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individus, à tous les consommateurs. La production,

d’ailleurs, est faite pour la consommation; elle souffre

justement de ce qu’elle n’atteint pas ou atteint mal les

consommateurs qui en ont besoin.

C’est aussi tous les consommateurs, tous les ci-

toyens, qui ont un droit à une part de la richesse. Ils

l’ont à titre d’êtres vivants, ayant droit à la vie.

Faut-il rappeler la parole de Pie XII, reprise par

Jean XXIII:

«Les biens créés par Dieu l’ont été pour tous les

hommes, et doivent être à la disposition de tous, se-

lon les principes de la justice et de la charité.

«Tout homme, en tant qu’être doué de raison,

tient en fait de la nature même le droit fondamental

d’user des biens matériels de la terre, quoiqu’il soit

laissé à la volonté humaine et aux formes juridiques

des peuples de régler plus en détail la réalisation pra-

tique de ce droit.»

Régler la réalisation pratique de ce droit

de tous

et de chacun à une part des biens de la terre, c’est ce

que Douglas appelle de «la haute politique». C’est le

premier devoir de tout gouvernement digne du nom,

de voir à cette réalisation d’une manière qui n’oublie

personne et qui n’abaisse personne. D’une manière

qui respecte la liberté et la dignité de la personne.

Le Crédit Social le propose. Non pas seulement

par un pouvoir d’achat globalement égal au prix global

de la production. Ce global pourrait refléter le système

de production, mais il ne garantirait pas pour autant

la distribution à tous. Il manquerait d’un grand carac-

tère social. Mais le Crédit Social préconise aussi un

dividende périodique à chaque personne, dividende

attaché à son seul titre de personne. C’est là le carac-

tère vraiment social du système créditiste authenti-

que. Quiconque rejette le dividende à tous peut être

un réformateur monétaire, mais il n’est certainement

pas un créditiste; il ferait mieux un socialiste.

Le Crédit Social n’humilie personne. Il ne fait pas

d’enquête sur les moyens d’existence pour savoir à

qui distribuer du pouvoir d’achat manquant. Il consi-

dère chaque individu comme un capitaliste, cohéritier

des générations précédentes, co-propriétaire du pro-

grès, du plus gros facteur moderne de production.

Le Crédit Social met toujours l’importance sur la

personne. S’il s’occupe du groupe, de l’association,

c’est pour rappeler que le groupe existe pour les per-

sonnes qui le composent, que l’association doit distri-

buer à tous les associés l’enrichissement résultant du

fait de leur association.

Malheureusement, cela est oublié. D’autant plus

oublié qu’on se laisse de plus en plus endoctriner par

l’idéologie socialiste, par le collectivisme, par la bu-

reaucratie qui change les personnes en numéros, par

l’étatisme qui s’immisce partout et veut tout planifier,

jusqu’à la vie des individus. C’est chaque personne,

chaque famille qui peut mieux faire ses propres plans

et dicter elle-même à la production quoi faire. C’est le

pouvoir d’achat de chaque individu, dans la mesure

où il en possède, qui lui permet, par ses achats, de

donner des ordres, une orientation à la production.

C’est la sécurité économique de l’individu qui fera

la sécurité économique de l’ensemble. Tandis que la

prétendue sécurité économique globale, même appe-

lée prospérité générale, ne satisfait pas nécessaire-

ment les besoins de chaque individu, même pas avec

tout ce que le gouvernement peut coudre ou rapiécer

en matière de «sécurité sociale».

* * *

Terminons par quelques autres phrases de Dou-

glas, extraites d’une conférence qu’il donnait à New-

castle-on-Tyne, le 9 mars 1937:

«Le premier pas vers la sécurité de l’individu,

c’est d’insister pour la sécurité de l’individu. Il me

semble que cela n’est pas trop difficile à comprendre.

Si vous placez la sécurité d’une institution quelcon-

que avant celle des personnes, vous pourrez peut-

être prolonger la vie de cette institution, mais vous

abrégerez certainement les vies de bien des person-

nes. Les institutions sont des moyens pour une fin;

et je pense ne pas exagérer en disant que l’élévation

des moyens au rang de fins, des institutions au-des-

sus de l’homme, constitue un péché impardonnable,

dans le sens pragmatique que cette perversion attire

les punitions les plus terribles sur la vie...

«À la racine du danger croissant qui guette les

gouvernements et les autres organismes exécutifs,

se trouve la prétention collectiviste que tous les

êtres humains sont semblables. Loin que ce soit le

cas, je crois que les êtres humains, à mesure qu’ils se

développent, deviennent de plus en plus différents.

Mais ils ont des facteurs communs; et ces facteurs

communs sont la seule partie de la condition humai-

ne dont doit s’occuper et dont devrait s’occuper un

système démocratique.

«Nous avons tous besoin de nourriture, de vête-

ment et de logement. Nous pouvons et nous devrions

combiner nos ressources pour fournir ces nécessités,

comme condition préalable à toute tentative de les

combiner dans n’importe quel autre but.

«Le premier acte d’un gouvernement, dans un

monde sain, devrait être de s’assurer que la plus

grande mesure commune de la volonté de la popula-

tion, dont le gouvernement dérive ou devrait dériver

son autorité, c’est d’avoir assez d’argent pour une

honnête subsistance.»

Douglas reste un maître, non seulement en éco-

nomique, mais aussi en social — au moins en ce qui

concerne la répartition de la richesse. Un maître aussi

en politique, sachant rappeler au peuple qu’il doit exi-

ger des résultats, et non pas se perdre dans des dis-

cussions sur les moyens, en oubliant la fin.

Louis Even

VERS DEMAIN janvier-février 2014

www.versdemain.org

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