Table of Contents Table of Contents
Previous Page  22-23 / 32 Next Page
Information
Show Menu
Previous Page 22-23 / 32 Next Page
Page Background

Sir Walter Murdock (1874-

1970), a été le premier pro-

fesseur d’anglais et plus tard

chancelier de l’Université de

l’Australie de l’Ouest. Profes-

seur très populaire, il était un

essayiste célèbre pour son in-

telligence, son humour et son

humanité. En 1970, juste avant

sa mort, la deuxième universi-

té de l’Australie de l’Ouest fut

nommé en son honneur «Uni-

versité Murdock».

par

le professeur Walter Murdoch

J

’ai souvent entendu des gens dire que les proposi-

tions financières du Major Clifford Hugh Douglas, aux-

quelles je crois, sont tout à fait impraticables, car elles

sont tellement compliquées que personne ne peut les

comprendre. Elles ne sont pas compliquées à ce point,

mais doivent tout de même l’être un peu pour une rai-

son très simple: le système monétaire actuel, qu’elles

cherchent à modifier, est lui-même compliqué. Si vous

pensez que le système actuel, dans lequel vous et moi

vivons, est facile à comprendre, eh bien, c’est parce

que vous ne le comprenez pas...

Les circonstances ont forcé les gens à réfléchir

beaucoup au cours des dernières années, et le résul-

tat de cette réflexion est que certaines déclarations qui

auraient été violemment contestées il y a quelques an-

nées sont maintenant prises pour acquis dans n’impor-

te quelle discussion.

L’une d’elles est que le monde souffre d’une crise

sans précédent, au milieu d’une richesse sans précé-

dent. Les habitants de notre planète se retrouvent dans

la position de personnes qui meurent de soif sur un ra-

deau au milieu d’un lac d’eau douce. Je n’ai pas besoin

d’insister sur ce point; il y a peu de personnes qui ne

seront pas d’accord pour dire que l’époque de la rareté

est terminée, et que nous vivons maintenant dans une

ère d’abondance. Le problème qui a intrigué le monde

pendant des temps immémoriaux - le problème de la fa-

çon de produire suffisamment de nourriture et d’autres

biens essentiels pour satisfaire les besoins de la popula-

tion du monde - a été résolu une fois pour toutes...

Une invention qui permet à une machine de faire

le travail des hommes met évidemment ces gens en

chômage; de sorte que ce que les scientifiques et les

inventeurs ont cru être une bénédiction qu’ils confé-

raient à l’humanité s’avère être une grande malédiction.

Vous diriez tout de suite, n’est-ce pas, que ce serait une

bénédiction si nous pouvions avoir des machines pour

faire tout le sale boulot nécessaire, toutes les tâches

répugnantes, et libérer les hommes pour les activités

de meilleure qualité et plus agréables?

Pas du tout; la machine qui fait le sale boulot pour

nous crée des millions d’hommes sans emploi, et en-

traîne un flot sans précédent de misère...

Avant d’en arriver aux remèdes proposés par le

Major Douglas, je dois mentionner un autre paradoxe.

C’est le paradoxe des soi-disant experts financiers. Ces

experts, qui ont appris l’économie de l’ère de la rareté

et apparemment rien d’autre depuis, ont un seul conseil

à donner: «Économisez ! »

Pour les personnes qui meurent de soif sur un ra-

deau dans un lac d’eau douce, ce «sage» conseil signifie:

«Buvez moins ! » Pour les personnes vivant dans un mon-

de plus riche que jamais, ils disent: «Vous devez réduire

votre niveau de vie.» Ici, en Australie, ils ont mis la main

à la pâte et élaboré un plan pour rétablir la prospérité en

réduisant les salaires et en diminuant le pouvoir d’achat

des gens, quand la moindre étincelle de bon sens devrait

nous dire que diminuer le pouvoir d’achat du peuple ne

peut qu’entraîner une augmentation du chômage et une

aggravation de la crise économique.

Le résultat de cette sagesse combinée des écono-

mistes «orthodoxes» est que le monde s’enfonce enco-

re davantage dans la boue; et c’est pourquoi, pour ma

part, je ne suis pas profondément impressionné lors-

que les autorités me disent de ne pas me mêler de ces

questions qui sont trop élevées pour moi, mais de tout

laisser aux experts.

La clé de la situation réside dans la réponse à la

question: Qu’est-ce que l’argent ? Quelle est cette

entité mystérieuse dont les gens n’ont pas suffisam-

ment, de sorte qu’ils n’ont pas les moyens d’acheter

les biens nécessaires même s’ils vivent dans un âge

d’abondance?

L’argent n’est rien d’autre que des billets ou tickets

pour échanger des marchandises. Qu’il soit imprimé

sur du papier ou gravé sur du métal, l’argent est essen-

tiellement un billet. L’argent n’est pas une marchandi-

se, mais un moyen d’échanger des marchandises, un

moyen très ancien d’éliminer les inconvénients du troc.

Le monde ne souffre pas d’un manque de marchan-

dises aujourd’hui, mais d’un manque de billets pour

l’échange de biens... Au lieu de créer la bonne quan-

tité d’argent pour s’assurer la bonne marche de tout

le commerce possible dans le monde, nous limitons le

commerce selon le montant d’argent qui existe. Nous

fermons des usines, nous limitons la production, nous

créons des chômeurs, nous affamons les gens, simple-

ment et uniquement par manque d’argent; et pour-

tant, l’argent est une chose que nous pouvons créer

exactement selon les quantités que nous choisissons.

Qui, en réalité, crée, fabrique l’argent ? Dans les

temps anciens, il était créé par les gouvernements

et par eux seuls; et une personne privée qui essayait

d’empiéter sur cette prérogative du roi en fabriquant

des fausses pièces ou billets de banque pouvait être

Donnez de l’argent au peuple

mise en prison, ou même en Angleterre il n’y a pas si

longtemps, pendue.

Avec l’invention du système de chèques – une

invention admirable à bien des égards – le pouvoir

de créer l’argent et de le retirer de circulation passa,

sans que le public s’en aperçoive, des mains du roi aux

mains des banquiers.

Sur la quantité totale d’argent qui existe aujourd’hui

dans le monde, une petite quantité seulement est com-

posée de pièces de monnaie et billets de banque; la

plus grande partie de l’argent est constituée d’entrées

de livres dans les banques. Environ 1,5 pour cent de

l’argent en Australie se compose de pièces et de billets;

le reste existe sous la forme d’argent connue sous le

nom de crédit bancaire...

Avec quoi les banques créent, fabriquent l’argent ?

Elles le créent à partir de rien, comme toutes les auto-

rités bancaires s’accordent pour le dire. Elles le créent

avec un stylo, quand elles le veulent et selon la quan-

tité qu’elles décident; et elles détruisent (retirent cet

argent de circulation) quand elles le veulent. Chaque

fois qu’une banque accorde un prêt, elle crée de l’ar-

gent; chaque fois qu’elle exige le remboursement d’un

prêt, elle détruit de l’argent. Les banques, contrôlant

ainsi le volume et la circulation de l’argent, contrôlent

la vie et le destin des hommes, et les gouvernements

mangent dans leurs mains.

Maintenant, selon tous les principes du droit et de

la justice, le crédit total de la communauté appartient

à la communauté, et non à un groupe de particuliers;

et la première chose à faire est de retirer le contrôle

du crédit des mains de personnes irresponsables et le

remettre dans les mains de personnes responsables de

la communauté...

ne peut éventuellement payer, en salaires et dividen-

des, assez d’argent pour payer le coût des biens qu’el-

le produit, et cela est vrai pour toutes les industries.

C’est le fameux théorème A + B, dont les économistes

orthodoxes aiment tant à essayer de prouver la faus-

seté; mais les faits, comme on l’a remarqué, conti-

nuent de donner raison à Douglas.

Le Major Douglas propose de financer la consom-

mation, afin de combler l’écart entre la production et

le pouvoir d’achat de produits, de deux manières. Tout

d’abord, en traitant chaque homme, femme et enfant en

tant qu’actionnaire de l’entreprise nationale et l’émis-

sion pour chacun d’un dividende national, calculé sur

la valeur réelle des biens de la nation. Deuxièmement,

en permettant à tous les produits d’être vendus en des-

sous du prix de revient, le rabais étant compensé par

des émissions d’argent national.

Le problème est de savoir comment créer plus d’ar-

gent sans causer une baisse de la valeur de l’argent;

et la réponse est que l’argent doit être créé en propor-

tion exacte de la vraie richesse dans la communauté,

et que des dispositions doivent être prises non seule-

ment pour son émission, mais aussi pour son annula-

tion (son retour à l’organisme qui l’a originalement mis

en circulation). Si vous voulez prendre la peine d’étu-

dier attentivement ce sujet, vous verrez que les propo-

sitions financières de Douglas ne contiennent aucune

menace d’inflation ou de déflation.

Lorsque j’essaie d’expliquer ce système à des amis,

ils me disent: «Je ne peux pas trouver l’erreur dans vo-

tre argumentation; mais c’est trop beau pour être vrai.

Si ce que vous dites est vrai, alors l’ère de la pauvreté

est enfin terminée, et au bout de quelques mois, le

monde entrera dans une ère d’abondance universelle;

non, nous avons entendu parler de ces rêves utopiques

auparavant; c’est trop beau pour être vrai».

Ma réponse à cela: Si, il y a un siècle, on avait an-

noncé que dans 100 ans, le problème de la production

serait résolu, et que l’homme possèderait les connais-

sances et les machines pour produire en abondance

tous les biens matériels qu’il aurait besoin, la plupart

des gens auraient ri au nez du prophète et lui auraient

dit: «c’est trop beau pour être vrai» Mais c’est devenu

vrai; tout le monde convient que c’est vrai.

Je recommande à votre attention les propositions

de Douglas, qui, à ma connaissance, aboutiraient à

faire de l’argent notre serviteur plutôt que, comme à

l’heure actuelle, notre maître despotique.

Ayant ainsi repris le contrôle du

système monétaire, la première tâche

du gouvernement sera de faire face à

la pénurie actuelle de l’argent, pour

combler l’écart entre la production et

la consommation.

Un des grands services du Major

Douglas à la société a été sa décou-

verte que, selon les règlements fi-

nanciers actuels, aucune industrie

Pourquoi

les banques ont

tant d’argent et

tout le monde

est si endetté?

Voyons, c’est

facile à comprendre !

Si on avait le droit de

créer l’argent à partir

de rien et de le prêter

à intérêt, on aurait

beaucoup d’argent nous

aussi n’est-ce pas?

22

VERS DEMAIN août-septembre 2014

VERS DEMAIN août-septembre 2014

www.versdemain.org www.versdemain.org

23