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Voici un article écrit par Louis Even et publié pour

la première fois dans les Cahiers du Crédit Social de

décembre 1936. Les chiffres et les prix mentionnés

sont de 1936 («un poêle de 48 dollars»), mais le dia-

gnostic et la solution apportée restent toujours valable:

il ne faut pas s’arrêter à moitié et financer seulement la

production, mais aussi la consommation, car les pro-

duits sont faits non pas pour être contemplés dans les

vitrines des magasins, mais pour être consommés et

répondre à des besoins humains. Et dans le système

actuel, cette finance de la production ou de la consom-

mation ne peut se faire qu’en contractant des dettes

perpétuelles.

Comme on l’a vu dans l’article en page précéden-

te, on n’hésite pas à verser des centaines de milliards

pour venir en aide aux banques commerciales, mais

cela n’a à peu près aucun effet sur l’économie (sinon

d’endetter les contribuables davantage), car cet argent

ne se rend pas directement aux consommateurs, ceux

qui perdent leur maison et leur emploi à cause de la

crise, ceux qui auraient besoin de cet argent beaucoup

plus que les banques.

Deux grandes écoles économi-

ques s’affrontent aujourd’hui dans

les milieux politiques et universitai-

res: la vision de l’économiste britan-

nique John Maynard Keynes (1883-

1946), qui disait essentiellement que

le gouvernement devait intervenir

en temps de crise pour stimuler

l’économie, quitte à s’endetter, et ce

qui semble sa contrepartie, la vision de l’économiste

Ludwig von Mises (1881-1973), fon-

dateur de ce qu’on appelle «l’école

économique d’Autriche», qui prê-

che plutôt la non intervention de

l’État, le remboursement des dettes

quitte à faire des coupures dans les

services offerts par l’État et l’aide

aux personnes nécessiteuses, et

même le retour à l’étalon or.

Comme on peut le voir sur la caricature, même si

les deux discours semblent s’opposer, les deux sont

basés sur le même système d’argent créé sous forme

de dette. En effet, si on ne s’endette pas, il n’y a tout

simplement pas d’argent en circulation, c’est un sys-

tème sans issue: ou bien on s’endette à perpétuité, ou

bien on crève de faim en voulant rembourser la dette.

La solution de la démocratie économique (aussi appe-

lée Crédit Social), enseignée par l’ingénieur écossais

Clifford Hugh Douglas (1879-1952) et reprise par Louis

Even (1885-1974) se situe au-dessus de ces deux solu-

tions, et leur est de loin supérieure, puisqu’elle permet

à la fois le développement du pays sans s’endetter,

mais permet aussi aux consommateurs de choisir

dans la production offerte ce dont ils ont besoin, grâce

à un pouvoir d’achat suffisant.

On peut comparer l’argent à un bulletin de vote

économique, puisque les consommateurs, en se ser-

vant de l’argent pour acheter, «votent» ou choisissent

les produits et services dont ils ont besoin. Pour rester

en affaires, les producteurs fabriqueront les choses qui

sont demandées par les consommateurs qui, par leurs

achats, déterminent ainsi ce qui sera fabriqué par les

producteurs. C’est pour cette raison qu’on peut ainsi

parler de démocratie économique, d’une démocratie

de consommateurs dictant (par leurs votes monétaires)

ce qui sera produit par une aristocratie de producteurs.

Alain Pilote

par

Louis Even

Cet article s’applique à placer le consommateur au

rang qui lui appartient. Le consommateur est le grand

oublié de l’économie actuelle. Pourtant tout le monde

n’est-il pas consommateur ? Revendiquer la souve-

raineté du consommateur, c’est revendiquer la sou-

veraineté de la société, au lieu de celle de quelques

individus. Le Crédit Social reconnaît, cette souverai-

neté; est-il plus belle profession de démocratie – de

démocratie économique? Parler de démocratie sous

le système actuel, qui tient l’universalité des consom-

mateurs dans le lasso d’une clique de financiers, c’est

au moins se duper soi-même et duper les autres.

Certains enthousiastes du fascisme proclament le

besoin d’un gouvernement d’hommes forts, ou d’un

homme fort qui commande sans consulter ses admi-

nistrés; d’autres offrent l’idéal communiste qui n’est

qu’une autre forme de dictature alimentée de haines

sinistres et escortée de ruines sanglantes; d’autres

s’accrochent au régime parlementaire où, disent-ils,

le peuple choisit ses gouvernants (gouvernent-ils? ).

Sous toutes ces formes persiste dans notre monde

d’aujourd’hui une dictature réelle, la vraie, celle qui

tient en main les destinées des nations, parce qu’elle

contrôle leur monnaie. A cette dictature, la forme de

gouvernement importe peu; le banquier international

se soucie peu de «qui fait les lois» d’une nation dont

il règle le crédit à son gré. Toutes les réformes qu’on

prône dans un domaine ou dans l’autre, sous une cou-

leur ou sous une autre, le laissent assez indifférent,

pourvu qu’on ne touche pas à la régie du crédit. Et

c’est curieux de constater qu’en général nos meilleurs

sociologues révisent tout le reste, mais n’entament

pas le point sensible. C’est qu’autour de ce point stra-

tégique veille une garde habile, aussi puissante que

silencieuse, qui excelle à faire surgir

des boucs émissaires.

Le consommateur immolé

Le problème de la production

est résolu. La vapeur, l’électricité, le

pétrole, la chimie, l’automatisme sont

à son service. Il devrait être roi... la

misère règne partout. Des montagnes

de produits cherchent preneur, des

abîmes de besoins réclament satis-

faction ... et les produits s’accumulent

et les besoins se creusent.

La production existe pour la

consommation; la consommation est

la fin, la raison d’être de la production.

Pourquoi alors règle-t-on la produc-

tion, actuellement réduite au moins

du tiers de sa capacité, non pas sur

le besoin du consommateur, mais sur

la quantité de monnaie dont des contrôleurs irrespon-

sables permettent la circulation? Au lieu du potentiel

de consommation, c’est le potentiel de monnaie qui

règle la production et ce potentiel dépend d’un groupe

d’ogres intéressés à maintenir la monnaie rare.

La production en elle-même n’est pas une riches-

se réelle; c’est la consommation qui donne à la pro-

duction sa valeur.

Mécanisez l’industrie, multipliez les produits: s’ils

n’atteignent pas le consommateur, il n’y a pas de relè-

vement du niveau de vie. Tant que les produits res-

tent dans les entrepôts et les magasins, ils n’ajoutent

rien au confort de la famille ou de l’individu. Le pro-

grès n’est pas marqué par le régime de production,

mais par le régime de consommation. C’est à la par-

tie consommation qu’il faut mesurer le progrès. La

consommation d’ailleurs suppose la production ; vous

ne pouvez avoir celle-là sans celle-ci, tandis que vous

avez fort bien celle-ci sans celle-là. La production sans

la consommation devient une charge, un passif. Le

magasin encombré de produits qui ne se vendent pas

doit liquider. Le producteur dont les stocks ne s’écou-

lent pas arrête ses activités. C’est le consommateur

qui est le grand animateur de l’industrie. Pourquoi est-

ce lui qu’on immole?

Au lieu donc de financer la production, ne vau-

drait-il pas mieux songer à financer la consomma-

tion? Le consommateur par ses achats, financera à

son tour le producteur.

Vous pouvez très bien financer la production sans

financer la consommation: vous avez alors des pro-

duits immobilisés, une crise suit inévitablement. Tan-

dis que vous ne pouvez pas financer la consommation

sans financer la production, car la consommation sup-

pose l’achat du produit. Il serait donc beaucoup plus

effectif de financer le consommateur lui-même.

Les fabricants de monnaie émettent de la nouvelle

monnaie tous les jours, mais du côté

de la production seulement. Les pro-

duits et la monnaie sont du même

côté, comment les produits vont-ils

s’écouler ? Et ce n’est pas si rose pour

le producteur, allez: cette monnaie

nouvelle, monnaie qui sort de la-fabri-

que, bancaire, est une dette qui le lie

envers les fabricants de la monnaie; il

doit la rembourser, capital et intérêt;

il devra tirer capital et intérêts d’un

public consommateur dont les poches

sont vides ! D’où désespoir du pro-

ducteur qui ne peut vendre, désespoir

du consommateur qui ne peut acheter.

Devant cette situation stupide, des

gouvernants qui ne gouvernent pas

se traînent eux aussi aux pieds des

banquiers pour demander des miet-

tes à jeter en secours directs aux fils

et aux filles de la nation. Et les banquiers en accordent

assez pour empêcher la révolte, mais tout en créant de

nouveaux liens, de nouvelles chaînes. Souffre et péris-

se l’humanité, l’important est de préserver le système,

le contrôle de la monnaie par des hommes qui n’ont

ni coeur ni entrailles mais qu’il faut considérer comme

des dieux. Y eut-il jamais idolâtrie plus exigeante?

Ce jeu diabolique se joue au Canada. Il se joue en

Europe. Il se joue dans tous les pays civilisés.

«On compte dans le monde trente millions de chô-

meurs secourus et une trentaine de millions qui ne le

sont pas. Avec leurs dépendants, c’est une multitude

de 250 000 000 d’êtres vivants sous-alimentés.» («Vu,»

30 mai 1936).

La revue citée ajoute que chaque année, d’après-

les statistiques officielles de cinquante pays civilisés,

2 400 000 personnes meurent de faim et 1 200 000

autres se suicident pour des motifs directement déter-

minés par le manque de nourriture.

Après l’hécatombe de la guerre en plein siècle de

lumière, c’est l’hécatombe de la faim en plein siècle

d’abondance, en attendant l’hécatombe des révolu-

tions et des guerres civiles.

La finance du consommateur

J.M. Keynes

L. von Mises

Source: www.positivemoney.org

L’économie a besoin

de

plus d’argent

,

même si cela signifie

plus de dette

!

Non, on a besoin

de

moins de dette

,

même si cela signifie

moins d’argent

!

Stimulus

Austérité

Louis Even, apôtre du

crédit social et de la

justice distributive

u

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VERS DEMAIN octobre-novembre-décembre 2013

VERS DEMAIN octobre-novembre-décembre 2013

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