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tant, non plus, des loisirs collectivisés, dans des cen-

tres où l’on s’amuse, que des loisirs chez soi. Chez soi,

avec la possibilité (hélas ! raréfiée dans notre monde

où le chez-soi est la propriété d’un autre) de s’occuper

à la fois agréablement et utilement.

Du temps libre — où la personne peut poursuivre

à son gré ce qu’elle considère comme une richesse.

Pas la même chose pour tout le monde. Pour l’un,

ce sera l’embellissement du milieu où il vit; pour un

autre, la culture de son esprit, pour un troisième,

une combinaison des deux; pour un quatrième, des

oeuvres sociales; pour un cinquième, la production,

même matérielle, pour les populations de pays moins

fortunés. La diversité est elle-même une richesse

pour la société.

Changement financier nécessaire

Pour que cela soit possible, il faudrait évidem-

ment que le problème financier n’existe plus, dans la

mesure où n’existe plus le problème de production.

Il faudrait que, graduellement, aussi vite que le pro-

grès libère du travail humain, une source de revenu,

Elle y réussit de mieux en mieux; or, on lui en fait

reproche. On crie contre l’industrie privée, non pas

parce qu’elle est incapable d’alimenter les magasins,

mais parce qu’elle ne donne pas d’ouvrage à tout le

monde. C’est absurde. C’est l’oubli ou la perversion

de la finalité, du but de l’industrie.

Le mal est dans le système financier

Evidemment, tant qu’il faudra posséder du pou-

voir d’achat, de l’argent, pour se procurer les produits

mis sur le marché par l’agriculture et l’industrie; et

tant qu’il faudra être embauché pour obtenir ce pou-

voir d’achat, la lutte continuera entre le progrès qui

désembauche et la poursuite de l’embauchage inté-

gral pour distribuer du pouvoir d’achat.

Mais on touche là, non plus à des réalités, non

plus aux réalités besoins d’une part et aux réalités

biens d’autre part; on touche à la finance, à l’argent,

qui n’est pas une réalité. L’argent n’est qu’un signe

conventionnel, institué primitivement pour aider le

mouvement de la vraie richesse, des biens qui cor-

respondent aux besoins.

Dans notre monde de progrès en matière de pro-

duction, ce système financier n’accomplit plus adé-

quatement son rôle.

La finance, qui n’est pas une réalité, a pris un rôle

de commandement sur les réalités. Si des messieurs

distingués refusent encore de l’admettre, qu’ils ré-

pondent donc à ces deux questions:

1. Pourquoi y a-t-il des problèmes de finance

quand il n’y a pas de problèmes de production? (Il

n’est pas un corps public qui ne connaisse cette si­

tuation).

2. Pourquoi y a-t-il des entraves financières à la

distribution, quand on a une pléthore de moyens phy-

siques de distribution?

Fruit naturel du progrès: loisirs

Puisque le premier résultat du progrès, c’est de

remplacer ou diminuer la nécessité de labeur humain,

le premier fruit du progrès devrait être du temps libre

donné à l’homme. Du temps libre, mais pas ce chô­

mage escorté de misère que l’on connaît trop. Du

temps libre, sans pour cela perdre le droit aux pro-

duits de la machine, aux produits qui sont le fruit du

progrès, bien commun de l’humanité.

Ce temps libre là, on l’appelle «loisirs»; mais le

mot prend trop souvent un sens péjoratif, parce qu’on

l’allie trop à l’idée de paresse, de flânerie ou de dissi-

pation.

De vrais loisirs, c’est la libération de l’embaucha-

ge, la libération du travail commandé, pour pouvoir

se livrer à des occupations de son propre choix, de

l’ordre qu’on voudra: matériel, culturel, ou spirituel.

Pas des loisirs commercialisés, où l’on vous rafle

votre pouvoir d’achat sans vous enrichir de rien. Pas

non liée à l’emploi, revienne à chaque citoyen, puis-

que tous sont les cohéritiers des acquisitions trans-

mises par les générations précédentes. Un revenu

dissocié de l’emploi s’appelle dividende. Ce serait

donc un dividende

à

tous, justifié par la grande som-

me de production due à un capital communautaire.

La récompense aux travailleurs encore nécessités

par la production continuerait pour eux, en plus de

leur dividende comme actionnaires du progrès.

Il n’y a rien en cela qui porte le moindre accroc

à la propriété privée ni à l’entreprise privée. Pas be-

soin de rien collectiviser, de rien nationaliser. Il suffit

d’assouplir et d’adapter le système financier, pour lui

faire accomplir la fonction qui lui revient: financement

automatique de la production répondant aux besoins;

répartition sociale des droits aux produits, sans éga-

litarisme, mais sans oublier personne, sans lésiner

quand la production ne manque pas, et sans imposer

des conditions inutiles.

Par le Crédit Social

C’est cela que ferait l’application du système

proposé sous le nom de Crédit Social.

L’établissement du Crédit Social n’opérerait pas

de miracles. Mais il enlèverait l’obstacle purement

financier à bien des réalisations.

Il ne changerait pas la nature de l’homme. Il ne

remplacerait ni la religion, ni l’éducation — l’éduca-

tion de la liberté y comprise. Mais il permettrait de

faire cette éducation avec moins d’obstacles et plus

d’efficacité.

Si l’argent n’est pas distribué dans l’éco-

nomie, qui achètera la production faite par

les machines? Si les machines remplacent les

ouvriers salariés, les gens ont

besoin d’un dividende pour

remplacer le revenu qu’ils

ont perdu. Un jour, Henry

Ford II (pho-

to à droite)

invita Walter

Reuther (pho-

to à gauche),

président du syndicat des tra-

vailleurs unis de l’automobile,

à venir voir un des premiers

robots automatisés de ses usines. Après que

Ford en eût vanté l’efficacité et comment il se-

rait ainsi facile de remplacer des travailleurs,

Reuther lui demanda: «Combien de ces robots

achèteront des voitures?»

Les évêques suisses, dans un message daté du

1er août 2014, fête nationale du pays, expliquent quel

doit être l’attitude chrétienne face à l’immigration, en

cherchant «à réfléchir sur ce qui fait l'identité de la

Suisse, quel est notre rapport à l'“étranger”». Le point

de départ de leur réflexion la parole de Jésus: «J’étais

un étranger, et vous m’avez accueilli" (Mt 25, 35).

Les évêques précisent que les étrangers à crain-

dre, ce ne sont pas les travailleurs, mais les financiers:

«Les étrangers véritablement à craindre, dont

– chose étrange – on ne parle jamais en termes de

menace, sont autres ! Ce sont les étrangers "invi-

sibles", sans visage. Il est impossible de les ren-

contrer, et cependant ils conditionnent notre vie et

menacent réellement notre vivre ensemble. Ce sont

ces sociétés internationales de la finance qui court-

circuitent des pans entiers du système économique

par le seul transfert de richesses, sans pour autant

en créer. Ce sont des organisations criminelles,

qui recyclent de l'argent et mettent ainsi sous leur

contrôle des entreprises et des commerces; qui

transfèrent les gains issus des leurs salons de mas-

sage moyennant le marché financier.

«Les étrangers que nous rencontrons (le fron-

talier, la serveuse d'Europe de l'est, le transfuge

nigé-rien…) ont un nom et un prénom, des visa-

ges, des sentiments, des rêves, des déceptions et

des es-poirs. Nous pouvons nous y accrocher pour

mieux les connaître et cheminer avec eux. L’étran-

ger dangereux (la société financière qui recycle de

l’argent, la bande de criminels qui opprime ses pro-

pres compatriotes) est anonyme, sans visage, sans

coeur, sans âme, se prévalant uniquement du gain

à outrance. Avec cet étranger-là, nous ne pouvons

pas discuter, nous ne pouvons pas le voir en face,

instaurer un dialogue avec lui. Nous ne pouvons

pas non plus nous disputer avec lui. D’autre part, il

ne nous dérange pas trop, il est vrai, parce qu’il ne

forme pas de queue sur l’autoroute et ne vole pas

dans nos maisons. Mais il nous subjugue de façon

plus pénétrante et sournoise, en nous dérobant la

conscience et la culture.»

A moins de guerre qui, en multipliant les rui-

nes, nécessiterait du travail pour reconstruire — si,

toutefois, l’humanité et ses moyens de production

survivent — à moins de guerre ou d’augmentation

de préparatifs de guerre, la contradiction entre l’em-

bauchage intégral et le progrès s’accentuera à mesu-

re que ce dernier accélérera sa marche.

Il faudra bien, par la force des choses, sous la

pression croissante de la mécanisation, de la moto-

risation et de l’automation, en venir un jour à admet­

tre une autre méthode que l’emploi pour distribuer

du pouvoir d’achat. Mais pourquoi attendre que la

situation soit devenue impossible? Que des sou-

tiens de famille aient passé des années dans la pri-

vation et l’angoisse? Que des propriétaires aient été

ruinés? Que des aigreurs aient révolté les esprits

et durci les coeurs, avant d’effectuer la réforme qui

s’impose de plus en plus?

Le Crédit Social prendrait justement la situa-

tion où elle est. Il supprimerait immédiatement la

paralysie financière des possibilités productrices; il

dérouillerait immédiatement le mécanisme financier

de distribution. Puis, il suivrait les faits économiques,

permettant au progrès de libérer de plus en plus du

labeur humain, tout en plaçant de plus en plus facile-

ment les biens à la disposition des besoins.

Aucune autre formule que le Crédit Social n’a été

présentée au monde pour distribuer ainsi, à tous, les

fruits naturels du progrès dans les techniques de

production.

Louis Even

Message des évêques suisses: L'étranger le plus à craindre, le financier

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VERS DEMAIN août-septembre 2014

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