quelque chose

de nouveau: avec l’exclusion reste touchée, dans

sa racine même, l’appartenance à la société dans

laquelle on vit, du moment qu’en elle on ne se situe

plus dans les bas-fonds, dans la périphérie, ou sans

pouvoir, mais on est dehors. Les exclus ne sont pas

des «exploités», mais des déchets, «des restes».

54. Dans ce contexte, certains défendent encore

les théories de la «rechute favorable»,

1

qui suppo-

1 

Appelée aussi théorie du ruissellement ou de retombée

favorable (en anglais trickle-down economics), cette théo-

rie suppose que les revenus des individus les plus riches

sont automatiquement réinjectés dans l’économie, contri-

buant ainsi à l’activité économique générale et à l’emploi

dans le reste de la société. Cette théorie est avancée pour

défendre l’idée que les réductions d’impôt pour les hauts

revenus ont un effet bénéfique pour l’économie globale.

L’image utilisée est celle des cours d’eau qui ne s’accu-

mulent pas au sommet d’une montagne mais ruissellent

vers la base.

sent que chaque croissance économique, favorisée

par le libre marché, réussit à produire en soi une

plus grande équité et inclusion sociale dans le mon-

de. Cette opinion, qui n’a jamais été confirmée par

les faits, exprime une confiance grossière et naïve

dans la bonté de ceux qui détiennent le pouvoir

économique et dans les mécanismes sacralisés du

système économique dominant. En même temps,

les exclus continuent à attendre. Pour pouvoir sou-

tenir un style de vie qui exclut les autres, ou pour

pouvoir s’enthousiasmer avec cet idéal égoïste, on

a développé une mondialisation de l’indifférence.

Presque sans nous en apercevoir, nous devenons

incapables d’éprouver de la compassion devant le

cri de douleur des autres, nous ne pleurons plus

devant le drame des autres, leur prêter attention

ne nous intéresse pas, comme si tout nous était

une responsabilité étrangère qui n’est pas de notre

ressort. La culture du bien-être nous anesthésie et

nous perdons notre calme si le marché offre quel-

que chose que nous n’avons pas encore acheté,

tandis que toutes ces vies brisées par manque de

possibilités nous semblent un simple spectacle qui

ne nous trouble en aucune façon.

Non à la nouvelle idolâtrie de l’argent

55. Une des causes de cette situation se trouve

dans la relation que nous avons établie avec l’ar-

gent, puisque nous acceptons paisiblement sa pré-

dominance sur nous et sur nos sociétés. La crise

financière que nous traversons nous fait oublier

qu’elle a à son origine une crise anthropologique

profonde: la négation du primat de l’être humain!

Nous avons créé de nouvelles idoles. L’adoration

de l’antique veau d’or (cf. Ex 32, 1-35) a trouvé une

nouvelle et impitoyable version dans le fétichisme

de l’argent et dans la dictature de l’économie sans

visage et sans un but véritablement humain. La

crise mondiale qui investit la finance et l’économie

manifeste ses propres déséquilibres et, par-dessus

tout, l’absence grave d’une orientation anthropo-

logique qui réduit l’être humain à un seul de ses

besoins: la consommation.

L’exhortation apostolique du Pape François a été

remise à des représentants des différents secteurs

de l’Église à la fin de la messe, Place Saint-Pierre

au Vatican, marquant la conclusion de l’Année

de la foi, le dimanche 24 novembre, Solennité du

Christ-Roi. Pour marquer l’événement, les reli�

ques (ossements) de saint Pierre, le premier Pape,

avaient été exceptionnellement exposées à la véné�

ration du public et apportées dans une urne dépo�

sée à la droite de l’autel pour la messe. Le Pape

François l’a symboliquement tenue entre ses mains

au moment de la prière du Credo.

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VERS DEMAIN janvier-février 2014

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