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Penser en termes de réalité

Si l’on veut bien penser ainsi en termes de réali-

tés, on admettra qu’il n’y a aucune difficulté à accor-

der à César une partie de la capacité de production

du pays, tout en laissant à la disposition des besoins

privés une capacité de production capable de répon-

dre abondamment à tous leurs besoins normaux.

Employons le mot «taxer» dans son sens non ré-

tréci de «mettre à contribution». On pourra dire que

les besoins privés comme les besoins publics taxent

(mettent à contribution) la ca-

pacité de production du pays.

Quand je demande une paire

de chaussures, je taxe la capa-

cité de production de chaus-

sures. Quand le César provin-

cial fait construire un kilomètre

de route, il taxe la capacité de

production de routes pour une

longueur d’un kilomètre. Avec

la capacité moderne de pro-

duction, il ne semble pas que la

construction de routes nuise à

la fabrication de chaussures.

C’est quand on cesse de

considérer la situation en ter-

mes de réalités, pour s’expri-

mer en termes d’argent, que

les difficultés commencent.

La taxe prend alors un autre

aspect et porte sur un autre

endroit, sur les porte-monnaie.

Si César taxe mon revenu de 60

$ comme contribution pour sa

route, alors il m’enlève l’équi-

valent d’une paire de chaussu-

res pour faire sa route. Pour-

quoi cela, alors que la capacité

de production du pays pouvait lui fournir sa route

sans m’enlever ma paire de chaussures?

Pourquoi ? — Parce que le système d’argent faus-

se les faits.

— Mais il faut bien que César paie les hommes

qu’il emploie. Il faut bien qu’il paie les matériaux qu’il

achète d’un producteur de matériaux.

— Assurément. Mais en définitive, qu’est-ce qu’il

fait quand il paie, disons, 400 $ à un ingénieur ? Il

donne à cet ingénieur le droit de demander pour 400

$ de produits ou de services à la capacité de produc-

tion du pays. Est-il nécessaire, pour satisfaire les be-

soins de l’ingénieur, de me priver du droit à une paire

de chaussures? La capacité de production du pays

ne peut-elle pas répondre aux besoins de l’ingénieur

sans diminuer la production de chaussures?

Tout est là. Tant que la capacité de production du

pays n’est pas épuisée, il n’y a nullement besoin de

taxer le secteur privé pour subvenir au secteur public.

Or, la capacité de production du pays est loin

d’être épuisée, quand le problème du jour est juste-

ment de trouver des emplois pour des bras qui s’of-

frent et pour des machines en attente.

Si les moyens de paiement créent un problème,

c’est parce qu’ils ne correspondent pas aux moyens

de production. Les permis de tirer sur la capacité

de production sont très inférieurs à la capacité de

production disponible.

Cette pénurie de permis est

une situation injustifiable, sur-

tout quand le système d’argent

est, comme aujourd’hui, un sys-

tème de chiffres, une comptabi-

lité. Si la comptabilité monétaire

ne correspond pas à la capacité

de production, ce n’est pas la

faute des producteurs, ni de

ceux qui ont besoin de la pro-

duction. Ce sont les contrôleurs

de l’argent et du crédit financier

qui rationnent les permis en

face d’une capacité de produc-

tion non utilisée qui ne deman-

de pas mieux que de servir.

Les citoyens ne peuvent

pas eux-mêmes corriger cette

déformation des réalités par le

système financier. Mais César,

lui, peut le faire. Puisqu’il est

César, puisqu’il a la charge et le

pouvoir de veiller au bien com-

mun, il peut et il devrait ordon-

ner aux contrôleurs du système

financier d’accorder leur méca-

nisme au réel.

Tant que César refuse ce redressement, il se fait

le serviteur, l’instrument de la dictature financière;

il déchoit de ses fonctions, et les impôts qu’il de-

mande aux termes de cette fausseté financière ne

lui sont pas dus. «La taxation moderne» est un vol

légalisé, a bien dit Douglas. César n’a pas le droit de

légaliser un vol.

Personne ne refuse à César de taxer la capacité

de production du pays pour les besoins publics —

tant du moins qu’il ne prendra pas une telle part que

la part restante ne pourrait plus suffire à la demande

des besoins privés. Et encore une fois, les parlements

sont là pour y voir. Malheureusement, les parlements

aussi en sont venus à borner leur vision aux limites

posées par le système d’argent.

Si toute la capacité de production du pays était

représentée par une capacité financière équivalente

entre les mains de la population, oh! alors on pour-

rait de quelque manière empêcher la population de

l’employer entièrement pour ses

besoins privés, afin de ne pas priver

César de ses nécessités. Et encore,

même alors, il faudrait que cela se

fasse sans priver les personnes et

les familles de leur part à une quan-

tité suffisante au moins pour leurs

besoins essentiels (nourriture, vête-

ment, logement, chauffage, soins

médicaux).

Répétons-le, ce n’est pas le cas.

Non seulement la capacité de pro-

duction du pays n’est que partiel-

lement utilisée, mais, collectivement, la population

n’est même pas capable de payer tout ce qu’elle pro-

duit. Les dettes privées, industrielles et publiques, en

sont la manifestation évidente.

Mammon

Cette somme de dettes, pour de la production

réalisée, plus la somme de privations causée par la

non-production due à un défaut d’argent, représen-

tent le sacrifice exigé par la dictature financière. Par

Mammon.

Or, Mammon n’est pas un César légitime. On n’a

rien à rendre à Mammon, parce que rien n’appartient

de droit à Mammon. Mammon est un intrus, un usur-

pateur, un voleur, un tyran.

Et Mammon est devenu le souverain suprême,

au-dessus de César, au-dessus des plus puissants

Césars du monde.

César est devenu l’instrument de Mammon, per-

cepteur de taxes pour Mammon.

Si César a besoin d’une partie de la capacité de

production du pays pour accomplir ses fonctions, il

a aussi terriblement besoin de surveillance. Et il doit

être réprimandé lorsqu’au lieu d’être une institution

au service du bien commun, il s’est fait le serviteur, le

valet de la tyrannie financière.

Le grand désordre moderne, qui s’est développé

comme un cancer formidable pendant que de mer-

veilleux progrès dans la production auraient dû af-

franchir les hommes des soucis matériels, c’est qu’on

a tout référé à l’argent, comme à une réalité. C’est

d’avoir laissé à des individus le droit de réglementer

les conditions de l’argent, non pas en comptables de

réalités, mais en fonction de leurs propres profits et

de la consolidation de leur pouvoir despotique sur la

vie économique tout entière.

L’argent né avec la production

Il est une autre occasion, moins citée et pourtant

bien intéressante, où Jésus eut affaire avec l’impôt.

Et cette fois-là, il ne s’agissait pas d’un tribut au vain-

queur, mais d’un impôt établi par la nation juive elle-

même. (Matthieu 17, 24-36.) Les percepteurs de cette

taxe vinrent trouver saint Pierre et lui demandèrent:

«Votre maître (Jésus) ne paie-t-il pas le didrachme

de l’impôt ?» Jésus dit à Pierre: «Va à la mer, tire le

premier poisson qui montera, ouvre-le; tu trouveras

dans son ventre un statère, et tu le donneras aux per-

cepteurs pour toi et pour moi.» Pierre, pêcheur de

son métier, se tira très bien d’affaire.

Cette fois-là, l’argent naquit avec la produc-

tion. Le gouvernement ne peut faire de miracle,

mais il peut très bien ordonner le système moné-

taire de sorte que l’argent soit basé sur la produc-

tion, en rapport avec la production. Faire chiffrer la

capacité de production du pays, et faire chiffrer en

conséquence les moyens de paiement pour les deux

secteurs: privé et public. Ce serait plus conforme

au bien commun que d’abandonner ce contrôle de

l’argent et du crédit à l’arbitraire des grands-prêtres

de Mammon.

«Les contrôleurs de l’argent et du crédit sont

devenus les maîtres de nos vies, et personne ne

peut plus respirer sans leur permission»

(Pie XI, en-

cyclique

Quadragesimo Anno

), en autant seulement

qu’ils le permettent.

Nous refusons cette dictature implacable de

Mammon. Nous condamnons la déchéance de César.

Nous ne reconnaissons pas à un César «déchu de ses

nobles fonctions» le droit de dépouiller les individus

et les familles pour Mammon, ni pour se conformer

aux règlements à base de cupidité et de fausseté de

Mammon.

La dictature de Mammon est ennemie à la fois de

César et de Dieu, de la personne humaine créée par

Dieu, de la famille instituée par Dieu.

Les créditistes travaillent à se libérer de cette dic-

tature. En même temps, ils se trouvent à travailler

pour libérer César de son assujettissement. A ce ti-

tre, les créditistes sont à l’avant de ceux qui, dans

le concret, sur la terre des hommes, veulent rendre

à César ce qui lui appartient, à la personne créée à

l’image de Dieu ce qui lui appartient, à la famille ins-

tituée par Dieu ce qui lui appartient, à Dieu ce qui

appartient à Dieu.

Louis Even

u

Alors il leur dit: «Rendez donc

à César ce qui est à César, et à

Dieu ce qui est à Dieu.» (Mat-

thieu) 22:21.)

Une chose n’appartient pas à César

du seul fait qu’il la demande.

Les droits de César sont limités par

les droits prioritaires de la personne.

La personne humaine appartient à Dieu

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VERS DEMAIN octobre-novembre-décembre 2013

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