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des biens durables: une maison, une terre, un outilla-

ge artisanal, l’équipement d’une ferme familiale, quel-

ques actions d’entreprises moyennes ou grandes.»

(Jean XXIII, encyclique

Mater et Magistra

, nn. 114-115.)

Le Crédit Social, avec son dividende à chaque indi-

vidu, reconnaîtrait chaque être humain comme étant un

véritable capitaliste, propriétaire d’un capital, co-héritier

des richesses naturelles et du progrès (les inventions

humaines, la technologie).

Le capitalisme a été vicié

par le système financier

Ce que l’Église reproche au système capitaliste, c’est

que, précisément, tous et chacun des êtres humains vi-

vant sur la planète n’ont pas accès à un minimum de biens

matériels, permettant une vie décente, et que même dans

les pays les plus avancés, il existe des milliers de person-

nes qui ne mangent pas à leur faim. C’est le principe de la

destination universelle des biens qui n’est pas atteint: la

production existe en abondance, mais c’est la distribution

qui est défectueuse.

Et dans le système actuel, l’instrument qui permet la

distribution des biens et des services, le signe qui permet

d’obtenir les produits, c’est l’argent. C’est donc le systè-

me d’argent, le système financier qui fait défaut dans le

capitalisme.

Les maux du système capitaliste ne proviennent donc

pas de sa nature (propriété privée, libre entreprise), mais

du système financier qu’il utilise, un système financier qui

domine au lieu de servir, qui vicie le capitalisme. Le Pape

Pie XI écrivait dans son encyclique

Quadragesimo anno

,

en 1931:

«Le capitalisme n’est pas à condamner en

lui-même, ce n’est pas sa constitution qui est mau-

vaise, mais il a été vicié.»

Ce que l’Église condamne, ce n’est pas le capitalis-

me en tant que système producteur, mais, selon les mots

du Pape Paul VI, le «néfaste système qui l’accompagne»,

le système financier:

«Ce libéralisme sans frein conduit à la dictature

à bon droit dénoncée par Pie XI comme génératrice

de ‘l’impérialisme de l’argent’. On ne saurait trop ré-

prouver de tels abus, en rappelant encore une fois

solennellement que l’économie est au service de

l’homme. Mais s’il est vrai qu’un certain capitalisme

a été la source de trop de souffrances, d’injustices et

de luttes fratricides aux effets durables, c’est à tort

qu’on attribuerait à l’industrialisation elle-même des

maux qui sont dus au néfaste système qui l’accompa-

gnait. Il faut au contraire en toute justice reconnaître

l’apport irremplaçable de l’organisation du travail et

du progrès industriel à l’oeuvre du développement.»

(Encyclique

Populorum progressio

, sur le développement

des peuples, n. 26.)

Le vice du système: l’argent est créé

par les banques sous forme de dette

C’est le système financier qui n’accomplit pas son

rôle, il a été détourné de sa fin. (Faire les biens joindre

les besoins.) L’argent ne devrait être qu’un instrument de

distribution, un signe qui donne droit aux produits, une

simple comptabilité.

L’argent devrait être un instrument de service, mais

les banquiers, en se réservant le contrôle de la création

de l’argent, en ont fait un instrument de domination: Puis-

que le monde ne peut vivre sans argent, tous — gouver-

nements, compagnies, individus — doivent se soumettre

aux conditions imposées par les banquiers pour obtenir

de l’argent, qui est le droit de vivre dans notre société

actuelle. Cela établit une véritable dictature sur la vie

économique: Les banquiers sont devenus les maîtres de

nos vies, tel que le rapportait très justement encore Pie XI

dans

Quadragesimo anno

(n. 106):

«Ce pouvoir est surtout considérable chez ceux

qui, détenteurs et maîtres absolus de l’argent et du

crédit, gouvernent le crédit et le dispensent selon

leur bon plaisir. Par là, ils distribuent le sang à l’orga-

nisme économique dont ils tiennent la vie entre leurs

mains, si bien que, sans leur consentement, nul ne

peut plus respirer.»

Aucun pays ne peut rembourser sa dette dans le sys-

tème actuel, puisque tout argent est créé sous forme de

dette: tout l’argent qui existe vient en circulation seule-

ment lorsqu’il est prêté par les banques, à intérêt. Et cha-

que fois qu’un prêt est remboursé, cette somme d’argent

cesse d’exister, est retirée de la circulation.

Le défaut fondamental dans ce système est que lors-

que les banques créent de l’argent nouveau sous forme

de prêts, elles demandent aux emprunteurs de ramener

à la banque plus d’argent que ce que la banque a créé.

(Les banques créent le capital qu’elles prêtent, mais pas

l’intérêt qu’elles exigent en retour.) Puisqu’il est impossi-

ble de rembourser de l’argent qui n’existe pas, la seule

solution est d’emprunter de nouveau pour pouvoir payer

cet intérêt, et d’accumuler ainsi des dettes impayables.

Cette création d’argent sous forme de dette par les

banquiers est leur moyen d’imposer leur volonté sur les

individus et de contrôler le monde:

«

Parmi les actes et les attitudes contraires à la

volonté de Dieu et au bien du prochain et les ‘struc-

tures’ qu’ils introduisent, deux éléments paraissent

aujourd’hui les plus caractéristiques: d’une part le

désir exclusif du profit et, d’autre part, la soif du pou-

voir dans le but d’imposer aux autres sa propre vo-

lonté.»

(Jean-Paul II, encyclique

Sollicitudo rei socialis

,

n. 37.)

Puisque l’argent est un instrument essentiellement

social, la doctrine du Crédit Social propose que l’argent

soit émis par la société, et non par des banquiers privés

pour leur profit:

«Il y a certaines catégories de biens pour lesquel-

les on peut soutenir avec raison qu’ils doivent être ré-

servés à la collectivité lorsqu’ils en viennent à confé-

rer une puissance économique telle qu’elle ne peut,

sans danger pour le bien public, être laissée entre les

mains de personnes privées.»

(Pie XI,

Quadragesimo

anno

.)

Alain Pilote

VERS DEMAIN janvier-février 2014

www.versdemain.org

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