Table of Contents Table of Contents
Previous Page  22-23 / 48 Next Page
Information
Show Menu
Previous Page 22-23 / 48 Next Page
Page Background

deries (ou Centres de la petite enfance): «On a décidé

de protéger les enfants, qui sont une clientèle plus

influençable et plus vulnérable... On ne souhaite pas

que les enfants soient exposés à quelque influence re-

ligieuse que ce soit », cela laisse supposer un mépris

du fait religieux.

Dans une entrevue à La Presse Canadienne pu-

bliée le 13 septembre 2013, Mgr Pierre-André Four-

nier, archevêque de Rimouski et Président de l’Assem-

blée des évêques du Québec, déclarait: «

Les évêques

du Québec s’inquiètent des dérives du débat sur la

Charte des valeurs. Il y a un grave danger: le militan-

tisme antireligieux menace bien plus l’identité qué-

bécoise que l’ouverture aux religions... La fameuse

question du voile fait diversion par rapport à l’enjeu

fondamental, qui est la définition de la laïcité. C’est

comme le magicien: tout le monde regarde quelque

chose, alors que la vraie chose se passe ailleurs, on

tire sur l’autre fil.»

Un Québec pluraliste

Un an avant la présentation de cette charte, les

évêques québécois avaient déjà cerné le problème en

jeu (une attaque contre la religion) dans leur message

pastoral intitulé

Catholiques dans un Québec plura-

liste,

publié en novembre 2012:

«Parmi les gens qui se disent «sans religion» on

trouve bien sûr des représentants du courant séculier

pour qui la religion n’a tout simplement pas de per-

tinence et qui ne s’en préoccupent pas. Il y a parmi

eux des gens qui se déclarent explicitement athées

(«Dieu n’existe pas») et d’autres, agnostiques («il est

impossible de prouver l’existence ou la non-existence

de Dieu»). Ce sont là des courants de pensée qui ont

eu et qui ont toujours des promoteurs sérieux avec qui

les croyants peuvent et doivent entrer respectueuse-

ment en dialogue.

Cependant, ce ne sont pas ces courants — que

l’on pourrait qualifier de «classiques» — qui ont ten-

dance à faire les manchettes aujourd’hui au Québec

et ailleurs dans le monde, mais plutôt un certain mili-

tantisme anti-religieux qui s’oppose fortement à la reli-

gion et à sa présence sur la place publique. Parmi les

arguments avancés pour soutenir cette idéologie, on

entend souvent les suivants:

La religion serait une affaire strictement privée.

L’espace public devrait donc être libre de toute trace

du religieux.

• La religion serait un phénomène rétrograde et

dépassé. Les progrès de la science et de la civilisa-

tion devraient donc mener à sa disparition car ce ne

sont que superstitions, croyances et prohibitions qui

empêchent les gens d’atteindre leur plein potentiel

et une vraie autonomie.

• La religion serait un instrument pour créer, im-

poser, maintenir et justifier des structures de pouvoir

patriarcales et discriminatoires. Il faudrait donc en

limiter l’influence le plus possible de façon à proté-

ger les droits et libertés.

• Les religions seraient par définition des sources

de divisions et de haine. Malgré leurs discours sur la

paix et la fraternité, elles seraient toujours génératri-

ces de violence et de guerres.

Qu’est-ce que la laïcité

«Les débats qui ont cours depuis quelques années

l’ont démontré: il y a actuellement, au Québec, plu-

sieurs interprétations du mot “laïcité”. Tout le monde

ne parle pas de la même chose en employant ce mot.

Et de toute évidence, tout le monde n’a pas la même

idée sur la mise en application concrète de la notion

de laïcité.

«Une institution est dite “laïque” si elle est indé-

pendante de toute confession religieuse. Elle ne privi-

légie pas une Église ou un groupe religieux en particu-

lier. Elle ne les défavorise pas non plus. De leur côté,

les Églises et groupes religieux n’ont pas de pouvoir

dans cette institution.

«Cet emploi du mot “laïque” pour désigner “ce qui

est indépendant de toute confession religieuse” peut

être nouveau pour plusieurs catholiques qui seraient

plus familiers avec l’usage traditionnel du mot, au sens

de “qui ne fait pas partie du clergé”. Ce sens tradition-

nel fait référence au “laïcat”, c’est-à-dire à l’ensemble

des baptisés qui ne sont pas membres du clergé, et non

à la laïcité qui est le sujet du débat actuel au Québec.

«La laïcité est une notion qui s’applique à des ins-

titutions, et non à la société dans son ensemble. En

effet, la société est composée de personnes qui ont

toutes sortes de convictions, de croyances, de spiri-

tualités et d’appartenances religieuses et les organisa-

tions religieuses font partie de la société. Celle-ci est

donc pluraliste, plutôt que laïque.

«De plus, il ne faut pas confondre, comme il arrive

parfois dans le vif des débats, laïcité et opposition à la

religion. Dans un contexte de laïcité, il ne peut pas plus

y avoir un athéisme officiel qu’une religion officielle.

La religion dans la place publique

«Le christianisme a été dès ses origines un mou-

vement qui s’est manifesté dans l’espace public. Jésus

— c’est bien connu — attirait les foules. Il parcourait

villes et villages de la Galilée, de la Judée et des envi-

rons, et on venait à lui de partout. Lors de sa dernière

visite à Jérusalem, il a été accueilli par une foule en

liesse et, le vendredi suivant, il a été crucifié sur la pla-

ce publique. Quelques semaines plus tard, c’est à la

foule des pèlerins venus à Jérusalem pour la fête de la

Pentecôte que l’apôtre Pierre, rempli de l’Esprit Saint,

proclame la résurrection du Christ et que l’annonce de

la Bonne Nouvelle résonne dans toutes les langues.

«Par la suite, au cours des siècles, les places pu-

bliques ont accueilli les symboles et les monuments

chrétiens, de même que les manifestions de foi com-

me les processions et les traditionnels chemins de

croix. L’Église se veut une communauté ouverte sur

la société et non une secte de l’ombre et du secret,

même s’il y a eu — et s’il y a malheureusement encore

— des persécutions et des tyrannies qui ont contraint

les croyants, pour un temps, à la clandestinité ou à

l’exil.

«Or, aux manifestations et symboles chrétiens

s’ajoutent maintenant des signes et des pratiques

auxquels la société d’ici n’était pas habituée. Il y a

là un beau défi: celui d’aménager un espace public

ouvert et accueillant, où puissent s’exprimer, dans le

respect mutuel, les valeurs et les croyances des uns

et des autres.

«Mais s’il s’agit d’un défi, on peut aussi y voir une

occasion, une chance. Une chance de grandir comme

collectivité. Une chance même d’ouvrir et de baliser

des voies que d’autres sociétés pourront suivre, à

l’exemple des Québécoises et des Québécois.

«Le fait de vivre dans une société clairement plura-

liste est une situation que les générations précédentes

de catholiques québécois n’auraient pas imaginée. Il

nous faut donc, dans une certaine mesure, apprendre

de nouvelles manières d’être chrétiens et chrétiennes

catholiques dans une société qui ne se reconnaît plus

nécessairement en nous.

«Être catholique dans une société pluraliste et

dans un univers de communication et de réseaux,

c’est être appelé à la rencontre de la différence: dif-

férence de foi, de pratiques religieuses (ou non), de

convictions, d’opinions. Notre attitude sera celle de

l’accueil, de l’ouverture, de l’écoute bienveillante et du

respect.» (

Fin du texte des évêques.

)

«Ils blasphèment tout ce qu’ils ignorent» (Jude

1, 10), on pourrait dire cela des Québécois qui ont

honte de leur passé et croient que la religion catholi-

que est responsable de tous les maux, alors que c’est

le christianisme qui a bâti la civilisation actuelle.

La devise du Québec est «Je me souviens»,

mais les Québécois se souviennent de quoi au juste

aujourd’hui ? Se souviennent-ils de leurs ancêtres qui

sont venus de France pour fonder un pays chrétien en

y plantant la Croix?

Dans ce débat sur la charte de la laïcité proposée

par Pauline Marois, c’est une mauvaise compréhen-

sion de ce que signifie la séparation de l’Église et de

l’État qui cause problème: en effet, dans ce cas-ci,

c’est l’État qui empiète dans le domaine religieux,

en voulant interdire le port de symboles religieux.

Loin de cultiver le mieux vivre ensemble, cette charte

divise plus que jamais. Non à une laïcité fermée qui

veut éliminer de la place publique toute expression

religieuse, mais oui à une laïcité ouverte qui respecte

la liberté religieuse, qui respecte l’héritage de foi de

400 ans laissé par nos ancêtres.

Alain Pilote

u

Le drapeau du Québec, formé de la croix chrétienne

et de la fleur de lys française: sous prétexte de neutralité

de l’État, devra-t-on retirer la croix ?

Paroles du cardinal Stanisłas Ryłko, prési-

dent du Conseil pontifical pour les laïcs, lors du

XXVIème Colloque national des juristes catholi-

ques, à Paris, le 16 novembre 2013:

«À notre époque, la

culture dominante enfer-

me la foi dans le domaine

strictement privé, élimi-

nant Dieu de la sphère

publique. Nous assistons

à une véritable “christia-

nophobie” et à un dange-

reux fondamentalisme laïciste. Dans les démo-

craties occidentales, là où l’on parle de tant de

tolérance, la liberté religieuse est même sérieu-

sement menacée. Le pape Benoît XVI a parlé

d’une périlleuse expansion de ce qu’on appelle

la “tolérance négative” qui, pour ne pas impor-

tuner les non-croyants ou les autres croyants,

élimine tous les symboles religieux de la vie

publique. Ainsi - paradoxalement - au nom de

la tolérance, on abolit la tolérance elle-même.

Une telle situation requiert indéniablement des

fidèles laïcs le courage d’aller à contre-courant

et d’être dans le monde un “signe de contra-

diction”. En outre, elle les sollicite à sortir des

sacristies et du cadre des discours internes à

l’Église, en devenant des témoins persuasifs de

l’Évangile au cœur du monde.»

On nous dit que la charte des valeurs

est nécessaire pour soustraire l’État à l’in-

fluence de la religion. À quand une charte

des valeurs pour soustraire l’État au pou-

voir de la Haute Finance?

22

VERS DEMAIN octobre-novembre-décembre 2013

VERS DEMAIN octobre-novembre-décembre 2013

www.versdemain.org www.versdemain.org

23