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Le capitalisme doit être corrigé

La doctrine sociale de l’Église se situe au-dessus des

systèmes économiques existants, puisqu’elle se confine

au niveau des principes. Un système économique sera

bon ou non dans la mesure où il applique ces principes de

justice enseignés par l’Église. C’est la raison pour laquelle

le Pape Jean-Paul II écrivait en 1987, dans son encyclique

S

olicitudo rei socialis

, que l’Église

«adopte une attitude

critique vis-à-vis du capitalisme libéral et du collec-

tivisme marxiste... deux conceptions du développe-

ment imparfaites et ayant besoin d’être radicalement

corrigées.»

Il est facile à comprendre pourquoi l’Église condamne

le communisme, ou collectivisme marxiste qui, comme le

rappelait le Pape Pie XI, est «intrinsèquement pervers»

et anti-chrétien, puisque son but avoué est la destruction

complète de la propriété privée, de la famille et de la reli-

gion. Mais pourquoi l’Église condamnerait-elle le capita-

lisme? Le capitalisme ne vaudrait pas mieux que le com-

munisme?

Dans le second chapitre de son encyclique

Centesi-

mus annus

, écrite en 1991, Jean-Paul II reconnaît les mé-

rites de la libre entreprise, de l’initiative privée et du profit:

«Il semble que, à l’intérieur de chaque pays comme

dans les rapports internationaux, le marché libre soit

l’instrument le plus approprié pour répartir les res-

sources et répondre efficacement aux besoins. Tou-

tefois, cela ne vaut que pour les besoins ‘solvables’,

parce que l’on dispose d’un pouvoir d’achat, et pour

les ressources qui sont ‘vendables’, susceptibles

d’être payées à un juste prix. Mais il y a de nombreux

besoins humains qui ne peuvent être satisfaits par le

marché. C’est un strict devoir de justice et de vérité de

faire en sorte que les besoins humains fondamentaux

ne restent pas insatisfaits et que ne périssent pas les

hommes qui souffrent de ces carences.»

Un peu plus loin dans la même encyclique (n. 42), le

Saint-Père explique ce qui est acceptable et ce qui ne l’est

pas dans le capitalisme :

«En revenant maintenant à la question initiale,

peut-on dire que, après l’échec du communisme, le

capitalisme est le système social qui l’emporte et que

c’est vers lui que s’orientent les efforts des pays qui

cherchent à reconstruire leur économie et leur socié-

té? Est-ce ce modèle qu’il faut proposer aux pays du

Tiers-Monde qui cherchent la voie du vrai progrès de

leur économie et de leur société civile?

«La réponse est évidemment complexe. Si sous

le nom de ‘capitalisme’ on désigne un système éco-

nomique qui reconnaît le rôle fondamental et positif

de l’entreprise, du marché, de la propriété privée et

de la responsabilité qu’elle implique dans les moyens

de production, de la libre créativité humaine dans le

secteur économique, la réponse est sûrement posi-

tive, même s’il serait peut-être plus approprié de par-

ler ‘d’économie d’entreprise’, ou ‘d’économie de mar-

ché’, ou simplement ‘d’économie libre’. Mais si par

‘capitalisme’ on entend un système où la liberté dans

le domaine économique n’est pas encadrée par un

contexte juridique ferme qui la met au service de la

liberté humaine intégrale et la considère comme une

dimension particulière de cette dernière, dont l’axe

est d’ordre éthique et religieux, alors la réponse est

nettement négative.»

Même si le marxisme s’est écroulé, cela ne signifie

pas pour autant le triomphe du capitalisme, car même

après la chute du communisme, il existe encore des mil-

lions de pauvres et de situations d’injustice sur la planète.

Jean-Paul II écrit:

«La solution marxiste a échoué, mais des phéno-

mènes de marginalisation et d’exploitation demeurent

dans le monde, spécialement dans le Tiers-Monde, de

même que des phénomènes d’aliénation humaine,

spécialement dans les pays les plus avancés, contre

lesquels la voix de l’Église s’élève avec fermeté. Des

foules importantes vivent encore dans des conditions

de profonde misère matérielle et morale. Certes, la

chute du système communiste élimine dans de nom-

breux pays un obstacle pour le traitement approprié

et réaliste de ces problèmes, mais cela ne suffit pas à

les résoudre.»

(

Centesimus annus

, 42.)

Ce que l’Église reproche au capitalisme actuel n’est

donc pas la propriété privée ni la libre entreprise. Au

contraire, loin de souhaiter la disparition de la propriété

privée, l’Eglise souhaite plutôt sa diffusion la plus large

possible pour tous, que tous soient propriétaires d’un ca-

pital, soient réellement «capitalistes»:

«La dignité de la personne humaine exige norma-

lement, comme fondement naturel pour vivre, le droit

à l’usage des biens de la terre; à ce droit correspond

l’obligation fondamentale d’accorder une propriété

privée autant que possible à tous.... (Il faut) mettre

en branle une politique économique qui encourage et

facilite une plus ample accession à la propriété privée

L’enseignement

de l’Église

sur le capitalisme

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VERS DEMAIN janvier-février 2014

www.versdemain.org