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Comme l’enseigne Louis Even,

l’argent n’est pas la richesse, mais

le signe qui donne droit à la ri-

chesse. Prendre l’argent pour une

réalité, et non un

signe, entraîne

la perversion de

toute la vie éco-

nomique. C’est ce

qu’a écrit aussi le

philosophe amé-

ricain Allan Watts

(1915-1973), dans

son livre «Matière à réflexion» (en

anglais, «Does it matter ?») publié

en 1972 dans la collection Média-

tions, aux Éditions Denoël Gauthier,

Paris. Voici des extraits du chapitre

premier, «La richesse ou l’argent»:

par

Alan Watts

J’aimerais tenter d’expliquer

l’obstacle majeur qui s’oppose à un

progrès technologique bien com-

pris, en dénonçant la confusion

fondamentale qui est faite entre

l’argent et la richesse.

Vous rappelez-vous la grande

crise des armés 30? L’économie

de consommation était florissante

et chacun vivait à l’aise. Du jour au

lendemain, ce fut le chômage, la

misère, des queues pour recevoir

du pain gratuitement. La raison?

Les ressources physiques du pays

— les cerveaux, les muscles, les

matières premières — restaient in-

tactes, mais il se produisit une brus-

que raréfaction de l’argent liquide,

un effondrement des cours. Les ex-

perts des problèmes bancaires et fi-

nanciers, à qui l’arbre cache la forêt,

ont à leur disposition toutes sortes

d’arguments subtils pour expliquer

en détail ce type de désastre.

Plus simplement, ce fut com-

me si vous étiez venu aider à la

construction d’une maison et que,

le matin de la crise, le chef de chan-

tier vous avait déclaré: «Désolé,

mon gars, on ne peut pas travailler

aujourd’hui. Nous manquons de

millimètres.» — «Qu’est-ce que

vous voulez dire par: «Nous man-

quons de millimètres»? On a du

bois, on a du métal, on a même

des mètres à ruban.» — «D’accord,

mais vous ne comprenez rien aux

affaires. Nous avons consommé

trop de millimètres, et il ne nous

en reste plus pour continuer...»

Quelques années plus tard les

bons esprits affirmaient qu’il était

impossible à l’Allemagne d’équiper

une armée nationale et de s’enga-

ger dans une guerre, parce qu’elle

ne détenait pas assez d’or.

Ce qu’on ne comprenait pas

alors — et qu’on ne comprend tou-

jours vraiment pas aujourd’hui —

c’est que la réalité de l’argent est de

même nature que celle des centimè-

tres, des grammes, des heures ou

des degrés de longitude. L’argent

est un moyen de jauger la richesse,

mais ce n’est pas, en soi, la richesse.

De quelle utilité peut être un coffre

rempli de pièces d’or, un porte-

feuille gonflé de billets de banque, à

un naufragé abandonné seul sur un

radeau? Ce que réclame cet homme

en détresse, c’est un bien réel: une

canne à pêche, un compas, un mo-

teur auxiliaire, de l’essence...

Pourtant, cette confusion très

anciennement enracinée dans les

esprits entre l’argent et la richesse

devient aujourd’hui la raison essen-

tielle pour laquelle nous ne permet-

tons pas aux ressources de notre

génie technologique de produire

pour chaque habitant de cette pla-

nète des biens de consommation

(aliments, vêtements, objets d’inté-

rieur) en surabondance. Or cette

possibilité existe. Le matériel élec-

tronique, les machines à program-

mer, les techniques de l’automation

et les autres méthodes mécaniques

de production de masse nous ont,

en principe, fait accéder à une ère

de prospérité où les idéologies

politiques et économiques d’hier,

qu’elles soient de gauche, du centre

ou de droite, deviennent tout sim-

plement démodées. Finis, les vieux

schémas socialistes ou communis-

tes qui voulaient que l’on prenne au

riche l’argent qui ferait vivre le pau-

vre, que l’on finance une équitable

répartition du bien-être par la grâce

rituelle et défraîchie de la taxation!

Un dividende national

Si nous ne nous laissons pas

aveugler par le mythe de l’argent,

je prédis qu’en l’an 2000, ou même

avant, plus personne ne paiera de

taxe... Chacun recevra un revenu

de base ou un dividende national

garanti, une part au-delà de laquelle

chacun pourra toujours prétendre

gagner plus qu’il n’en aura besoin

en pratiquant un art ou un métier,

une profession ou une activité

commerciale que l’automation aura

épargnés. (

Ici le philosophe Watts

réfère aux ouvrages de l’écono-

miste américain Robert Theobald,

enseignant à l’Université de Colum-

bia, qui est en faveur du Crédit So-

cial de Clifford Hugh Douglas

).

Des hypothèses aussi provo-

cantes feront lever évidemment

les mêmes questions indignées:

«Mais d’où viendra l’argent ?» et

«Qui donc paiera la note?» Mais

le fait est que l’argent n’est pas de

même nature que le bois de char-

pente, le fer ou la force hydro-élec-

trique; il ne vient et n’est jamais

venu de nulle part. Répétons-le:

l’argent est un moyen de jauger la

richesse. Nous avons donc inventé

l’argent, au même titre que nous

avons inventé l’échelle thermomé-

trique Fahrenheit ou le système de

mesure «avoirdupoids».

L’argent n’est qu’un signe

La réalité, ce sont les

produits

L’argent n’est

   qu’une unité de me-

sure, comme les pouces ou

les centimètres. Dire qu’on

manque d’argent est aussi

ridicule que dire que nous

manquons de centimètres.

Alan Watts

Par opposition à l’argent, la

véritable richesse est une somme

d’énergie, d’intelligence technique

et de matières premières. L’or lui-

même n’est qu’une richesse que s’il

sert à des fins pratiques: combler

une dent, par exemple. Dès qu’on

l’utilise comme valeur monétaire et

qu’on l’enferme dans des coffres ou

des chambres fortes, il ne peut plus

servir à rien d’autre, il sort du circuit

des matières premières, donc des

véritables richesses...

Crédit public = crédit social

On suppose d’habitude qu’un

pays fortement endetté dépense

plus que ne lui permet son revenu

national et glisse vers la misère et la

ruine, mais l’on ne tient pas compte

de l’importance considérable de ses

ressources en énergie et en matiè-

res premières. C’est encore confon-

dre le symbole et la réalité, en don-

nant ici prise au pouvoir maléfique

du mot «dette» que l’on entend

au sens d’«endettement». Or une

dette publique devrait logiquement

s’appeler un crédit public. Lorsqu’il

ouvre un crédit public, un pays

donné se crée un pouvoir d’achat,

des moyens de distribuer ses biens

réels de consommation et de faire

fonctionner ses services, toutes

choses qui offrent une valeur beau-

coup plus grande que n’importe

quelle réserve de métal précieux...

Le philosophe essaie d’attein-

dre les évidences les plus fonda-

mentales. Il voit l’humanité gâcher

des richesses ou les amasser de

façon stérile, faute de posséder des

signes purement abstraits qu’on

appelle dollars, livres ou francs.

La folie du plein emploi

A partir de cette donnée très

simple ou, si vous préférez, enfan-

tine, je constate que la technologie

admirable que nous avons créée

permet un approvisionnement et

une distribution de biens qui re-

quièrent un minimum de travail hu-

main. N’est-il pas évident que la rai-

son d’être du monde des machines,

c’est de débarrasser l’homme du

fardeau du travail ? Quand il n’est

plus assujetti au travail qu’exige

la production des biens essentiels,

l’homme a des loisirs, du temps à

consacrer à la découverte enrichis-

sante de nouvelles expériences, de

nouvelles aventures.

Mais avec l’aveuglement qui

caractérise ceux qui ne savent pas

distinguer entre le symbole et la

réalité, notre époque accepte que

le monde des machines libère les

individus du travail, non au sens où

il leur donne en échange des loisirs

mais au sens où il les laisse démunis

d’argent et à la merci d’une aumône

humiliante des services publics...

Même un enfant devrait com-

prendre que l’argent est un moyen

commode pour supprimer le troc,

de telle sorte qu’il n’est pas besoin

d’emporter au marché des paniers

d’oeufs ou des tonneaux de bière

pour les échanger contre de la

viande ou des légumes. Mais si tout

ce que vous aviez à échanger était

votre énergie physique ou mentale,

celle absorbée par le travail qu’ef-

fectuent aujourd’hui les machines,

le problème se poserait alors ainsi:

que feriez-vous pour gagner votre

vie? Comment le producteur trou-

verait-il des consommateurs pour

ses tonnes de beurre ou de saucis-

ses?

L’unique solution de bon sens

consisterait, pour la communauté,

à s’ouvrir un crédit, sous forme

de liquidités, en rémunération du

travail effectué par ses propres

machines. Cette solution permet-

trait aux produits manufacturés

d’être convenablement distribués,

à leurs producteurs et à leurs pro-

priétaires d’être suffisamment bien

payés pour qu’ils investissent dans

de nouvelles machines, plus gran-

des et plus perfectionnées. Et, pen-

dant ce temps, l’accroissement des

richesses proviendrait de l’énergie

mécanique et non des opérations

rituelles sur l’or...

Alan Watts

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F

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58thYear. No.380 May/June/July 2014 4 years: $20.00

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année.No.

928 mai-juin-juillet 2014 4 ans:20,00$

LesPapes Jean-Paul II

et JeanXXIII

canonisés le 27avril

Pour leTriomphede L’Immacul

É

e

EdycjaPolska.RokXV.Nr76

marzec-kwieciń2014

Św. Janie Pawle II

-módl się za nami

Kanonizacja Jana Pawła II

Polscy święci Jana Pawła II

Abp StanisławWielgus

Nowa ideologia zła

Jan Paweł II

13 maja, godzina 17.17

Włodzimierz Bojarski

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Ks. kard. KarolWojtyła

Rewolucjaducha •

Ks.kard.KarolWojtyła

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To skandal, żew świeciewciąż istnieje głód •

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Por el Triunfo de la Inmaculada Concepción

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VERS DEMAIN août-septembre 2014

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