Table of Contents Table of Contents
Previous Page  3 / 32 Next Page
Information
Show Menu
Previous Page 3 / 32 Next Page
Page Background

Éditorial

Rendre à chacun ce qui lui est dû

Le Catéchisme de l’Église catholique définit ainsi

la vertu de justice (n. 1807):

«La justice est la vertu

morale qui consiste dans la constante et ferme vo-

lonté de donner à Dieu et au prochain ce qui leur est

dû. La justice envers Dieu est appelée “vertu de reli-

gion”. Envers les hommes, elle dispose à respecter

les droits de chacun et à établir dans les relations

humaines l’harmonie qui promeut l’équité à l’égard

des personnes et du bien commun.»

Cette définition, courte mais exacte, doit nous

donner à réfléchir. Dans bien des milieux, on parlera

souvent soit des droits de l’homme, soit des droits de

Dieu, mais bien rarement des deux à la fois, comme si

en s’occupant de l’un, on devait nécessairement né-

gliger ou ignorer l’autre. Et pourtant, c’est Jésus Lui-

même qui dit: «Chaque fois que vous l’avez fait à l’un

de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous

l’avez fait.» (Matthieu 25, 40.) Si on n’aime pas notre

prochain, on n’aime pas Dieu.

Dans sa nouvelle exhortation apostolique sur la

joie de l’Évangile, le Pape François en a surpris plus

d’un avec sa dénonciation des structures économi-

ques actuelles (

voir article page 4

), en ajoutant que

tant que le problème des pauvres ne sera pas résolu,

aucun autre problème ne le sera (paragraphe 202), et

que si l’Église ignore ce problème des pauvres, elle est

appelée à disparaître (par. 207). Ce message de «libé-

ration des pauvres» fait vraiment partie intégrante de

la nouvelle évangélisation.

Ceux qui ont été le plus choqués par ces propos du

Pape (allant même jusqu’à l’accuser d’être marxiste ! )

sont justement ceux qui ignorent tout de l’enseigne-

ment de l’Église sur la justice sociale. Puisque le com-

munisme a été condamné à cause de son athéisme, ils

croient à tort que le capitalisme est sans défauts. Dieu

seul est parfait: tout système humain est sujet à être

amélioré. Ce que l’Église enseigne, c’est que tout sys-

tème économique doit être au service de la personne

humaine, et que pour cela, il est souhaitable que cha-

cun ait accès à la propriété privée et un minimum de

biens essentiels, donc que chacun soit véritablement

capitaliste. (

Voir article page 12.

) Le problème, c’est

que le capitalisme a été vicié par le système financier.

Certains croient que pour que la justice sociale

soit atteinte, il faut nécessairement taxer les plus ri-

ches pour distribuer aux plus pauvres, mais en fait ce

n’est pas la seule méthode possible, ni la plus souhai-

table. (

Voir article page 26

). Ce qui est dû à chaque

être humain, c’est un dividende, basé sur l’héritage

des richesses naturelles et du progrès.

Dans son encyclique

Sollicitudo rei socialis

, sur la

question sociale, Jean-Paul II écrivait (n. 37): «Parmi

les actes et les attitudes contraires à la volonté de Dieu

et au bien du prochain et les «structures» qu’ils intro-

duisent, deux éléments paraissent aujourd’hui les plus

caractéristiques: d’une part le désir exclusif du profit

et, d’autre part, la soif du pouvoir dans le but d’impo-

ser aux autres sa propre volonté.»

Quelques lignes plus loin, le Pape ajoutait: «

Ces

attitudes et ces “structures de péché” ne peuvent

être vaincues — bien entendu avec l’aide de la grâce

divine — que par une attitude diamétralement oppo-

sée: se dépenser pour le bien du prochain.»

Sans la grâce divine, nous n’aurons pas le courage

de nous dévouer pour nos frères et soeurs, dans un

monde d’égoïsme où domine, selon l’expression du

Pape François, «la mondialisation de l’indifférence».

Dans

Evangelii Gaudium

, le Pape François écrit (n.

180): Dans la mesure où Dieu réussira à régner parmi

nous, la vie sociale sera un espace de fraternité, de

justice, de paix, de dignité pour tous.»

Les sociétés occidentales aujourd’hui, avec leurs

richesses matérielles, pensent que le bonheur et la

paix sont possibles en se passant de Dieu. Et pour-

tant, que de tristesse, de suicides, de solitude, de gens

refermés sur eux-mêmes. Le Québec, avec sa séculari-

sation rapide des dernières années, en est un exemple

frappant. Rappelons-nous les paroles de Jean-Paul II

lors de son homélie à Montréal le 11 septembre 1984:

«Et c’est en vain qu’on cherche à remplacer Dieu.

Rien ne saurait combler le vide de son absence. Ni

l’abondance matérielle, qui ne rassasie pas le cœur;

ni la vie facile et permissive, qui ne satisfait pas notre

soif de bonheur; ni la seule recherche de la réussite

ou du pouvoir pour eux-mêmes; ni même la puissan-

ce technique qui permet de changer le monde mais

n’apporte pas de véritable réponse au mystère même

de notre destinée.»

Dans

Evangelii Gaudium

, le pape François nous dit

de faire appel à l’exemple des saints pour relever les

défis actuels (n. 263): «Ne disons pas qu’aujourd’hui

c’est plus difficile; c’est différent. Apprenons plutôt

des saints qui nous ont précédés et qui ont affronté

les difficultés propres à leur époque.»

C’est ce que Mgr Lacroix de Québec nous propose

avec l’ouverture de la Porte Sainte pour célébrer les

350 ans de la première paroisse en Amérique du Nord,

avec l’exemple de tous les saints et bienheureux cana-

diens, spécialement Mgr François de Laval, le premier

évêque de Québec. (

Voir article page 16

.) Relevons les

défis de notre temps, pour «rendre à Dieu et au pro-

chain» ce qui leur est dû!

par Alain Pilote

rédacteur

VERS DEMAIN janvier-février 2014

www.versdemain.org

3